Rentrée littéraire : Disparaître, Mathieu Menegaux

Disparaître Mathieu Menegaux

©Karine Fléjo photographie

Après « Je me suis tue », « Un fils parfait » et « Est-ce ainsi que les hommes jugent ? », Mathieu Menegaux nous revient avec « Disparaître ». Un roman brillant, impossible à lâcher.

Qu’est-ce qui pousse une personne à disparaître ?

Dans le quartier des Abbesses, c’est l’effroi. Une jeune femme de 25 ans vient de chuter de la fenêtre en poussant un cri déchirant. Le corps disloqué sur les pavés attise la curiosité malsaine des passants. Les policiers dépêchés sur place constatent que son appartement était fermé de l’intérieur. Elle n’a donc pas été poussée par la fenêtre, mais s’est suicidée. Comment en arrive-t-on à vouloir mettre fin à ses jours quand on est dans la pleine fleur de l’âge ?

Quelques jours plus tard, à Nice, un sportif en pleine séance d’entrainement sur la plage découvre le corps d’un homme sans vie, les poumons gorgés d’eau et le bout des doigts comme limé, rendant impossible l’identification par empreintes digitales. Noyade accidentelle ? Assassinat ? Suicide ? La seule chose qui préoccupe le maire est que ce corps soit évacué avant que les médias ne s’emparent de l’affaire et n’effraient les touristes.

Y a-t-il un lien entre ces deux morts ? Pourquoi peut-on désirer faire disparaître un corps ou se faire disparaître ? S’il est une certitude, c’est que pour le savoir vous allez disparaître de la circulation pour pouvoir lire en apnée ce roman !

Quête de performances et burn-out

Mathieu Menegaux nous montre une fois encore son talent rare et son exceptionnelle acuité pour analyser les problèmes de société. Il s’immerge ici dans le monde de l’entreprise, une société bancaire aux exigences draconiennes envers ses employés. Entre le discours qui se veut respectueux du bien-être des employés, et les exigences toujours plus fortes à leur endroit, c’est le grand écart. Sollicitations 24h sur 24 par mails et SMS, objectifs de performance toujours plus hauts à respecter, primes et promotions à mériter, l’entreprise exige beaucoup. Et souvent beaucoup trop. Aussi, quand l’adrénaline ne suffit plus, quand l’humiliation d’apparaître publiquement en bas du tableau devient insurmontable, ou quand à contrario le prestige d’être sur le tableau d’honneur ne compense plus les moments volés à la vie privée ni la fatigue physique et nerveuse ressentie, c’est l’épuisement professionnel ou burn-out. Dans de tels moments de vulnérabilité, toute main tendue est perçue comme celle du messie. C’est ce qui arrive à la nouvelle recrue Esther Goetz. Aussi, quand suite à son burn-out, Etienne Sorbier, ce managing director dont elle admire tant la réussite, s’inquiète de son sort, elle est indiciblement touchée. Et même davantage. Mais mêler amour et travail est rarement un mariage heureux… Feront-ils exception ?

Impossible de reposer le livre une fois la lecture commencée. La tension narrative va crescendo et l’habileté de la construction ménage le suspens jusqu’à la chute finale, vertigineuse. Pas de phrases ni même de mots superflus dans l’écriture de Mathieu Menegaux : l’auteur va à l’essentiel et touche sa cible à chaque fois, redoutablement juste et efficace.

Vous l’aurez compris, Disparaître est un ÉNORME coup de cœur de cette rentrée littéraire !