Le monde n’existe pas, Fabrice Humbert (Gallimard)

Le monde n'existe pas, Fabrice Humbert

©Karine Fléjo photographie

Et si ces vérités que nous tenons comme acquises n’en étaient pas ? Et si le monde n’était que mensonges et illusions, vaste mascarade ? Telle est la question en filigrane du nouveau roman de Fabrice Humbert.

Un coupable tout désigné

Quand Adam Vollmann, journaliste au New-Yorker, voit le portrait d’un homme recherché pour viol et meurtre s’afficher sur les écrans de Time Square, c’est la sidération. Car ce visage ne lui est pas inconnu. C’est celui d’Ethan Shaw, un homme avec lequel il est allé au Lycée Franklin il y a quelques années. Et pas n’importe quel homme : adolescent, Ethan alors capitaine de l’équipe de foot, était adulé par les filles, admiré par les garçons. L’emblème du lycée de Drysden. Plus encore, il a joué un rôle essentiel dans l’intégration d’Adam : il l’a sauvé de l’opprobre et de la solitude. Mais aussi et surtout, il l’a révélé à lui-même, à sa sexualité.

Comment imaginer que ce demi-dieu du lycée soit jeté en pâture à la foule aujourd’hui, présenté comme le meurtrier et violeur d’une jeune mexicaine de 16 ans ? Si pour chacun, la culpabilité d’Ethan semble être une évidence, pour Adam, elle est inconcevable. Dans le même temps, il s’interroge : connait-on vraiment quelqu’un, y compris un proche ?

Il décide alors d’aller lui-même mener l’enquête dans la petite ville de Drysden. Une enquête qui va lui montrer que rien n’est souvent plus faux que ce que l’on considère comme acquis.

Vérité versus mensonge, réalité versus fiction : des frontières ténues

Dans Le monde n’existe pas, Fabrice Humbert mène une analyse intéressante sur le monde et ses faux-semblants. Dans une société où les informations circulent en temps réel – sans vérification des sources, ni preuves à l’appui, les rumeurs ont tôt fait de s’ériger en vérité. Quand les esprits sont échauffés par une série de meurtres récents irrésolus, ce nouvel assassinat est la mort de trop : il faut un coupable à la foule, et vite. Pour apaiser sa soif de vengeance, de soi-disant vérité. Pour donner à cette dernière l’illusion que la police et le gouvernement maîtrisent l’affaire.

Falsification des preuves, faux témoignages, désignation d’un coupable idéal, création d’individus de toutes pièces, retouches de photos, dans cette société qui appelle à la vérité et à la transparence, rien n’est plus faux que ce qui a l’apparence du vrai. Pire, chacun contribue à des degrés et niveaux divers, à ces faux-semblants. Une réflexion brillante sur la puissance du récit.