Comme si tout recommençait, Léa Wiazemsky

comme si tout recommençait de Léa Wiazemsky

©Karine Fléjo photographie

Un roman intergénérationnel, qui place l’humain au cœur, et montre que le bonheur et l’amour sont possibles à tout âge.

Rêves et désillusions

Depuis son plus jeune âge, Barbara a développé une conviction : celle que le bonheur serait à sa portée. Elle en a fait sa quête, son but ultime, la destination à atteindre. Mais les désillusions sentimentales se sont succédé et l’ont déviée de sa route. La dernière en date lui a porté le coup de grâce. Avec Victor, elle avait cru en effet pouvoir se poser, passer le reste de sa vie, fonder une famille. Son désir d’enfant chevillé au corps n’avait cependant pas trouvé d’écho immédiat en lui. Il repoussait sans cesse l’échéance, jusqu’à conclure finalement qu’il lui ferait un enfant pour ses quarante ans. Alors elle a patienté.

Mais juste avant ses quarante ans, il l’a quittée pour une autre.

Décomposée, Barbara trouve du réconfort auprès de Julie, sa meilleure amie, laquelle prend les choses en mains : Barbara doit prendre un nouveau départ, changer de vie, changer de ville. Un poste de responsable de maison de retraite est à pourvoir dans le sud, pourquoi ne tenterait-elle pas sa chance ?

Quand Barbara débarque dans la maison de retraite, l’ambiance est sinistre. Les pensionnaires sont tristes, esseulés, les activités pour les distraire quasi inexistantes, le manque de personnel lancinant, la nourriture infâme. Mais somme toute, ce chantier colossal qui s’ouvre à elle la distraira de ses idées sombres. S’occuper des autres, se rendre utile, donnera un peu de sens à sa vie.

Un roman lumineux, empreint de tendresse

Dans ce troisième roman, Lea Wiazemsky revient à un thème qui lui est cher : celui de la fuite inexorable du temps, des liens entre les générations. Avec beaucoup de douceur, sans mièvrerie, elle met des couleurs dans la grisaille de l’existence de ses personnages, leur insuffle de l’espoir.  Car s’il y a une leçon à retenir ici, c’est qu’il ne faut jamais désespérer de rien. La vie est riche en rebondissements et l’être humain en ressources insoupçonnées. Le lecteur se laisse alors porter par cet élan d’humanité et d’optimisme, s’attache aux personnages au fil des pages et referme le livre ému, le sourire aux lèvres . Un roman qui offre un rayon supplémentaire à la journée de celui qui le lit!

Citation du jour

On peut douter de tout, sauf de soi. Vous faites de votre mieux, toujours, j’en suis convaincue. Nous faisons tous de notre mieux, mais cela ne nous rend ni parfaits, ni infaillibles. Nos erreurs, nous les avons commises avec les informations dont nous disposions à ce moment-là, avec l’intention de réussir. Ce n’est qu’après coup que nous constatons qu’une meilleure solution était possible. C’est ce qui s’appelle l’apprentissage de la vie. Nous apprenons tous de nos erreurs, de nos difficultés. Mais si vous doutez de vous, vous vous rendrez responsable de l’échec d’une situation quand ce n’est pas forcément le cas.

Marilyse Trécourt – Une vie plus belle que mes rêves (éditions Eyrolles)

une vie plus belle que mes rêves Marilyse Trécourt

©Karine Fléjo photographie

 

Le rêve de la baleine, Ben Hobson : magnifique

le rêve de la baleine Ben Hobson

©Karine Fléjo photographie

Après le décès de sa mère, Sam, 13 ans, doit composer avec son chagrin et avec celui de son père. Un homme taiseux, qui a l’habitude de s’absenter plusieurs mois pour aller dépecer les baleines dans une usine. Comment vivre avec la douleur et l’absence ? Comment réinventer sa vie, tant pour le fils que pour le père ? Un conte initiatique d’une grande beauté.

