Je ne te pensais pas si fragile, Kikka

L’auteure s’est inspirée de sa propre expérience à la direction marketing de diverses PME pour écrire ce roman saisissant sur le harcèlement en entreprise. Glaçant par la cruauté du manager. Lumineux par la combativité de la victime.

Harcèlement en entreprise et burn-out

Clothilde est une quadra hyperactive passionnée. Elle mène de front sa vie de maman, de femme et de cadre supérieure dans le marketing, jongle avec les plannings et les contraintes, toujours à 100 à l’heure. Quand on lui offre une nouvelle opportunité professionnelle au sein d’une entreprise néerlandaise, notre fonceuse accepte. Le patron de l’entreprise lui confie le développement de l’activité de sa société en France. Une opportunité et un défi à relever qui ne se refusent pas. Et l’ambiance chaleureuse, presque familiale de l’entreprise, a tout pour la séduire. Les résultats ne tardent pas : en un an, Clothilde a fait de cette branche à l’abandon un secteur florissant.

Clothilde se sent bénie des dieux. Elle éprouve un sentiment de gratitude, d’accomplissement :  un mari parfait, des enfants parfaits, un job parfait et une maison parfaite. La parfaite équation du bonheur.

Mais ce travail pour lequel elle se démène sans compter, vire au cauchemar quand un changement de personnel est décidé à la direction. Commence avec le nouveau manager une descente aux enfers. Remise en cause de ses méthodes de travail, retrait des tâches les plus intéressantes, humiliations quotidiennes, désaveu devant ses équipes, sollicitations incessantes, injonctions contradictoires. Quoi qu’elle fasse, la perversion de ce chef est telle, qu’il parvient toujours à la déstabiliser. A la rabaisser. A la désavouer. A rogner chaque jour davantage sa confiance en elle. Mais Clothilde n’est pas du genre à baisser les bras. Alors elle travaille encore plus, rogne sur le temps passé avec les siens, sur son repos, sur son sommeil, sur ses week-ends. Sur tout.

Jusqu’au point de rupture. Un burn-out qui la conduit à une hospitalisation en service fermé, loin des siens.

Pour autant, Clothilde n’a pas dit son dernier mot. Ni la crainte de représailles, ni le découragement ne sont de nature à l’empêcher de défendre son honneur face à cette criante injustice. Commence alors un long combat.

Le combat d’une femme contre l’injustice

Avec Je ne te pensais pas si fragile, Kikka analyse de l’intérieur, les mécanismes du harcèlement en entreprise. Harcèlement qui peut conduire au burn-out voire au suicide. Si ces dernières années, ce sujet de société trouve un peu plus d’écho médiatique, on pense à tort que désormais, un harcelé dispose de tous les moyens juridiques pour se défendre et obtenir gain de cause. Les cas sont hélas encore nombreux, où les personnes se taisent par peur des représailles, par peur de perdre leur emploi. Ou tout simplement parce qu’elles n’ont plus la force de s’opposer à leur harceleur, tant ce dernier a pulvérisé leur énergie et leur estime d’elles-mêmes.

C’est pourquoi ce livre est important. Il contribue à sa façon à dénoncer ces comportements abusifs en entreprise, à faire sortir de l’ombre ces agissements inhumains et destructeurs.

C’est donc à la fois un roman sur la cruauté de certains milieux du travail, mais aussi sur le lumineux combat d’une femme, certes touchée mais pas coulée.

Informations pratiques

Je ne te pensais pas si fragile, Kikka – éditions Eyrolles, janvier 2021 – 272 pages – 16€