En théorie, tout va bien, Sarah Bussy

en théorie tout va bien Sarah Bussy

©Karine Fléjo photographie

En théorie tout va bien, est le roman d’une famille qui s’est attachée à sauver les apparences. Envers et contre tout. Mais comment se construire, se projeter, quand on est une enfant et que la vie, les êtres autour de vous, cultivent le mensonge ? Un roman initiatique doux amer.

Secrets de famille et culture des apparences

Dans le Paris des années 90, Cassis, douze ans, mène une existence heureuse avec son grand-frère Matteo et ses parents. Des vacances joyeuses dans la maison familiale de la Tranche-sur-Mer, des réceptions dans l’appartement de la rue Saint-Maur, un père en costume taillé sur mesure qui inspire le respect, une mère libraire qui sait recevoir, la famille de Cassis a tout de la famille idéale. « Une famille Ricoré ». Il y a même les pains au chocolat au petit-déjeuner.

Pourtant, dans ce tableau du bonheur, il y a des ombres. Les absences de plus en plus fréquentes du père, lequel met en cause son travail et ses hautes responsabilités. Sa mère qui s’enferme pour pleurer dans la chambre. Mais personne ne met de mots sur ces ombres, personne ne pose de questions, pas même Cassis.

« Je ne cherchais jamais à savoir pourquoi elle pleurait et pour rien au monde n’en aurais parlé. Notre quotidien fonctionnait et glissait ainsi. »

Une vie qui va perdre toute son insouciance, quand un jour, sans préambule, le père décide de choisir Cassis, pour l’emmener avec lui dans un appartement en tout point identique à celui dans lequel ils vivent. Pour Cassis, c’est la sidération. De retour rue Saint-Maur, la vie reprend comme si de rien n’était, comme si cette visite n’avait été qu’un rêve. Ou un cauchemar.

Pourquoi son père l’a-t-il élue pour l’initier à son secret ? Pourquoi avoir maintenu Matteo à distance ? Ne sachant que faire de ce secret encombrant, Cassis adopte la conduite de ses parents : elle sauve les apparences, maintient l’illusion d’une famille parfaite.

« Faire semblant. Taire. Comme si ce dont on ne parlait pas n’existait pas. Laisser en suspens. (…) ferme croyance en notre pouvoir sur le monde, celui d’effacer les choses, de les dissimuler au point de les oublier. »

Jusqu’au jour où la vérité éclate au grand jour. Et la famille aussi.

Illusions et trahisons familiales

Dans ce roman initiatique, Sarah Bussy se glisse dans la peau d’une jeune fille et nous interroge sans cesse. Comment réagir quand on découvre que la vie parfaite dans une famille parfaite n’est qu’illusion ? Faut-il tout révéler et vivre conformément à la réalité ou se mettre des œillères et s’attacher à sauver les apparences ? Comment se construire et accepter, adulte, que la vie ne soit pas ce bonbon délicieux qu’on nous avait fait miroiter enfant ? Qu’est-ce qui est le plus grave : que nos proches nous aient trahi ou que le reste de la famille ne nous ait pas initié à ses secrets ? Une réflexion intéressante sur les secrets de famille, l’importance des apparences, mais aussi les conséquences durables et dévastatrices d’une enfance nimbée de mensonges.