Voix sans issue, de Marlène Tissot

Voix sans issue de Marlène Tissot

©Karine Fléjo photographie

Un roman choral sur la vie de trois êtres blessés, cabossés mais non résignés. Un livre sur la violence dans toutes ses acceptions, mais aussi, au final, sur l’amour. 

Un roman choral

Ce sont les destins croisés de trois êtres chahutés par la vie, malmenés, que nous propose de découvrir Marlène Tissot. Si Mary a coupé les ponts avec son passé, n’a plus aucun contact avec ses parents, est parvenue à s’intégrer socialement grâce a son travail de coiffeuse, elle continue à subir les assauts de ses voix intérieures. Son passé n’est pas dans son dos, il lui fait face. Enfant, elle a subi au quotidien les relations incestueuses de son père et le silence soumis de sa mère. Cette dernière craignait-elle d’être accusée de complicité en le dénonçant ? Était-elle menacée ? Mary ne l’a jamais su. Ce qu’elle a su en revanche très tôt, c’est qu’elle n’avait aucun soutien à espérer de sa part. 

Franck quant à lui, est gardien de nuit dans un cimetière. Élevé seul par sa mère, il a beaucoup souffert de ses accusations permanentes et infondées ainsi que des humiliations constantes à son endroit. Violence physique et violence psychologique étaient son quotidien. S’il a mis de la distance entre elle et lui depuis, son influence continue à s’exercer sur lui, à conditionner ses faits et gestes, à s’infiltrer dans ses pensées.

« Maman m’a donné la vie, mais elle a oublié certains ingrédients : les raisons d’avoir envie de la vivre. »

Alors il se réfugie dans la solitude et l’alcool.

Quant à Ian, il se sent insignifiant, tout petit.  Transparent dans le regard des autres. Quand il croise le chemin de Mary, il voit en elle son double, un Autre indissociable de lui. Et de décider de voler à son secours.

Trouver la voie de sa voix

Marlène Tissot est poétesse. Avec ce roman, Voix sans issue, elle se penche sur l’offense aux corps, sur la mémoire de la violence inscrite dans la chair et dans l’âme. Avec beaucoup de sensibilité, de réalisme, de justesse, elle nous entraîne sur le chemin de vie de ces personnes, de l’enfer de leur enfance à leur renaissance adulte. Un chemin périlleux, car les propos assénés pendant l’enfance et les croyances qui en découlent, continuent à résonner chez les victimes, même à l’âge adulte. Mais il suffit parfois d’une rencontre, pour que deux blessures cicatrisent au contact l’une de l’autre, pour que chacun trouve la voie de sa voix et se libère de son passé. Ou quand l’amour agit comme un baume lénifiant.

Un roman touchant et très juste dans l’analyse de la psychologie des personnages, sur lequel je mettrais cependant un petit bémol. L’auteur n’évite pas l’écueil du pathos et je me suis sentie gênée, oppressée, par la répétition et l’étalage de la souffrance des personnages ( scènes d’inceste, d’humiliation).  Une répétition qui enlève de la force aux propos et transforme l’empathie première que l’on a envers les personnages en une forme de malaise et d’oppression.

Informations pratiques 

Voix sans issue, Marlène Tissot – Éditions au Diable Vauvert, mai 2020 –265 pages

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