Jean-Louis Fournier, Je ne suis pas seul à être seul (JC Lattès)

Je ne suis pas seul à être seul Jean-Louis Fournier

©Karine Fléjo photographie

Un livre délicat, sensible et facétieux sur la solitude. Ou quand Jean-Louis Fournier excelle à nous faire sourire de ce qui est grave, à nous émouvoir d’une phrase, d’un mot, d’un silence.

La solitude, rançon de la liberté

« J’ai choisi d’écrire un livre sur la solitude.

Quand ça va mal, j’écris mes malheurs pour essayer d’en rire…

Un livre sur la solitude on ne l’écrit pas à quatre mains.

On ne peut pas se faire aider. On doit être seul.

Ça tombe bien je suis seul, devant ma page blanche.

Il sera court, comme je souhaiterais ma solitude. »

Solitude par choix, solitude subie, le français ne fait pas la distinction. Nous n’avons qu’un seul terme, solitude, lequel renvoie à deux situations diamétralement opposées. Dans ce livre, l’auteur, veuf depuis dix ans, évoque sa solitude par touches délicates, comme une toile de Seurat. De ce jour où enfant, il s’est retrouvé seul perdu dans un grand magasin, à aujourd’hui où il se retrouve seul dans un grand appartement sans la présence de sa tant aimée femme Sylvie, décédée il y a dix ans, il égrène les souvenirs de solitude. Une solitude à la fois redoutée et recherchée, une forme de quête et de fuite à la fois. Car la solitude est aussi une liberté, l’absence de cage. or Jean-Louis Fournier déteste les barreaux. On se prend d’une infinie tendresse pour lui, même s’il ne s’épargne pas et n’hésite pas à avouer qu’il n’aime pas les autres, mais qu’il aime que les autres l’aiment. Nuance.

« Si j’appelle souvent les autres au téléphone, ce n’est pas pour avoir des nouvelles d’eux, c’est pour leur donner des nouvelles de moi. »

Un ours qu’on a envie d’apprivoiser, un homme qui a l’élégance de ne jamais se plaindre, de nous faire rire de ce qui d’ordinaire accable, de se moquer de lui-même. Dans cet ouvrage, on se régale de superbes aphorismes, aussi pertinents que claquants :

« Je ne suis pas altruiste, je ne pense qu’à moi.

J’aime bien les altruistes, ils font le bonheur des autres, et surtout le mien. »

On retrouve dans ce livre un sens de la formule à la Oscar Wilde et un humour à la Desproges dont il était très proche. Je pense notamment à ces inserts sur la maison des voisins, qui m’ont tant fait rire, tandis que j’imaginais Jean-Louis Fournier transformé en Tatie Danielle (ou papy Daniel pour le coup !).

« Un oiseau souvent agacé par les autres, difficile à apprivoiser, un oiseau qui a peur des autres, mais qui a besoin des autres, pour entendre dire qu’il a une belle plume, un oiseau qui a peur de ne pas être seul, mais autant peur d’être seul. La solitude, c’est la rançon de la liberté. »

L’art de l’épure dans l’écriture

Ce que j’aime plus que tout chez Jean-Louis Fournier, et que je retrouve avec bonheur dans ce livre, ce sont deux éléments :

  • Son style d’une grande épure : il n’y a pas une phrase, pas un mot, pas une virgule qui ne soit superflu. Chaque terme est choisi avec soin et est essentiel à l’ensemble. Une écriture à l’os, sans gras, sans déchet. On pourrait presque dire que le style de Jean-Louis Fournier est à l’écriture ce que l’estampe japonaise est à l’épure.
  • Sa capacité à rendre léger ce qui pèse : Jean-Louis Fournier est un alchimiste du verbe, il excelle à nous faire sourire de tout, y compris de ce qui est grave. Pas de noirceur ou d’appesantissement sur la difficulté et la tristesse à vivre seul ici, pas de larmoiement, non. L’auteur parvient à nous faire prendre la mesure du poids de la solitude, sans jamais la faire porter sur nos épaules. Le plomb sous sa plume devient…plume. Les larmes deviennent sourire.

Vous l’aurez compris je pense, j’ai adoré ce livre. « La solitude, c’est tendance et c’est lourd. J’ai essayé de faire un livre léger. Avec plus d’accordéon que de violoncelle, quelques rires ajoutés et quelques facéties quand ça devient vraiment triste. »

Alors merci Jean-Louis pour ce merveilleux concert!

3 commentaires sur “Jean-Louis Fournier, Je ne suis pas seul à être seul (JC Lattès)

  1. J’avais raté cette chronique, ce n’est qu’en lisant votre commentaire sur mon billet du jour traitant de ce livre que je l’ai retrouvée et découverte. Superbe ! Merci à vous, Karine, elle enrichit ma lecture d’aujourd’hui.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s