Vanda, de Marion Brunet

Vanda, de Marion Brunet aux éditions Albin Michel

©Karine Fléjo photographie

La relation fusionnelle, presque animale, entre une mère marginale et son fils. Un roman intense, percutant, sur une maman qui tente de rester à flot dans une société qui ne lui fait aucun cadeau.

Une relation mère-fils animale

Vanda vit dans une cabane de planches sur la plage avec son fils Noé de cinq ans. Mais à défaut de chauffage, d’espace, de confort, ce lieu est leur chez eux, un abri où ils aiment se retrouver, dans leur bulle, à l’abri de cette société qui les montre du doigt. Et puis, Vanda élève seul son fils, survit de petits contrats comme femme de ménage dans un hôpital psychiatrique et ne pourrait pas s’offrir un logement en ville. Au moins sont-ils ensemble. Seuls face au monde. Seuls contre tous.

Certes, Vanda a bien quelques amis, des marginaux comme elle, avec lesquels elle consomme de l’alcool, parfois un peu de drogue, mais jamais elle ne les laisse vraiment entrer dans sa vie, dans son intimité à elle et Noé. Elle protège son fils comme une louve son petit. Instaure une distance de sécurité entre lui et les autres. Veille.

Jusqu’à ce que Simon, le père de Noé, débarque dans le village pour l’enterrement de sa mère. Il ne savait pas que Vanda était enceinte quand il est parti pour Paris et ignorait donc avoir un fils…

« Si le monde a toujours été menaçant pour elle, l’arrivée de Simon transforme la menace en sommation. Elle ne sait pas exactement ce qu’il traîne avec lui mais elle sent le danger, une odeur de terre fendue, de cratère raviné qui suinte. Quelque chose va bouger, et dans son équilibre de château de cartes, elle n’est pas sûre de soutenir les rafales. »

Un roman coup de poing

Marion Brunet a obtenu le Grand prix de littérature policière pour son précédent roman, L’été circulaire, et confirme ici son talent de tragédienne. Dans Vanda, le lecteur est pris aux tripes par la rage animale qui anime la mère. Une femme cabossée par la vie, une écorchée vive, modelée par la souffrance depuis l’enfance, qui a appris à se méfier de tout et de tous. Et entend bien protéger son fils.

Avec l’énergie du désespoir, elle tente de leur garder un toit, de lui trouver à manger par tous les moyens quitte à voler, de ne pas céder aux critiques et remontrances des instituteurs et employeurs en particulier et de la société bien-pensante en général. Personne ne se met à sa place, personne ne mesure combien il lui faut se battre pour eux deux. Combien elle est seule. Combien son équilibre et donc leur équilibre à tous les deux est fragile. Or Vanda l’expérimente depuis toute petite : la société ne fait rien pour solidifier les fondations des plus faibles, elle préfère juger et condamner, plutôt que de compatir et d’aider.

Comment réagit une femme traquée quand on menace de lui ôter son fils, de l’amputer d’une partie d’elle-même? Un roman qui secoue, malmène et émeut. Impossible de rester insensible à ce duo si émouvant et si aimant. Impossible de les oublier en refermant le livre.

Informations pratiques

Vanda, Marion Brunet – éditions Albin Michel, février 2020 – 236 pages – 18€

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