Rencontre avec Mathieu Menegaux : « Le fait divers, c’est le grand méchant loup des contes de notre enfance »

Mathieu Menegaux

©Karine Fléjo photographie

En ce mois de janvier, les éditions Grasset ont publié le quatrième roman de Mathieu Menegaux : Disparaître. Rencontre avec un auteur aussi chaleureux que talentueux.

Dans vos romans, vous partez souvent d’un fait divers

Je trouve que le fait divers est fascinant. Le fait divers exerce un degré de fascination incroyable sur tous, parce que c’est le grand méchant loup des contes de notre enfance, parce que c’est la pire chose qui existe. Regardez l’émotion suscitée par l’affaire Dupont de Ligonnès, c’est incroyable.

Quel a été le point de départ de ce roman ?

Il s’agit d’une vieille affaire qu’on m’avait racontée, il y a 15 ans, sur une stagiaire et un cadre d’une grande banque parisienne qui sortaient ensemble alors qu’il était marié. Et quand il avait annoncé à sa maîtresse vouloir rompre avec elle pour rester avec sa femme, elle s’était défenestrée et était tombée à ses pieds.  Mais cela ne faisait qu’une nouvelle, il me fallait une autre histoire à laquelle la raccrocher. Quand j’ai entendu parler de l’affaire Peter Bergmann, j’ai tenu la deuxième partie de mon sujet.  Cet homme, qui se faisait appeler Peter Bergmann, était descendu dans un hôtel irlandais et pendant quelques jours, avait fait de multiples allers-retours mystérieux, avant d’être retrouvé noyé, sans que jamais on ne parvienne à l’identifier. Derrière le fait divers, il y a beaucoup de nous. Et ce qui m’amuse, c’est de prendre un fait brut et d’essayer de comprendre ce qui a pu se passer en amont pour conduire à cela.

La jeune femme de votre roman, en entamant une relation avec son supérieur, va droit dans un mur

Ce qui me fascine dans les histoires de ce type-là, c’est l’absence complète d’effet d’expérience de l’humanité dans les relations amoureuses. Là, Esther discuterait avec n’importe qui de censé, elle saurait que son histoire est vouée à l’échec. Mais elle, elle pense que pour elle ça va marcher, de la même façon qu’il y a un gagnant du loto sur 14 millions. Les animaux se transmettent des savoir-faire, or l’homme, lui, n’apprend rien dans les relations amoureuses.

Disparaître peut être un fantasme, pour tout recommencer ailleurs

Ici, lui ne cherche pas à disparaître, pour redémarrer autre chose ailleurs. Il veut n’avoir jamais existé.

Disparaître de Mathieu Menegaux chez Grasset

©Karine Fléjo photographie

Vous avez un travail extrêmement prenant, comment trouvez-vous le temps pour écrire ?

Je n’écris pas très rapidement. Cela me prend six mois à construire le roman dans ma tête et ensuite de six à neuf mois d’écriture. Je crois que comme je suis dans un environnement professionnel où je suis pressé, j’essaye de le retranscrire dans mes romans, dans le fait de me dire « je ne veux pas de temps mort ». Et j’essaye de me débarrasser de tout ce qui peut être superflu, de type digressions ou choses qui ne feraient plaisir qu’à moi. J’essaye de beaucoup concentrer. Cela dit c’est assez discriminant, car il y a des gens qui dans la littérature cherchent des choses beaucoup plus longues, ont envie d’une longue promenade avec les personnages. Moi, j’ai envie qu’on me lise en une ou deux fois, pas en une semaine. Si je ne travaillais pas, je n’aurais pas cette urgence-là.

Vous évoquez souvent la fragilité des êtres dans vos écrits

Oui, car c’est cathartique. J’évacue tout un tas d’angoisses, de peurs ancestrales, en écrivant. Je me dis : « c’est à eux que cela arrive, pas à moi. »

Dans vos romans vous vous penchez souvent sur les moments de bascule, les points de rupture

Ce qui est central chez moi, c’est le point de basculement, le grain de sable qui va tout faire dérailler. J’aime beaucoup travailler sur la fragilité des situations, sur le fait qu’il n’y a pas grand-chose qui soit acquis. Et ce sera aussi le cas de mon prochain roman.

©Karine Fléjo photographie