Mes 5 livres coup de cœur de janvier

Chaque semaine, je vous ai présenté trois à cinq livres dans des registres très divers, pour adultes comme pour enfants. Voici en quelques lignes ceux qui ont été mes coups de cœur de ce mois de janvier 2021. Et pour retrouver la chronique que j’ai consacrée à chaque livre, il vous suffit de cliquer sur son titre. C’est simple comme un clic!  😉

Batailles, d’Alexia Stresi, aux éditions Stock : Après Looping, Alexia Stresi nous revient avec un roman  tout aussi puissant et émouvant sur  le scandale des enfants de l’ile de la Réunion arrachés à leur famille, à leur fratrie. Ou  comment se réapproprier sa vie quand on vous l’a volée. Magnifique  !

La putain du califat, de Sara Daniel et Benoit Kanabus, éditions Grasset : Le récit poignant d’une chrétienne irakienne enlevée, vendue et revendue douze fois par des djihadistes, pour servir d’esclave sexuelle. Un témoignage aussi terrible qu’essentiel.

Une gifle, de Marie Simon, éditions Autrement : Quand un jour les illusions deviennent illusoires et que l’Autre apparaît sous son vrai jour. Une histoire d’amour qui fait passer du paradis à l’enfer. Mais une histoire pleine d’espoir aussi, sur une femme qui apprend à sortir de la spirale de la violence et à dire non.

Le train des enfants, de Viola Ardone, éditions Albin Michel : Dans Le train des enfants, Viola Ardone met en lumière avec maestria une page méconnue de l’Histoire. Celle du déplacement massif d’enfants d’Italie du sud dans des familles d’accueil du nord, organisé par le parti communiste italien en 1946. Passionnant. Bouleversant.

Tout peut s’oublier, Olivier Adam, éditions Flammarion : Un roman bouleversant, sur ces parents amputés de la présence et de l’amour de leur enfant. Ou quand le divorce s’accompagne d’une fuite au bout du monde d’un des parents avec l’enfant.  Profond. Juste. Poignant.

Rentrée littéraire : Dans l’ombre des hommes, Anaïs Jeanneret

Dans l'ombre des hommes
Copyright photo Karine Fléjo

Après « La solitude des soirs d’été », prix François-Mauriac de l’Académie française, Anaïs Jeanneret, nous revient avec un roman fascinant, Dans l’ombre des hommes. Le portrait d’une femme qui a tout quitté, mais que la rumeur ne quitte pas. Pouvoir, trafic d’influence, cyberbashing, un monde impitoyable.

La cruauté des milieux de pouvoir

Louise est romancière. Philippe est un homme politique en vue. Ils sont mariés depuis 23 ans et se connaissent par cœur. Du moins le pensent-ils. Si l’amour fou des débuts n’est plus, si la routine s’est immiscée entre eux, rien ne parait pour autant menacer cette union dont est née un fils, Léo.

Mais cela, c’était avant que Louise ne découvre le pot aux roses. Que Philippe ait une maitresse, elle avait bien quelques soupçons mais s’en accommodait. Mais découvrir que Philippe, cet homme dont elle a toujours admiré le courage, l’ambition, la confiance en lui-même, est mêlé à un trafic d’influence est plus qu’elle ne peut supporter. Et de se sentir submergée par une incommensurable honte. Honte d’avoir un mari malhonnête. Honte de n’avoir rien vu ou rien voulu voir. Elle n’a pas d’autre choix que de partir, quitter son mari et quitter Paris.

Mais si leur divorce met un terme à leur mariage, il marque à contrario le début d’un engrenage infernal. L’affaire des pots de vin éclate au grand jour. Et Louise, bien que séparée de Philippe, se trouve éclaboussée par la corruption. Pire, la rumeur, relayée par les réseaux sociaux, la désigne comme principale coupable. L’enfer, le véritable enfer, commence.

Va-t-elle pouvoir rétablir la vérité ? Echapper à ces anonymes qui détruisent sa vie, portent atteinte à son honneur et à son intégrité, planqués derrière leurs écrans ? Comment protéger son fils du scandale ?

Traque infernale et cyberbashing

C’est un roman terriblement contemporain que nous offre la talentueuse Anaïs Jeanneret avec Dans l’ombre des hommes, aux éditions Albin Michel. Avec une infinie justesse elle analyse la cruauté des milieux de pouvoir, la domination de l’ambition sur la morale, le poids et la responsabilité des réseaux sociaux aujourd’hui dans la propagation de la rumeur. Rumeur qui en enfilant, s’érige en vérité et qu’il devient si difficile de combattre.

« Comment se défendre face à la mécanique infernale des réseaux sociaux ? L’anonymat favorise la diffamation et la haine en toute impunité. L’anonymat s’est immiscé au cœur de la liberté d’expression comme un poison. »

On suit le combat de cette femme avec émotion, fébrilité, happé par l’intrigue. Glacé par ce monde devenu fou.  Impossible de lâcher le roman. Jusqu’à la chute finale. Vertigineuse. A lire!

Informations pratiques

Dans l’ombre des hommes, Anaïs Jeanneret – éditions Albin Michel, janvier 2021 – 205 pages – 17,90€

Livre jeunesse : Jumbo, une vie d’éléphant

Si tout le monde connaît Jumbo l’éléphant, plus rares sont ceux qui connaissent son histoire. Et son rôle déterminant dans l’éveil des consciences sur la nécessité de protéger les éléphants dans le monde.

