Suzanne, Frédéric Pommier (Pocket)

Suzanne, Frédéric Pommier, éditions Pocket

©Karine Fléjo photographie

Un portrait de femme extraordinaire. Un concentré d’amour et de tendresse. A lire absolument !

Une grand-mère hors du commun

Aujourd’hui, Suzanne a 95 printemps. Elle a dû accepter à regret de partir de chez elle, où elle vivait seule, après une énième chute. Elle se retrouve aujourd’hui dans un EHPAD. Un lieu où les humiliations, les négligences de soins et d’attentions, l’absence de douceur et de respect à son endroit, sont son lot quotidien. Quelle horreur pour cette femme farouchement indépendante, pleine de vie, si soucieuse des autres, que de se retrouver dans ce lieu ! Mais elle n’avait pas le choix.

Un quotidien bien éloigné de celui de la femme incroyable qu’elle fut.

Et l’auteur de nous dérouler le fil de sa vie, les quatre cents coups de Suzanne, femme d’une énergie et d’une combattivité hors-normes. D’une grande érudition aussi. Une femme qui, malgré les épreuves, n’a jamais dérogé à son principe du SQM (« Sourire Quand Même »). C’est un hymne à l’amour d’un auteur pour sa tant aimée grand-mère, pour l’épouse fidèle et dévouée qu’elle fut, pour la mère aimante et attentionnée qu’elle demeure, et pour la grand-mère pétillante et chaleureuse qu’elle est pour lui.

Un portrait fascinant d’une infinie tendresse

Je n’ai pas pu m’empêcher de frissonner d’horreur en voyant les mauvais traitements que subit Suzanne dans cet EHPAD, les humiliations dont elle est l’objet, sanglée à sa chaise, ou incapable de se relever des toilettes, traitée comme une sous-humaine. Frédéric Pommier pointe du doigt les défaillances de nombre de nos EHPAD ou services de gériatrie, lieux dans lesquels, par manque de personnel, par manque de moyens, par manque d’humanité aussi parfois, on maltraite et délaisse nos aïeux. Il arrive même que la réalité dépasse la fiction, qu’elle soit encore pire, comme j’avais pu le constater, quand, étudiante, j’avais travaillé l’été dans un établissement de ce genre. De quoi être choqué. De quoi s’interroger sur ce manque d’humanité.

Mais ce livre ne s’arrête pas à ce triste constat. Il est avant tout et surtout un vibrant hommage à une femme exceptionnelle , un hymne à l’amour de Frédéric Pommier à sa grand-mère. Un livre d’une grande douceur et d’une infinie tendresse. On s’émerveille du parcours de Suzanne, de sa force de caractère, de son originalité. On a envie de courir à l’EHPAD pour lui apporter un peu de cette douceur dont l’équipe soignante la prive, de lui apporter des brioches au sucre, de la serrer dans nos bras. Car Frédéric Pommier en parle avec tant d’amour, tant de chaleur, que Suzanne devient, le temps de la lecture, notre grand-mère aussi. Et même un peu après, car c’est une femme si attachante, si aimable (au sens digne d’amour), qu’on ne peut pas l’oublier une fois le livre refermé.