Les fluides, Alice Moine : bouleversant

Les fluides, Alice Moine

©Karine Fléjo photographie

Un roman dense, d’une intensité émotionnelle rare, sur une double renaissance : celle d’une femme et celle d’une relation mère-fille. Une lecture en apnée.

Plongée en eaux troubles

Julie va passer quelques heures avec sa fille Charlotte de sept ans, dont elle n’a plus la garde, depuis sa séparation d’avec Paul. Elle a à cœur que ces précieuses heures soient une fête, qu’elles retrouvent leur insouciance et leur complicité d’avant.

D’avant sa blessure.

Alors, même si Julie a peur de l’eau, pour Charlotte elle est prête à surmonter ses appréhensions. Mais chaque étape du parcours de la caisse de la piscine au bassin fait remonter un souvenir douloureux à la surface. Julie fait son possible pour que Charlotte ne s’aperçoive pas qu’elle boit la tasse, pour couler ses angoisses par trois mètres de fond et ne laisser surnager qu’un visage épanoui. Mais la petite Charlotte, comme tout enfant, est une véritable éponge. Elle sent combien sa maman est submergée par l’angoisse, combien elle peine à être présente pour elle.

Où est passée sa maman d’avant ? Celle dont le corps n’avait pas besoin de cette cuirasse de graisse, celle qui avait un travail, celle qui était aimante comme les autres mamans, présente comme les autres mamans ? Pourquoi semble-t-elle nager à contre-courant ?

Et pourtant, contre toute attente, ce jour-là, un événement va tout changer.

Renaître après une agression

C’est le troisième livre d’Alice Moine que pour ma part je découvre dans ce roman. Et je suis sous le charme. Sous le charme de la délicatesse de son écriture, de la grâce de ses mots. Un style fluide comme l’eau, épuré et limpide comme elle. Dès les premières lignes, le lecteur fait corps et cœur avec cette femme et sa fille, ému par son combat secret, celui d’une agression qui l’a faite couler. Mais le non-dit, les blessures tues flottent redoutablement bien à la surface des pensées. Il est illusoire de croire les couler dans les profondeurs de l’oubli en les passant sous silence. C’est ce que découvre à ses dépens Julie.

La sensibilité à fleur de plume de l’auteur vous prend aux tripes. Et c’est ému que vous assistez non seulement à la renaissance de la femme, mais aussi à la renaissance de la mère. Car ce roman, aussi grave soit son sujet, est tout sauf sombre. Il est au contraire lumineux, plein d’espoir. Ce roman est une forme de métaphore de la poussée d’Archimède : « Tout corps plongé dans un liquide, reçoit une poussée de bas en haut, proportionnelle au poids du volume d’eau déplacé. » En s’immergeant dans l’eau, Julie reçoit une force inouie, qui la sort des profondeurs de ses soucis et la propulse vers la lumière. Vers la vie.

Un livre court qui laissera une empreinte longue dans l’esprit de ceux qui le liront.

Un coup de cœur !

Informations pratiques

Les fluides, Alice Moine – Editions Belfond, janvier 2020 – 103 pages – 17€