Prix Femina 2020 roman français : Serge Joncour

Nature humaine de Serge Joncour
Copyright photo Karine Fléjo

J’adore la plume de Serge Joncour, la densité extraordinaire de ses textes, leur puissance évocatrice, l’humanité de ses personnages. Aussi c’est avec une immense joie que j’apprends qu’il a reçu le Prix Femina du Roman français 2020 avec Nature humaine, aux éditions Flammarion.

Les lauréats du Prix Femina 2020

Ce lundi 2 novembre, les lauréats du Prix Femina 2020 ont été proclamés. Ils sont trois :

  • catégorie roman français : Serge Joncour pour Nature humaine, éditions Flammarion.
  • catégorie roman étranger : Déborah Levy pour Ce que je ne veux pas savoir et Le coût de la vie, éditions du Sous-sol.
  • catégorie essai : Christophe Granger pour Joseph Kabris ou les possibilités d’une vie , éditions Anamosa.

Nature Humaine, Serge Joncour

Face-à-face entre la nouvelle génération et l’ancienne, entre la tradition et la modernité, entre le monde agricole d’avant et celui d’aujourd’hui, entre l’Homme et Mère Nature, Serge Joncour peint un tableau sensible, brillant et juste de notre société sur trente ans.

Conservatisme versus modernité

Nous sommes dans le Lot, à la fin des années 70. Alexandre, seul garçon d’une fratrie de quatre, sait depuis toujours qu’il devra prendre la relève de l’exploitation agricole familiale. Si ses sœurs aspirent à une vie autre, à partir à la ville, lui ne peut pas s’émanciper. Pour autant, ce destin tout tracé ne lui pèse pas vraiment tant il se sent en symbiose avec la nature, est attaché aux valeurs de l’agriculture, à ses animaux et à ses terres. Plus difficile est en revanche la perspective d’être toujours subordonné à ses parents et grands-parents, à leurs choix, leurs manières de faire et d’envisager l’agriculture.

En effet, impossible d’ignorer la marche du monde : la multiplication des grandes surfaces et la mort des petits commerces, le développement des villes et la désertification des campagnes, la mondialisation qui redistribue les cartes et exige une rentabilité toujours plus grande au détriment de la qualité, l’extension du nucléaire, une société de consommation présentée comme la seule issue envisageable, un progrès qui menace toujours plus l’équilibre de la nature… Pour autant, quel poids peut avoir un agriculteur comme Alexandre face à l’Etat, aux multinationales, au rouleau compresseur de ce qui est présenté comme « le progrès »?

Heureusement, il y a Constanze, la jeune étudiante est-allemande, colocataire de sa sœur à Toulouse, qui fait battre le cœur d’Alexandre et met du soleil dans son existence. Mais leurs mondes, si différents, pourront-ils cohabiter? Proche des anti-nucléaires, Constanze fera-t-elle prendre conscience à Alexandre qu’il doit s’opposer aux projets de l’état ou restera-t-il aussi fataliste que ses parents?

Un roman de terroir

Avec Nature humaineSerge Joncour nous offre une peinture de la société des années 80 à 2000 absolument juste. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, il pose les rêves, les drames, les évolutions économiques, politiques, industrielles et sociales qui ont coloré ces trente années. Pas de tableau outrageusement noir, pas de revendications rouge sang ici, mais une peinture juste, fidèle reflet de ce dont l’auteur a été témoin, fidèle image de ce monde en pleine ébullition On retrouve dans ce roman l’écriture si dense et belle de Serge Joncour, son amour vibrant pour la nature, la beauté de ses personnages et leur caractère viscéralement humain. Un livre qui nous offre un recul salutaire et nous interroge : le progrès en est-il un, quand il sacrifie la nature, quand la quantité prime sur la qualité? Les catastrophes naturelles ne sont-elles pas la preuve que la nature ne se laisse pas dompter aussi facilement par l’homme? Un roman qui souffle un air de nostalgie sur une époque révolue, celle où l’on prenait le temps de faire et de voir pousser ses cultures, d’élever ses bêtes sans soucis de quotas laitiers et autres contraintes drastiques, celle où l’on était fier du travail accompli et de la qualité de ses produits.

Informations pratiques

Nature humaine, Serge Joncour – éditions Flammarion, août 2020 – 398 pages – 21 €

Les lumières de l’aube, Jax Miller

Les lumières de l'aube
Copyright photo Karine Fléjo

Jax Miller tente d’éclaircir une affaire non résolue en Oklahoma depuis 1999 : le meurtre du couple Freeman et la disparition de leur fille et de son amie, toutes deux adolescentes. Une immersion fascinante et glaçante dans l’Amérique profonde.

Incendie, meurtres et disparitions

Fin décembre 1999, dans un coin perdu de l’Oklahoma, des voisins signalent un incendie dans un mobil-home, celui du couple Freeman. Quand les secours arrivent, ils retrouvent deux corps en partie calcinés, après avoir été criblés de balles : ceux du couple Freeman. Mais que sont devenues leur fille Ashley et sa meilleure amie Lauria Bible, toutes deux présentes aussi lors de cette soirée? Ont-elles quelque chose à voir avec ces meurtres? Ont-elles été victimes d’un enlèvement? Sont-elles vivantes, retenues en otage, ou en fuite? Ce drame a-t-il un lien avec le meurtre de Shane, le fils des Freeman, quelques mois plus tôt?

Et pourquoi Danny Freeman, quelques jours avant son meurtre, semblait craindre pour sa vie, tournant ses accusations vers le bureau du chérif?

Jax Miller va tenter d’éclaircir les nombreux points d’ombre de cette affaire et suivre les différentes pistes : corruption au bureau du chérif ou trafic de drogue?

Un « True Crime » addictif

Avec Les lumières de l’aube, Jax Miller nous offre un « true crime » particulièrement addictif. Autrement dit, elle part d’une histoire criminelle authentique, d’un fait divers avéré et nous dépeint la réalité de ces tueries et de ces disparitions, en ayant recours aux techniques narratives du roman policier. Fin 2015, bien qu’étant une auteure sans expérience d’enquêtrice et sans grandes connaissances de la justice, Jax Miller décide d’enquêter sur cette affaire non résolue et de relater ses recherches et les fruits de ces dernières dans un livre. Une immersion totale, envoûtante, saisissante, dans l’Amérique profonde, dans le quotidien de familles défavorisées, de drogués prêts à tout pour une dose supplémentaire et de flics corrompus. La puissance évocatrice de ses mots nous propulse en Oklahoma, témoins des nombreuses bévues et aberrations de l’enquête, de la quête effrénée des proches pour découvrir enfin, vingt ans après, ce que sont devenues les deux filles et quels sont les auteurs de ces horreurs.

Une lecture addictive!

Informations pratiques

La lumière de l’aube, Jax miller – éditions Plon, octobre 2020 – 375 pages – 22€