Deuil et reconstruction

Ils menaient une existence heureuse tous les trois, malgré les absences régulières du père pour aller travailler plusieurs mois à l’usine, sur une île éloignée. Puis ce fut le drame : après une longue maladie, la mère de Sam décède. Non seulement le jeune garçon va devoir composer avec son chagrin, mais aussi avec le caractère taiseux de son père.

Ce dernier a d’ailleurs tout vendu, sans en parler à son fils. La maison où ils vivaient tous les trois, leurs affaires, tout lui rappelle cette vie de famille qui n’est plus.

Faire table rase. Mettre une distance physique avec son passé pour mieux le dépasser.

Il propose à son fils d’arrêter l’école et de l’accompagner à l’usine. Une perspective angoissante pour l’enfant, qui va devoir surmonter la cruauté de ce métier de dépeceur de baleine, l’extrême dureté des conditions de travail sur une île malmenée par la météo, à un moment où de surcroît il aurait eu besoin de douceur et de réconfort. Mais Sam garde ses appréhensions pour lui. Il s’agit de ne pas décevoir son père, de jongler avec ses sautes d’humeur, pour s’attirer sa bienveillance et non son agressivité. Pas simple pour un enfant jeté du jour au lendemain dans le monde des adultes.

Entre un père taciturne, dur, en apparence indifférent, et un enfant sensible, affectueux, avide de reconnaissance, les liens parviendront-ils à se tisser ? Réussiront-ils à surmonter leur chagrin, à s’apprivoiser, pour construire une vie ensemble ?

Un roman initiatique bouleversant

C’est un roman magnifique que nous offre Ben Hobson dans Le rêve de la baleine, un roman où l’envie de vivre est plus forte que tout. Sans verser dans le pathos, l’auteur nous entraîne sur Moreton Island, une île sauvage battue par les vents, aux côtés d’un père et de son fils qui tentent de rester debout, de trouver leur place dans un contexte hostile. Le ton est juste, l’écriture fluide, la tension narrative croissante, de sorte qu’on peine à reposer le livre une fois commencé.  A la lecture de ce texte sensible, imagé, le lecteur a envie de prendre le petit Sam dans ses bras, de lui apporter de la chaleur, du réconfort, tant l’auteur a su le rendre attachant, bouleversant d’humanité. Un petit garçon combattif, merveilleux, qui ne s’oublie pas de sitôt le livre refermé. Un très beau voyage au large de Brisbane, sur les côtes australiennes. Un gros coup de cœur !

Livre pour enfants : La science est dans l’œuf, Cécile Jugla et Jack Guichard

la science est dans l'oeuf éditions Nathan

©Karine Fléjo photographie

Savez-vous que nous retenons 90% de ce que nous faisons ? C’est en partant de ce constat que les auteurs proposent ici aux enfants dès 4 ans, des expériences ludiques et faciles, pour découvrir les grands principes scientifiques. Une collection géniale publiée aux éditions Nathan.

Dix expériences ludiques pour les enfants autour de l’œuf

Votre enfant est curieux ? Il pose beaucoup de questions ? Savez-vous que vous pouvez lui proposer des activités simples, ludiques, pour trouver des réponses à ses interrogations et découvrir par lui-même les grands principes scientifiques ? C’est ce que proposent Cécile Jugla et Jack Guichard, dans cette toute nouvelle collection : « La science est dans… ».

Dans ce numéro La science est dans l’œuf, dix expériences amusantes vont permettre à votre chère tête blonde de faire connaissance avec les œufs (forme, couleur, poids, contenu), de tester leur solidité (sans faire d’omelette !) et la porosité de la coquille. D’autres ateliers vont lui enseigner comment déterminer l’âge de l’œuf grâce à son degré de flottaison, comment le cuire, faire de la mayonnaise ou des meringues. Il y a même de la magie dans l’air puisque sera révélé à l’enfant comment faire entrer un œuf dans une bouteille ou comment faire disparaître sa coquille.

