Fantaisie allemande, Philippe Claudel

Fantaisie allemande de Philippe Claudel
©Karine Fléjo photographie

L’Histoire, la guerre, la perte, trois thèmes qui dansent la ronde sur un hymne allemand.

Fantaisie allemande

A la fin de la guerre, un soldat allemand qui a officié dans les camps de concentration fuit à travers la forêt. Ces dernières années, l’armée allemande lui a offert la reconnaissance qui lui manquait. Il avait saisi cette chance sans se poser de questions. Aujourd’hui, il est assailli par elles : même s’il s’est toujours tenu en retrait des prisonniers et du sort qui leur était réservé, contrairement à son camarade Viktor, est-il coupable d’avoir toujours obéi? D’avoir toujours fermé les yeux?

Puis nous retrouvons un vieil homme infirme, le père de Viktor (le même Viktor que précédemment? A vous de juger). Il rêvasse régulièrement d’une jeune femme brune rencontrée quand il était adolescent, ressasse sans fin son passé. Qui est son fils?

La valse continue avec cette fois une nouvelle venue dans la danse : Irma Grese, jeune femme sans diplôme à laquelle le maire, un certain Viktor, a trouvé un petit boulot dans la maison de retraite. Elle doit tout particulièrement s’occuper du père du maire, un vieil homme qui a le don de l’énerver tant il est désespérément lent. Et de ne plus prendre de gants avec lui. Et de le malmener. Est-elle à blâmer? Car le vieux n’est pas sans cruauté : il jubile à entonner devant elle l’hymne nazi.

Un tourbillon plus tard, nous nous retrouvons avec Franz Marc, un peintre et graveur défunt dont les œuvres inédites, détenues par un prénommé Viktor, ont atteint des ventes record. Le décès de cet artiste, hospitalisé à plusieurs reprises pour des troubles psychiatriques, est auréolé de mystère : a-t-il fait l’objet d’une élimination en 1940 par l’Aktion, chargée de se débarrasser des handicapés mentaux comme physiques, ou est-il décédé en 1916 à Verdun?

Enfin, dernière venue dans la ronde, une fillette qui a échappé à la fosse commune, après une rafle à laquelle a participé un soldat, un certain…Viktor .

Des textes qui se font écho

Dans Fantaisie allemande, Philippe Claudel réunit cinq textes qui se font écho, avec pour décor commun l’Allemagne de l’après-guerre. Une Allemagne « à l’haleine de gouffre ».

Philippe Claudel nous offre un livre qui oscille entre roman et nouvelles, des nouvelles dont le fil rouge serait un prénom : Viktor. Le lecteur est en effet libre d’imaginer qu’il s’agit du même Viktor ou non, si les personnages de ces pages ont tous un lien avec lui ou pas. « Un roman décomposé évoquant l’histoire, la guerre et la perte à travers les destins de personnages qui reviennent, comme dans une ronde ». On retrouve ici la beauté de l’écriture de Philippe Claudel, la puissance évocatrice de ses textes, la dentelle de ses mots.

A noter que l’auteur reverse ses droits d’auteurs à une association d’aide aux libraires, l’ADELC

Informations pratiques

Fantaisie allemande, Philippe Claudel – éditions Stock, septembre 2020 – 170 pages – 18€