Le secret Hemingway, Brigitte Kernel

Le secret Hemingway par Brigitte Kernel

©Karine Fléjo photographie

Quand la difficulté de se construire dans l’ombre d’un père illustre se double de celle de se vivre comme une femme dans un corps d’homme. La vie de Grégory Hemingway devenu Gloria, sous la sensible plume de Brigitte Kernel.

Le secret Hemingway

Être le fils du grand Ernest Hemingway, l’incorrigible séducteur, l’illustre écrivain, prix Nobel et prix Pulitzer n’est déjà pas simple en soi. Alors quand de plus, dès son plus jeune âge, on se sent femme dans un corps d’homme, cela devient très compliqué de trouver sa place.

C’est en prison que l’on retrouve l’un des fils d’Ernest Hemingway, prénommé Grégory. Transsexuel, opéré dix ans plus tôt pour avoir un corps de femme, il a été ramassé par la police pour attentat à la pudeur sur la voie publique.

Médecin, père de huit enfants, très amoureux de sa femme Ida, il vit comme une torture d’être une femme dans un corps d’homme. Vers l’âge de dix ans, il a découvert avec délice le bonheur de porter les sous-vêtements de la maîtresse de son père. Surpris par ce dernier, il a essuyé une colère folle. Mais était-ce vraiment une découverte pour Ernest, lui qui depuis la naissance de son fils n’a jamais consenti à l’appeler Grégory, lui préférant le surnom féminin de Gigi ? Quant à sa mère, elle avait rêvé d’une fille et n’a jamais aimé ce bébé qui s’est révélé être un garçon. Alors, jusqu’à l’âge de 7 ans, elle l’a habillé en fille : robes, ballerines, collants fins, rubans dans les cheveux, la panoplie de la fille qu’elle espérait. Et elle lui a toujours préféré son frère.

Si son père, Ernest, s’est toujours refusé à le laisser aller à ses penchants féminins, il n’en adore pas moins son fils. Et Grégory est en adoration de même devant ce père, au point de sacrifier pendant longtemps la femme en lui pour ne pas le contrarier. Quitte à se perdre. Quitte à souffrir.

L’enfermement

Dans ce roman très touchant sur la vie de Grégory Hemingway, Brigitte Kernel se glisse dans la peau de Grégory et se penche sur le poids des secrets de famille, sur la difficulté d’être et non de « par-être ». Quel est le plus grand enfermement finalement : est-ce de se retrouver en prison, d’être prisonnier d’un corps d’homme quand on se sent femme, d’être dans une camisole chimique en clinique faute de supporter son corps masculin ? L’enfermement n’est pas qu’une question de barreaux. Il n’est en effet pas de prison pire que la geôle mentale, celle que l’on transporte partout avec soi. Une souffrance qui transpire de partout chez Grégory, y compris après son opération pour devenir femme, lorsque cinq de ses huit enfants le rejettent, lorsque les gens dans la rue l’insultent. La liberté a un coût terrible.

Un roman émouvant, sensible et juste sur la vie d’un être qui aurait juste voulu pouvoir être lui-même et être aimé ainsi. Un être qui aurait aimé vivre libre.