Khalil, Yasmina Khadra : dans la tête d’un terroriste

Khalil par Yasmina Khadra

©Karine Fléjo photographie

Quand Yasmina Khadra se glisse dans la tête d’un terroriste prêt à se faire sauter. La radicalisation décortiquée de l’intérieur. Fascinant, brillant. Essentiel.

Dans la peau d’un kamikaze

Khalil est né dans le quartier de Molenbeek en Belgique. Il est en chemin pour Paris, ce 13 novembre 2015. Dans la voiture avec lui, Driss, son meilleur ami d’enfance, ainsi que deux autres hommes. Depuis 5 semaines, ils se préparent et ne vivent que pour cette mission. Ils ont en effet été élus par le cheikh, pour aller se faire exploser au milieu de la foule au stade de France.

Se faire sauter pour la cause, l’acte de foi par excellence. Du moins l’imam Sadek le leur a-t-il affirmé. C’est donc « forcément » vrai. Le paradis leur est promis.

Mais rien ne se passe comme prévu. Sa ceinture d’explosifs ne se déclenche pas. Le détonateur ne fonctionne pas.

Au fil des pages, le lecteur accueille les confidences du kamikaze, remonte les mois, les années à ses côtés. Une enfance qui l’a meurtri, humilié. De mauvais résultats à l’école montrés du doigt par son père qui le traitait d’âne et le dédaignait. Du dédain de la part de la société belge vis-à-vis des étrangers comme lui, parqués dans ce quartier. Il ne se sent pas reconnu dans sa famille, pas intégré socialement, paumé, exclu. En perte d’estime de soi.

« L’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence, c’est mathématique. »

Aussi, quand son ami lui avait proposé d’aller écouter un prêcheur dans une mosquée, il l’avait suivi. Par désœuvrement plus que par conviction. Ce fut alors une révélation.

« La mosquée, plus qu’un refuge, m’a recyclé comme on recycle un déchet. Elle a donné une visibilité et une contenance aux intouchables que nous étions. Elle nous a sortis du caniveau pour nous exposer en produits de luxe sur la devanture des plus beaux édifices. La mosquée nous a restitué le respect qu’on nous devait. »

Ou quand « les frères » récupèrent ces êtres perdus, sans repères, à l’image d’objets perdus que personne ne vient réclamer.  L’embrigadement peut commencer.

Une analyse brillante de Yasmina Khadra

Dans ce livre rédigé à la première personne, pour que le lecteur soit au plus près des pensées du kamikaze, Yasmina Khadra démonte les rouages qui conduisent un être ordinaire à la radicalisation. Une analyse brillante, pertinente. Essentielle.

J’ai lu parfois des reproches faits à Yasmina Khadra, car il s’est glissé dans la peau d’un terroriste, a été dans l’empathie avec lui, a tenté de le comprendre. Or au contraire, je pense que l’auteur a FONDAMENTALEMENT raison dans sa démarche ! Un, tenter de comprendre ne signifie pas excuser. Deux, on a trop tendance à montrer les criminels, les kamikazes, les terroristes, comme des monstres, au sens de non-humains. Or ce ne sont pas des espèces animales ni des êtres d’une autre planète, ce sont des hommes et des femmes ordinaires à la base, qui un jour sont complètement sortis de la route. Et pour comprendre comment il est possible de faire des choix si radicaux, il faut les considérer comme ce qu’ils sont, des personnes. L’être humain est capable de cruauté extrême, de torture, du pire. Comme du meilleur. Ce roman est essentiel, car il tente de donner des éléments aux lecteurs, pour que jamais la part ténébreuse en lui ne l’emporte sur la part lumineuse. Pour le meilleur. Contre le pire.

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