Rendre la science accessible aux enfants dès 4 ans

Jack Guichard est à l’origine de la création de la Cité des enfants, et ancien directeur du Palais de la Découverte. Cécile Jugla est quant à elle l’auteure de nombreux livres documentaires pour enfants. Deux spécialistes convaincus de l’importance de rendre les grands principes scientifiques accessibles aux tout-petits. Et pas de n’importe quelle manière : en réalisant eux-mêmes des expériences amusantes. Car on retient 10% de ce qu’on lit, 30% de ce que l’on voit, 70% de ce que l’on dit mais 90% de ce que l’on fait. Chaque expérience, ici, est ensuite expliquée aux enfants, répondant ainsi aux nombreuses questions soulevées par ce qu’ils auront observé. Les illustrations colorées et drôles de Laurent Simon complètent avec bonheur cette collection inédite dans le concept et absolument géniale.

A lire et offrir sans modération !

Les victorieuses, Laetitia Colombani

Les victorieuses Laetitia Colombani

Après l’immense succès de La tresse, Laetitia Colombani nous offre un deuxième roman tout aussi viscéralement humain, Les victorieuses. Un roman qui donne la parole à ces femmes malmenées par la vie, combattives et généreuses, recueillies par l’Armée du salut au Palais de la femme. Un véritable hymne à la solidarité.

Du métier d’avocat à celui d’écrivain public

Solène est une brillante avocate. Sa carrière a jusqu’ici toujours été sa priorité, et à 40 ans, elle est reconnue et appréciée par ses pairs. Jusqu’à ce drame. Un client qu’elle défendait se suicide sous ses yeux suite à sa condamnation. Le sol s’ouvre alors sous ses pieds. Solène s’effondre au sens propre comme au sens figuré.

C’est le burn-out.

Le psychiatre qui la suit et la voit dériver lui fait une proposition :

« Faites quelque chose pour les autres. Pourquoi pas du bénévolat ? La crise que vous traversez est une crise de sens. Il faut sortir de soi, se tourner vers les autres. Retrouver une raison de se lever le matin. Se sentir utile à quelque chose ou à quelqu’un. »

Sans grande conviction, Solène décide de suivre son conseil et répond à une annonce concernant une mission d’écrivain public. Enfant, écrire était sa passion et écrivain sa vocation. Mais ses parents, juristes tous les deux, ne trouvaient pas cette vocation sérieuse ni rémunératrice. Elle a donc fait du droit. Comme ils le souhaitaient. Et si le temps était venu de se recentrer sur ce qu’elle aime, de donner corps à ce rêve ? Rédiger du courrier en tant qu’écrivain public lui permettra de remettre la plume à l’encrier, de renouer avec les mots. Et qui sait?

Elle quitte donc le palais de justice pour le Palais de la femme, lieu qui accueille des femmes de tous pays, qui ont fui la misère, la violence, voire les deux, pour tenter de se reconstruire. Des femmes certes blessées, dans leur cœur souvent, dans leur chair parfois, mais combattives toujours. Mais lors de sa première séance d’écrivain public, les résidentes du Palais de la femme ne lui réservent pas un accueil chaleureux. Solène va devoir les apprivoiser, gagner leur confiance. Et elle va découvrir à cette occasion que la méfiance dépassée, ces femmes sont admirables d’altruisme, de courage et de pugnacité. Des femmes dont elle a beaucoup à apprendre, qui l’aident autant qu’elle les aide. Solidaires. Généreuses. Courageuses.

En parallèle du parcours de Solène, Laetitia Colombani nous fait voyager dans le temps, un siècle plus tôt, et découvrir le combat de Blanche Peyron, cheffe de l’Armée du Salut en France, à l’origine de la création du Palais de la femme.

Deux parcours émouvants et viscéralement humains.

