Rentrée littéraire : Où bat le cœur du monde, Philippe Hayat

Où bat le coeur du monde Philippe Hayat

©Karine Fléjo photographie

Le parcours incroyable d’un jeune garçon muet et handicapé, qui découvre en la musique en général et en la clarinette plus particulièrement, la voie de sa voix. Un parcours initiatique émouvant et inspirant, aux accents de jazz.

Le pouvoir de la musique

Darius vit à Tunis dans les années trente, dans le quartier juif de la Hara. Son père, libraire, est un jour pris à partie par les Arabes, lesquels accusent les juifs de se faire de l’argent avec les français. Malgré sa volonté d’apaiser les esprits, le ton monte et ordre est donné d’aller bruler les livres impurs de la librairie, ainsi que la librairie elle-même. Témoin de la scène, Darius court chercher de l’aide. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à éviter le saccage de la librairie. Pire, il assiste à la mort de son père et est lui-même gravement blessé à la jambe.

Il perd son père et le choc est tel, qu’il perd sa voix.

Dès lors, relogé dans un quartier moderne, loin des tensions du quartier juif, Darius est élevé par sa mère. Mais cette dernière peine à joindre les deux bouts avec les petits boulots qu’elle trouve. Et de placer en Darius tous ses espoirs : il faut qu’il réussisse à l’école, qu’il ait un bon travail et mette un terme à cette vie miséreuse. Mais si Darius est désireux de ne pas décevoir sa mère, force lui est de reconnaître qu’il ne se sent pas fait pour les études. Auprès de son amie Lou, il a en effet fait une découverte majeure : la clarinette. En quelques notes cet instrument a allumé en lui un incendie. Et de se consumer d’apprendre à en jouer.

Car la clarinette résonne en Darius bien davantage qu’un simple instrument de musique. Elle lui parle, l’appelle, le transcende. Elle est, il en est immédiatement convaincu,  la voie de sa voix perdue, la partition de son âme. Un langage de sons et de silences.

Alors il s’éclipse le plus souvent possible et, tandis qu’il est censé réviser ses examens, il s’entraîne sur la clarinette que Lou lui a prêtée. Il se prend à rêver de jouer du jazz, de gagner sa vie grâce à la musique et ainsi de permettre à sa mère de ne plus se ruiner la santé à faire des ménages. Jusqu’au jour où son rêve prend tellement de place, qu’il ne peut plus l’ignorer. Il décide de fuir pour se donner une chance de réussir aux Etats-Unis. Mais les Etats-Unis sont-ils prêts à l’accueillir, à reconnaître son talent ?

Cultiver sa passion

C’est un roman magnifique, empli de sensibilité, que nous offre Philippe Hayat, une histoire particulière à dimension universelle : jusqu’où est-on prêt à aller pour se fondre dans les attentes des autres, pour ne pas les décevoir ? Quel risque y-a-t-il à ne pas écouter notre voix intérieure, nos besoins, nos envies ? Quel courage faut-il pour oser faire ses propres choix, donner corps à sa passion ?

« Un jour, parti au petit matin, ayant préféré le jazz aux études, la guerre aux diplômes, son rêve au sien, il avait arrêté de se cacher. Alors sa vie d’homme avait commencé. »

C’est un roman sur le dépassement de soi, la passion qui consume, la persévérance, les choix difficiles de la vie, mais aussi un roman sur le pouvoir fabuleux de la musique. Le jazz, à travers les grands noms qui lui ont donné corps, est presque un personnage à part entière du roman.

Un texte à la partition émouvante, aux accords merveilleux entre les personnages, qui imprime sa mélodie de manière durable dans l’esprit du lecteur.

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