Rentrée littéraire : La putain du califat, Sara Daniel et Benoît Kanabus

La putain du califat
Copyright Karine Fléjo

Le récit poignant d’une chrétienne irakienne enlevée, vendue et revendue douze fois par des djihadistes, pour servir d’esclave sexuelle. Un témoignage aussi terrible qu’essentiel.

Esclave sexuelle de Daech

Marie est une chrétienne née en Irak. Une célibataire qui se destine à devenir professeur d’anglais au lycée de Qaraqosh en septembre. Solitaire, fière. Une femme moderne. « Ne plus vivre sous l’inquisition de sa mère; échapper à l’oppression de ses frères; se défaire des chaines communautaires. » Une volonté d’émancipation qui va tourner court en juillet 2014. Marie a alors 35 ans quand les djihadistes entrent dans les maisons des chrétiens d’Orient de la ville de Khidir, bien décidés à éradiquer cette population de « mécréants ». Parmi ces hommes qui pénètrent dans son village, dans sa maison, détruisent et tuent, des visages connus de Marie et de sa famille. D’anciens employés devenus bourreaux.

Marie est enlevée et offerte à un vieil imam salafiste. Un vieil homme repoussant, violent, qui la rue de coups et la viole, aidé par le Viagra qu’il consomme. Ces violences ne sont que la première étape d’un parcours de deux ans d’esclavage sexuel, au cours desquels Marie sera revendue douze fois… Un témoignage terrible.

Un témoignage édifiant et bouleversant

La journaliste grand reporter Sara Daniel et le chercheur Benoit Kanabus donnent la parole à une survivante au courage admirable, esclave sexuelle de Daech. Celle qu’ils rebaptisent Marie, a été une « sabiya » (esclave sexuelle) du 7 août 2014 au 16 octobre 2016. Deux années d’horreur absolue. Deux années de combat pour survivre aux violences innommables des djihadistes à son endroit. Marie est animée par une volonté de vivre inébranlable. Pour tenir et s’aider dans cette horreur, elle a appris par cœur le manuel d’esclavage et n’hésite pas à poursuivre ses bourreaux devant le juge en cas de manquements aux lois énoncées par ledit manuel. Un manuel dont un des articles stipule par exemple « qu’il est licite d’acheter, de vendre ou de donner en cadeau les prisonnières et les esclaves car ce sont de simples propriétés dont on peut disposer à son gré. » Comme l’écrivent les auteurs, « Le manuel de l’esclavage. C’est un peu la Convention de Genève du djihadiste, écrite par une génération qui  croit vivre dans l’Arabie du VIIème siècle tout en regardant des épisodes de Game of Thrones où les scènes de bordels servent d’intermèdes aux décapitations.« 

Un livre courageux, essentiel. Un témoignage rare, de l’intérieur. Il y a indéniablement un avant et un après la lecture de ce livre. On ne peut pas sortir indemne de pareille lecture, vivre comme si on ne savait pas.

Informations pratiques

La putain du califat, Sara Daniel et Benoit Kanabus – éditions Grasset, janvier 2021- Récit – 208 pages – 18,50€

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