Dîner à Montréal, Philippe Besson

Diner à Montreal besson
Copyright photo Karine Fléjo

Quand deux amants se retrouvent 18 ans plus tard autour d’un diner, en présence de leurs conjoints respectifs. L’écriture délicate et belle de Philippe Besson au service de l’amour .

Retrouvailles amoureuses

Quand l’auteur vient en dédicaces à Montréal, c’est avec un profond trouble qu’il voit apparaitre dans la file des lecteurs son ancien amant : Paul Darrigrand. Une relation intense, fondatrice, vécue dans la clandestinité. Jusqu’à ce que Paul y mette brutalement fin, choisissant de vivre pleinement et exclusivement sa relation avec son amour officiel, Isabelle. L’auteur a alors eu beaucoup de mal à se remettre de cette rupture, de la fin de cette relation de dépendance affective, combat qu’il menait en parallèle de celui pour sa santé.

Ces retrouvailles auraient pu se limiter à ces quelques minutes passées ensemble dans la librairie, laisser les questions en suspens et le passé derrière eux. Mais l’auteur propose à Paul de diner ensemble le soir même. Plus encore : chacun a refait sa vie, vit en couple désormais et ce diner se fera avec leurs conjoints respectifs. Paul accepte.

Alors certes, Antoine, le petit ami du moment de l’auteur et Isabelle, l’épouse de Paul et mère de son fils, savent que tous deux ont eu une liaison par le passé. Mais comment gérer le malaise que cette mise en présence peut générer? Comment se dire enfin les choses pour les amants, en présence de leurs conjoints? Lors de moments volés, quand Antoine et Isabelle sortent fumer. Dans l’urgence. Trouveront-ils le courage et la force de se parler à cœur ouvert? Sont-ils heureux de leurs choix de vie, aux antipodes l’un de l’autre? Eprouvent-ils des regrets l’un envers l’autre?

Regrets, compromis et renoncements

Diner à Montréal, est le dernier volet d’une trilogie autofictionnelle, commencée avec Arrête avec tes mensonges et poursuivie avec Un certain Paul Darrigrand (chronique ICI). Dans ce troisième volet (qui peut être lu sans avoir lu les deux précédents même s’il est préférable d’avoir lu l’ensemble), Philippe Besson part d’une expérience personnelle à caractère universel : en quoi notre premier grand amour a-t-il été fondateur? Nous a-t-il modelé, a t-il influé sur notre parcours ultérieur? Eprouve-t-on des regrets dans nos choix de vie amoureux ou se sent-on en accord avec le chemin emprunté? Quels sont les renoncements, les compromis acceptables?

Ces amants qui doivent se parler dans l’urgence, qui après 20 ans de silence n’ont que cette unique occasion pour s’expliquer, pour revenir sur leur amour clandestin, nous renvoient à ce fantasme des retrouvailles avec un être follement aimé autrefois, être avec lequel on pourrait s’expliquer, apporter des réponses aux questions demeurées en suspens. un être dont on n’a parfois plus aucune nouvelle et dont on pourrait découvrir le devenir, apprendre s’il nous regrette ou assume son choix.

L’écriture sensible, pudique et fluide de Philippe Besson nous entraine au cœur de ce diner, comme un invité surprise à table, témoin d’un amour brulant dont les braises ne semblent pas vraiment éteintes. Un roman qui se lit dans l’urgence, à l’image de celle éprouvée par les deux amants.

Informations pratiques

Diner à Montréal, Philippe Besson – éditions Pocket, juin 2020 – 6,50€- 155 pages