J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi, Yoan Smadja

J'ai cru qu'ils enlevaient toute trace de toi

©Karine Fléjo photographie

Un roman poignant sur l’enquête de terrain d’une journaliste sur le génocide des Tutsi au Rwanda. Avec, en filigrane, une vibrante histoire d’amour. Un joyau.

Le génocide rwandais

Sacha est une journaliste de guerre reconnue de ses pairs. Ses articles sont aussi rares qu’espérés. En ce mois d’avril 1994, la reporter de guerre se trouve au Rwanda, un pays déchiré par la guerre depuis quatre ans, entre communauté Hutu et Tutsi. Alors que les accords d’Arusha étaient censés permettre le retour des Tutsi exilés dans leur pays, le président rwandais, prêt à signer ces accords, est assassiné. Un assassinat qui donne un prétexte aux extrémistes Hutu pour lancer un génocide contre la communauté Tutsi.

Sur place pour se faire l’écho des tensions, Sacha parcourt le pays à bord d’une jeep de la Croix-Rouge, avec à son bord, Daniel, médecin. Médecin et Tutsi. Ce dernier a laissé sa femme et son jeune fils seuls à la maison, avant que la guerre ne s’envenime et est sans nouvelles d’eux ces derniers temps. Son objectif : les retrouver au plus vite. Et surtout : les retrouver vivants.

De son côté, Rose, la femme de Daniel, est complètement perdue. Ces voisins, qu’elle a connus toute petite, qui venaient jouer avec elle, et qui, adultes, sont venus partager des repas à la maison, sont aujourd’hui des êtres haineux et prêts à tuer. A la tuer. Sa faute ? Appartenir à la communauté Tutsi et non Hutu comme eux. Alors elle a peur, se cache avec son enfant dans l’attente du retour de son mari. Elle lui écrit des lettres d’une déchirante beauté, sur ce qu’ils ont vécu, sur leur pays qu’elle aime tant, leur amour, la sérénité envolée de leur vie, sur ses peurs et ses incompréhensions de ce monde devenu fou.

Sacha et Daniel arriveront-ils à temps ? L’horreur de la guerre les précédera-t-elle ?

Une histoire d’amour vibrante

Ce roman sur le génocide rwandais aurait été bien sombre et difficilement soutenable, s’il n’y avait eu cette magnifique histoire d’amour entre Rose, jeune femme muette et Daniel. L’auteure nous offre une respiration salvatrice grâce aux lettres de Rose et aux fleurs que Daniel grave sur les arbres et la pierre à chacun de ses passages pour faire savoir à Rose qu’il la cherche. Des inserts lumineux, émouvants, qui montre combien l’homme peut aussi être capable du meilleur. Un amour intense, auquel le temps n’a pas dessiné de rides, qui redonne foi en l’être humain tandis que le pays se déchire. On dénombre plus de 800 000 morts en trois mois en ce printemps 1994. 800 000 êtres exécutés à la machette pour être nés dans une communauté différente de celle de l’ethnie dominante…

Un roman qui rappelle, si besoin était, combien l’homme peut être un loup pour l’homme. Un devoir de mémoire, pour éviter que la vie ne soit qu’une sombre répétition d’horreurs passées. Et un couple, Daniel et Rose, que l’on ne peut pas oublier une fois le livre fermé…

Informations pratiques

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi, Yoan Smadja – Editions Pocket, janvier 2020 – 270 pages.

Ce livre a reçu le Prix Honoré de Balzac et le Prix de la ville de Tours.

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