Rentrée littéraire : Quitter Madrid, Sarah Manigne

Quitter Madrid
©Karine Fléjo photographie

Les pires blessures ne sont pas toujours physiques. Sarah Manigne s’intéresse au choc post-traumatique à l’issue d’un attentat, comme ceux qui ont ensanglanté Madrid.

Victime d’attentat

Au printemps 2004, cela fait sept mois qu’Alice, conservateur-restaurateur, a accepté sa nouvelle mission : elle est venue s’installer quelques mois à Madrid, le temps de restaurer une œuvre de Zurbaran. Depuis quelques années, elle est en effet spécialisée dans les tableaux de Saintes de Zurbaran, peintre du siècle d’or espagnol. Une vie sans attache pour cette parisienne, vie qui lui convient très bien. Dans la capitale espagnole, elle a fait la rencontre d’un colombien au charme fou, Angel. Et, bien qu’elle ait pour principe de juste flirter afin de ne pas souffrir d’un attachement, avec Angel, elle accepte de s’ouvrir un peu plus, de partager un peu plus de son intimité.

Mais ce 11 mars 2004 fait tout basculer. Des attentats éclatent dans plusieurs gares de Madrid et Alice se trouve dans l’une d’elle lorsqu’elle entend les déflagrations. Cris, corps blessés, décombres, Alice s’extrait de là sans blessure physique. Mais ses blessures, aussi invisibles soient-elles à l’oeil nu, n’en sont pas moins sérieuses et handicapantes.

Dès lors, faute de parvenir à mettre des mots sur ce dont elle a été témoin, faute de parvenir à museler cette culpabilité éprouvée par les survivants, elle se mure dans un silence total. Y compris avec Angel. L’art l’aidera-t-il à panser ses blessures?

Le rôle de l’art

Il y a deux ans, je vous avais présenté L’atelier, de Sarah Manigne. En cette rentrée littéraire, elle nous revient avec un livre où l’art demeure très présent : Quitter Madrid. Cette fois, Sarah Manigne s’interroge sur le pouvoir de l’art. Jusqu’à quel point l’art peut-il consoler, aider à panser ses blessures intimes?

En partant de faits réels, à savoir les attentats de 2004 à Madrid, qui ont fait plus de 1700 blessés (physiques) et 190 morts, la romancière s’attache à la reconstruction psychologique d’une victime. Comment survivre à ce cauchemar? Comment partager ce que l’on a vécu avec ceux qui n’y étaient pas et ne peuvent donc malheureusement pas vraiment comprendre? Comment accepter ensuite d’abandonner ce statut de victime, lequel offre une forme de reconnaissance, suscite l’empathie, l’attention, et de redevenir une citoyenne lambda? Comment faisaient ces Saintes des tableaux de Zurbaran, qui ne laissaient rien transparaitre de leurs souffrances? Souhaite-telle vivre comme elles, en intériorisant tout, ou ce poids du silence devient-il un fardeau?

J’ai été très intéressée par le thème abordé ici et ai apprécié que la romancière ait évité avec brio l’écueil du pathos sur un tel sujet. Par contre, je suis restée un peu sur ma faim quant à la reconstruction de l’héroïne, ai eu le sentiment que les nombreux inserts sur l’art cassaient le rythme de l’intrigue. Un sentiment mitigé donc.

2 réflexions sur “Rentrée littéraire : Quitter Madrid, Sarah Manigne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s