Rentrée littéraire : Nature humaine, Serge Joncour

Nature humaine de Serge Joncour
©Karine Fléjo photographie

Face-à-face entre la nouvelle génération et l’ancienne, entre la tradition et la modernité, entre le monde agricole d’avant et celui d’aujourd’hui, entre l’Homme et Mère Nature, Serge Joncour peint un tableau sensible, brillant et juste de notre société sur trente ans.

Conservatisme versus modernité

Nous sommes dans le Lot, à la fin des années 70. Alexandre, seul garçon d’une fratrie de quatre, sait depuis toujours qu’il devra prendre la relève de l’exploitation agricole familiale. Si ses sœurs aspirent à une vie autre, à partir à la ville, lui ne peut pas s’émanciper. Pour autant, ce destin tout tracé ne lui pèse pas vraiment tant il se sent en symbiose avec la nature, est attaché aux valeurs de l’agriculture, à ses animaux et à ses terres. Plus difficile est en revanche la perspective d’être toujours subordonné à ses parents et grands-parents, à leurs choix, leurs manières de faire et d’envisager l’agriculture.

En effet, impossible d’ignorer la marche du monde : la multiplication des grandes surfaces et la mort des petits commerces, le développement des villes et la désertification des campagnes, la mondialisation qui redistribue les cartes et exige une rentabilité toujours plus grande au détriment de la qualité, l’extension du nucléaire, une société de consommation présentée comme la seule issue envisageable, un progrès qui menace toujours plus l’équilibre de la nature… Pour autant, quel poids peut avoir un agriculteur comme Alexandre face à l’Etat, aux multinationales, au rouleau compresseur de ce qui est présenté comme « le progrès »?

Heureusement, il y a Constanze, la jeune étudiante est-allemande, colocataire de sa sœur à Toulouse, qui fait battre le cœur d’Alexandre et met du soleil dans son existence. Mais leurs mondes, si différents, pourront-ils cohabiter? Proche des anti-nucléaires, Constanze fera-t-elle prendre conscience à Alexandre qu’il doit s’opposer aux projets de l’état ou restera-t-il aussi fataliste que ses parents?

Un roman de terroir

Avec Nature humaine, Serge Joncour nous offre une peinture de la société des années 80 à 2000 absolument juste. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, il pose les rêves, les drames, les évolutions économiques, politiques, industrielles et sociales qui ont coloré ces trente années. Pas de tableau outrageusement noir, pas de revendications rouge sang ici, mais une peinture juste, fidèle reflet de ce dont l’auteur a été témoin, fidèle image de ce monde en pleine ébullition On retrouve dans ce roman l’écriture si dense et belle de Serge Joncour, son amour vibrant pour la nature, la beauté de ses personnages et leur caractère viscéralement humain. Un livre qui nous offre un recul salutaire et nous interroge : le progrès en est-il un, quand il sacrifie la nature, quand la quantité prime sur la qualité? Les catastrophes naturelles ne sont-elles pas la preuve que la nature ne se laisse pas dompter aussi facilement par l’homme? Un roman qui souffle un air de nostalgie sur une époque révolue, celle où l’on prenait le temps de faire et de voir pousser ses cultures, d’élever ses bêtes sans soucis de quotas laitiers et autres contraintes drastiques, celle où l’on était fier du travail accompli et de la qualité de ses produits.

Informations pratiques

Nature humaine, Serge Joncour – éditions Flammarion, août 2020 – 398 pages – 21 €

8 réflexions sur “Rentrée littéraire : Nature humaine, Serge Joncour

  1. Belle présentation qui donne envie de commencer à le lire. J’ai peur de cette nostalgie , justement, qui éloigne de la réalité… Qu’il soit dans la sélection de plusieurs prix littéraires me fait douter de mes appréhensions… A suivre donc et peut être …

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  2. Pingback: 14 livres à offrir pour Noël | Les chroniques de Koryfée, blog littéraire de Karine Fléjo

  3. J’avais beaucoup apprécié : L’écrivain national », « Repose toi sur moi » , « Chien loup » et là je dois avouer que la lecture de « Nature humaine » m’avait un peu déçu lorsque je l’ai lu à l’automne dernier. J’avais apprécié le contexte rural du Lot qui était déjà le cadre de « Chien-Loup », mais le récit dans le dernier roman de Joncour est moins convaincant, peut-être que le contenu historique est un peu artificiel, on a du mal à croire à la relation amoureuse de Paul et de Constanze. Malgré ces quelques remarques j’aurai plaisir à découvrir son prochain roman, il fait partie des auteurs que maintenant je suit avec envie.

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      • J’ai essayé de lire les premiers livres de Serge Joncourt et j’ai un peu calé, mais depuis « L’Homme qui ne savait pas dire non » je lis ses livres jusqu’au bout. Il sait décrire aussi bien la ville que le monde rural, nous embarquer dans des situations palpitantes, créer un univers personnel et nous surprencre. Alors j’espère à nouveau me retrouver embarquer par son univers dans un an ou deux ans. Dans cette rentrée littéraire 2021, quel est le livre qui vous donne le plus envie ?

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      • C’est un auteur dont l’écriture est dense, au point de nous immerger totalement dans son univers, de nous faire sentir, voir, entendre ce qu’il décrit. Dans cette rentrée j’ai beaucoup aimé Pleine terre de Corinne Royer, Un tesson d’éternité de Valérie Tong Cuong, S’adapter de Clara Dupond Monod.

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