Un hymne à la solidarité

Dans ce roman, Laetitia Colombani rend hommage à cette femme admirable que fut Blanche Peyron, laquelle a consacré sa vie aux plus démunis et s’est battue au mépris de sa santé, pour que les femmes exclues de la société aient un toit. Elle célèbre de même les résidentes de ce Palais de la femme, des femmes qui ont échappé à la guerre, à la maltraitance, à la misère extrême et restent debout, envers et contre tout. Des femmes solidaires.

Les personnages de ce livre vous hanteront longtemps, qu’il s’agisse de personnages principaux ou secondaires. Tous ont un parcours chaotique dont ils se sont efforcés à chaque fois de se relever. Tous suscitent l’admiration, la compassion et l’empathie. Tous nous donnent envie de consacrer un peu plus de notre temps et de notre attention, à ceux qui en ont besoin. Un roman bouleversant, magnifiquement rédigé.

Égarer la tristesse, Marion McGuinness

égarer la tristesse Marion McGuinness

©Karine Fléjo photographie

Le simple titre est de toute beauté. Un premier roman extrêmement touchant, envoûtant, sur deux solitudes qui se rencontrent et s’apprivoisent. Parce qu’il vient toujours un moment où il devient possible d’égarer sa tristesse et de ne plus s’égarer en elle.

Se reconstruire après une épreuve

Elise, la trentaine, vit repliée sur elle-même depuis le décès de son mari alors qu’elle attendait leur premier enfant. Victime d’un anévrisme, la disparition de ce dernier a fait voler en éclat leur bonheur, leurs projets. Elise se retrouve avec un bébé à élever seule, contrainte à tenir debout pour ce petit être qui fait ses premiers pas dans la vie. Tenir debout est une chose, mais sourire, espérer, vivre et non survivre, est au-dessus de ses forces. Croiser des gens qui sourient tandis qu’elle n’est que géhenne lui est cruel.

Témoin de son naufrage, une vieille dame prénommée Manou, voisine d’Elise, l’exhorte à réagir, à ne plus perdre un jour de plus : « Je t’ai laissé un an pour pleurer. Maintenant, je te demande de vivre. »

Et de lui faire une proposition inattendue : elle lui remet le trousseau de clés de sa maison de Pornic et lui propose d’aller y séjourner le temps qu’il faudra avec son enfant, pour se ressourcer. Pour délocaliser sa tristesse. Elise finit par accepter, plus pour fuir sa mère envahissante que par réelle envie d’aller au bord de la mer.

Alors qu’elle commence à mieux dormir, à souffler un peu dans ces lieux où rien ne lui rappelle son défunt mari, Clément, le petit-fils de Manou, débarque dans la maison de Pornic pour y faire des réparations. Un jeune homme dont le sourire permanent agresse Elise, lui renvoyant sans cesse ce dont elle n’est plus capable : être heureuse.

Mais derrière ce sourire, Clément est-il si heureux qu’il l’affiche ? Pourquoi Manou a-t-elle prêté sa maison à Elise alors qu’elle savait que Clément allait y séjourner aussi ? Ses intentions étaient-elles si innocentes que cela ? Deux êtres blessés et méfiants peuvent-ils s’apprivoiser ?

Un roman sensible, délicat et positif

La plume de Marion McGuinness est sensible, juste dans l’analyse de la psychologie des personnages et des situations. Au fil des pages, elle sait créer une intimité entre ses personnages et le lecteur, personnages principaux comme secondaires, de sorte que le lecteur suit leurs difficultés, leurs espoirs, leurs tentatives avec émotion et empathie. Deux êtres malmenés par la vie sont-ils plus à même de se comprendre et de s’entendre ? Ou au contraire, leur sensibilité à fleur de peau rend-elle toute approche et tout apprivoisement impossibles ? N’ayez pas peur du sujet : ce roman est tout sauf sombre. C’est au contraire un roman positif, aux personnages très attachants, qui continuent à hanter l’esprit une fois la lecture terminée.