Un loup quelque part, Amélie Cordonnier

Un loup quelque part, Amélie Cordonnier

©Karine Fléjo photographie

Quand une femme accouche d’un bébé qui n’est pas celui qu’elle espérait et peine à l’aimer. La spirale infernale du rejet. L’évolution aux frontières de la folie. Puissant. Saisissant. Brillant.

L’amour maternel : inné ou acquis ?

Heureuse maman d’une fillette de 8 ans, elle a accueilli avec bonheur la naissance de son petit garçon. Comme une belle histoire d’amour qui se rejoue, à 8 ans d’intervalle, entre une maman et son bébé. Jusqu’à la fausse note cinq mois plus tard. Le bémol sur la partition de la peau du bébé : un étrange grain de beauté.

Le pédiatre lui énonce alors un verdict à peine croyable : ce n’est pas un grain de beauté ; son bébé est métis ! Elle n’a pourtant pas trompé son mari, est blanche et son conjoint aussi. Comment est-ce possible ? Pire : cette tâche brune dans le cou n’est que le début de la mue de l’enfant. Toute sa peau va devenir inexorablement teintée. Noire.

En état de sidération, la maman cherche à comprendre. Qu’est-ce qui peut expliquer le métissage de l’enfant ? Y-a-t-il quelque chose qu’on lui aurait caché sur ses propres racines ? Comment aimer un enfant différent de celui qu’on a imaginé, bercé dans son ventre, projeté ?

Terrifiée, la maman sent monter en elle un inexorable sentiment de rejet. Vite, le couvrir de vêtements, cagoule, gants, pour faire disparaitre la moindre parcelle de peau de son champ de vision. Vite, nier la réalité. Vite, refuser l’inacceptable.

Et dans le sillage de ce rejet, une terrible honte. Une écrasante culpabilité.

Parviendra-t-elle à identifier la raison de ce métissage ? Saura-t-elle tricoter un lien avec son enfant, l’aimer tel qu’il est ?

Un roman percutant sur la relation mère-enfant

J’avais plébiscité le premier roman d’Amélie Cordonnier, Trancher, il y a deux ans. J’attendais donc avec impatience de lire le deuxième, Un loup quelque part. Et je retrouve ici tout ce qui m’avait séduite dans son écriture. Une plume aussi acérée qu’un scalpel. Des mots qui coupent. Des phrases qui incisent. La relation entre la mère et son fils devient de plus en plus anxiogène, paniquante même, et Amélie Cordonnier est si juste dans l’expression des émotions de son personnage, dans l’analyse de la situation, qu’elle nous communique cette inquiétude : on oublie qu’on est le lecteur d’une fiction, on devient le témoin d’un quotidien terrifiant. Certes, le sujet est dur et j’avoue que le talent de l’auteure à nous entrainer dans son univers et à nous faire confondre réalité et fiction est tel, que parfois j’ai eu du mal avec ce lien mère-enfant qui ne s’établissait pas et avec la souffrance du bébé. Mais heureusement, c’est aussi un roman empli d’amour, celui d’une femme qui a conscience de ne pas agir comme elle devrait, et qui se bat avec l’énergie du désespoir pour éviter la noyade, tant pour elle que pour son enfant. Une maman qui veut rééduquer son cœur à aimer.

Informations pratiques

Un loup quelque part, Amélie Cordonnier – éditions Flammarion, mars 2020 – 270 pages – 19€

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