Otages, Nina Bouraoui

Otages par Nina Bouraoui

©Karine Fléjo photographie

Nina Bouraoui nous offre le portrait extraordinaire d’une femme ordinaire. Une femme qui a encaissé les coups sans rien dire. Toute sa vie. Jusqu’au coup de trop. Un livre sur la libération. Un roman coup de poing pour une lecture coup de cœur.

Une colère silencieuse

Sylvie Meyer, 53 ans, est une femme qui depuis son divorce l’année précédente, élève seule ses deux garçons adolescents. Une femme qui ne se plaint jamais, pas même lorsque son mari l’a quittée. Une femme qui reste debout. Toujours. Qui avance. Toujours. Comme si toutes ces violences subies glissaient sur elle comme l’eau sur un ciré breton. Comme si elle ne s’autorisait pas à s’appesantir sur elle-même. Comme si elle n’en avait pas le droit.

Sylvie travaille dans une usine. Sérieuse, impliquée, elle fait ce qu’on attend d’elle avec application. Jusqu’au jour où son chef lui demande de surveiller ses collègues, afin de désigner celles dont il devra se passer, en vue d’un dégraissage de personnel. Mais devenir à l’égard de ses paires cet être sans cœur, être à son tour ce monstre qu’ont été certains à son endroit, est plus qu’elle ne peut supporter.

Elle ne veut pas basculer de ce côté. Ne veut pas passer de victime à bourreau. Toutes ces violences ensilées en silence depuis des années, depuis cette blessure secrète qui l’a marquée au fer rouge, refont alors surface. Et sortent Sylvie de son silence et de sa soumission.

Quel est ce secret, cette violence originelle qu’elle a subie et qui a fait naître cette révolte silencieuse en elle ? Comment Sylvie va-t-elle pouvoir se délivrer, enfin, cesser d’être une otage ?

Otages, un roman d’une rare puissance évocatrice

J’adore la plume de Nina Bouraoui, dont j’ai plébiscité ici plusieurs titres. Avec Otages, ce qui sidère avant tout est la puissance évocatrice de la plume de l’auteure. Sur le ring de papier, les mots frappent. La ponctuation coupe. Les phrases cognent. Et atteignent à chaque fois le cœur des lecteurs, ricochent sur leur propre vie en écho à la leur. Sylvie Meyer est une femme qui subit depuis toujours sans broncher la violence du monde, dans son couple, au travail, dans son adolescence. Une femme qui encaisse comme un punching-ball les événements, ordres, humiliations et blessures qui la frappent. Sous ses apparences calmes, la révolte gronde, celle de la rébellion face à l’injustice. Sous ses apparences calmes, Sylvie Meyer est une bombe à retardement.

« La violence était là, partout, infiltrée au cœur de la nuit et au petit matin. Au fond de mes poches et sur ma peau, dans mon regard et dans mes rêves Là, comme de l’encre. Elle prenait toutes les formes, toutes les textures, épousant l’espace, les manques, tout. Elle portait un nom, je le sais aujourd’hui, un nom qui coupe : elle s’appelait le silence. »

Car, comme nous le montre très justement Nina Bouraoui ici, la violence ne se mesure pas au nombre de décibels. La violence tue, tue davantage encore.

Un roman magnifique, d’une force remarquable, qui prend le lecteur aux tripes. Alors si vous voulez devenir l’otage consentant d’une lecture en apnée, filez en librairie l’acheter!