La vie de Jumbo, de l’Afrique aux Etats-Unis

Jumbo menait une vie heureuse auprès des siens en Afrique, se nourrissant de feuillages, de fruits, d’écorce et de branchages. Mais à l’âge d’un an il est capturé par des chasseurs, lesquels le revendent. Arraché à son continent, à sa tribu, il commence alors un très long voyage vers l’Europe, où au XIXème siècle c’est l’âge d’or du cirque. L’Allemagne est la première étape d’un long et éreintant parcours. C’est finalement dans un zoo en Angleterre qu’il s’arrête, amaigri, mal en point, après une halte malheureuse au jardin des plantes. Et là, une fois n’est pas coutume, Jumbo joue de chance. Il tombe sous les bons soins de Matthew Scott, gardien du zoo de Londres, véritable amoureux des animaux. Il va enfin connaître un peu de répit, être soigné et entouré d’affection. Des liens indéfectibles se tissent alors entre l’éléphant reconnaissant et le gardien du zoo.

Mais Jumbo souffre de l’enfermement et nourrit des colères folles. Alors le directeur du zoo le vend à Barnum, homme de spectacle américain. Encore un arrachement. Encore un départ. Mais cette fois, Scott l’accompagne.

Maltraitance animale et protection

Né au Soudan en 1860, Jumbo l’éléphant a acquis une renommée internationale. Mais aussi célèbre soit-il, peu de personnes connaissent son parcours, l’impact qu’il a eu sur l’éveil des consciences au sujet de la maltraitance animale en général et de la nécessité de protéger les éléphants en particulier. Grâce à Alexandra Stewart et Emily Sutton, le parcours semé d’embuches de Jumbo est enfin mis en lumière. De même que le sort longtemps réservé aux éléphants et autres animaux exotiques. Dans Jumbo, une vie d’éléphant, publié aux éditions…des éléphants (of course! 😉 ), les auteures ne s’arrêtent pas à la vie de Jumbo. Elles invitent en parallèle les enfants à découvrir les zoos, ménageries et cirques, l’anatomie des éléphants, l’évolution de la législation concernant leur protection.

Un ouvrage riche d’enseignements, aux illustrations d’encre et d’aquarelle magnifiques, qui sensibilise les enfants à la cause animale.

Informations pratiques

Jumbo, une vie d’éléphant, Alexandra Stewart (texte) et Emily Sutton (illustrations) – Editions des éléphants, novembre 2020 – 48 pages – 15 € – A partir de 7 ans

Rentrée littéraire : Avant elle, Johanna Krawczyk

Avant elle

Au décès de son père, un homme secret, réfugié d’Argentine, Carmen découvre des écrits intimes, une sorte de journal, qu’il tenait. Une bombe. Un roman fascinant, brillant, impossible à lâcher.

Secrets de famille : faut-il préférer la vérité à l’amour?

16 années après le décès de sa mère, c’est son père que la mort fauche brusquement. Lui, son roc, son héros, son modèle. Un homme de gestes tendres. Depuis son décès il y a un an et demi, Carmen est à la dérive, noie son chagrin dans l’alcool, peine à être une maman aimante pour sa petite fille Suzanne. Un jour, un garde-meubles la contacte et l’informe que son père y stockait des affaires. Elle doit les récupérer immédiatement faute de quoi elles seront détruites. Et de s’y rendre. Elle y réceptionne un bureau qu’elle ramène chez elle. Dans un double-fond du bureau, elle découvre des documents dont sept petits carnets noircis par la main de son père. Et une énigmatique petite clef.

Si sa mère était une femme joyeuse, volubile, du moins les dix premières années de son existence, Carmen ne peut pas en dire autant de son père. Un homme taiseux, tellement secret sur son passé en Argentine. Pas plus qu’elle ne connaît ce qui a fait basculer sa mère dans la dépression, elle ne sait quelle a été la vie de son père avant sa venue en France. Ces carnets vont-ils lui permettre d’éclairer les zones d’ombre de la vie de son père? Vont-ils répondre aux questions qu’elle se pose sur le naufrage de sa mère? Mais surtout, la vérité est-elle préférable à l’amour? Toute vérité est-elle bonne à découvrir ? Ou quand on réalise que les êtres les plus proches de soi sont parfois de parfaits étrangers…

Un premier roman magnifique

Sur le bandeau qui accompagne ce premier roman de Johanna Krawczyk aux éditions Héloïse d’Ormesson, Anne Goscinny évoque un roman magistral. Je ne peux que la rejoindre après avoir lu ce roman. Avant elle est en effet un roman fascinant, émouvant, brillant. Un roman à tiroirs qui, tel un feu d’artifice, fait exploser les secrets et les apparences les uns après les autres. Pulvérise les illusions. Que se passe t-il dans l’esprit d’une personne qui découvre que son père n’est pas l’homme qu’elle a toujours vénéré? Faut-il insister et vouloir à tout prix découvrir la vérité, quitte à ce qu’elle fasse voler l’amour en éclats? L’auteure nous fait voyager dans l’espace et dans le temps, nous immerge au cœur de la Révolution argentine. Dans un style remarquablement maitrisé et une intrigue habilement construite, le lecteur découvre en même temps que l’héroïne, Carmen, ce que fut le vrai rôle de son père lors de la révolution. Qui il était vraiment. Mais pas seulement.

Un premier roman qui a tout d’un grand!

« Peut-être qu’il y a des secrets qui doivent le rester, peut-être que toutes les vérités ne sont pas bonnes à connaître? Le mensonge protège là où la vérité foudroie, pourquoi faudrait-il toujours que la vérité triomphe? »

Informations pratiques

Avant elle, Johanna Krawczyk – éditions Héloïse d’Ormesson, janvier 2021 – 153 pages – 16€