Rentrée littéraire : Les passantes, Michèle Gazier

Les passantes
©Karine Fléjo photographie

Un roman viscéralement humain, sur ces passants ô combien précieux dans la vie des malades : les infirmiers à domicile. Profond. Lumineux. Touchant.

Nous sommes à Montpellier dans un cabinet d’infirmiers libéraux où les membres du personnel se donnent sans compter. Car pour les patients qu’ils visitent, patients pour la plupart âgés et isolés, ils représentent bien plus que de simples soignants : ils sont parfois leurs seuls interlocuteurs de la journée, leur seul lien avec la famille, leur font quelques courses, les aident dans leurs courriers et moult petits mais si précieux services. Difficile de garder la « bonne » distance avec les patients, d’être dans l’empathie sans se laisser dévorer, sans se perdre soi-même.

J’ai appris à mes dépens qu’il est indispensable de se protéger dans ce métier de compassion qui est le nôtre. Pour être efficaces, nous devons garder une certaine distance. Afin de ne pas sombrer dans la douleur des autres, dans leur malheur, j’essaye de ne pas confondre soin et attachement. »

Si jusqu’ici Madeleine, Evelyne, Lilas, Léonor et Joseph, les infirmiers du centre de soins, sont parvenus à ne pas se laisser submerger, l’arrivée d’une vieille femme dans leur patientèle, à l’allure altière et aux vêtements d’un autre âge, rompt leur fragile équilibre. Non seulement cette Madame Prat entretient un mystère sur son prénom, porte d’étranges bracelets en mousse pour cacher des cicatrices de mystérieuses coupures aux poignets, mais elle montre envers chacun une froideur telle, que Joseph l’a surnommée P.N. (Pôle Nord).

Il faut apprendre beaucoup d’eux en leur posant le moins de questions possible, les écouter et surtout les entendre. Comprendre leur pathologie, leurs craintes. Entrer dans leur vie sans effraction. S’y glisser avec souplesse. Comprendre jusqu’où aller dan leur intimité.

Léonor est convaincue l’avoir connue par le passé, Madeleine est bouleversée par le désarroi de cette femme qui incarne une solitude terrible, endémique. Chacun est désarçonné par le malaise que génère cette femme en lui et réagit à sa façon, ce qui crée des tensions dans l’équipe.

Quel est le secret de Madame Prat? D’où vient-elle? Chacun décide d’éclaircir ce point, sans forcément en aviser ses collègues.

Un très beau roman

Avec Les passantes, Michèle Gazier rend un très bel hommage aux soignants en général et aux infirmiers à domicile en particulier. Des professionnels qui apportent de la chaleur humaine, un surcroit de vie à l’existence de leurs patients. Dans ce roman choral, chacun évoque la façon dont il envisage ce métier, son rapport aux patients, ses limites. Avec beaucoup de subtilité, de justesse dans la psychologie des personnages, l’auteure nous embarque dans cette enquête sans temps mort, sur les pas de l’énigmatique Madame Prat, qui ne semble avoir qu’une insondable solitude comme compagne.

Un roman bouleversant, impossible à lâcher.

Informations pratiques

Les passantes, Michèle Gazier – Editions Mercure de France – 174 pages – 16,50€

Dans ce roman bouleversant, Michèle Gazier rend un hommage délicat à ces femmes qui sont des passantes des temps modernes, aux avant-postes de la solidarité et de l’altruisme.