Femmes en colère, Mathieu Menegaux

Femmes en colère

Plongée dans la salle de délibération d’un jury de cour d’assises. Peut-on se faire justice soi-même, faute de pouvoir faire confiance à la justice des hommes ?

Une victime coupable

Nous sommes dans une salle de délibération de la cour d’assise de Rennes. Dans la pièce, six jurés, deux assesseurs et le président. Ils doivent se prononcer sur l’affaire Mathilde Collignon. Cette femme a agressé deux hommes qu’elle présente comme étant ses bourreaux. Elle comparait aujourd’hui, accusée d’actes de barbarie à leur endroit, tandis qu’eux se présentent libres. 

Divorcée, mère de deux petites filles, Mathilde nous donne sa version des faits, partage avec nous son ressenti, sa colère, ses regrets. Tandis qu’à quelques pas de là, les membres du jury prennent tour à tour la parole : la considèrent-ils comme coupable ou victime ? Ou les deux ?

Alors que ces différentes voix évoquent l’affaire, le lecteur sent ses certitudes vaciller : qu’aurait-il voté s’il avait été juré ?

Se faire justice soi-même : de la légitime défense ?

Mathieu Menegaux a l’art de se saisir de faits de société et de poser les bonnes questions. De faire voler les évidences en éclat, d’interpeler, de bousculer. Avec Femmes en colère, il nous immerge au cœur des délibérations d’un jury de cour d’assises. Même si nous ne sommes pas dans l’affaire Jacqueline Sauvage, qui a tant défrayé la chronique, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle. Dans les deux cas (l’affaire Sauvage et l’affaire Collignon), les femmes agressées se sont fait justice elles-mêmes. Elles étaient intimement convaincues que la justice ne les protégerait pas de leur(s) agresseur(s) ou ne le(s) punirait pas. Du moins pas à la hauteur de ce qu’elles ont subi. Alors elles ont agi. Les victimes sont devenues coupables d’actes de vengeance. Coupables ou était-ce une forme de légitime défense ? Là est le cœur du débat.

Avec beaucoup de finesse, Mathieu Menegaux nous interroge. Quel verdict aurions-nous prononcé ? Nous serions-nous révoltés contre cette façon de procéder digne du Far West, où chacun se substitue à la justice des hommes et règle ses comptes ? Ou aurions-nous invoqué la légitime défense, même si la vengeance n’a pas été simultanée mais préparée à froid ?

Et si nous avions été non pas juré mais victime de violences à la place de Mathilde ? Nous serions -nous résignés face à l’injustice de la justice, laquelle est une justice faite par les hommes pour les hommes ? Pouvons-nous affirmer que nous aurions muselé toute velléité d’en découdre ? Voilà qui malmène nos consciences, bouscule l’ordre établi. Et c’est notamment ce qui me plait tellement chez cet auteur : ce regard aiguisé qu’il porte sur notre société, sur ses contradictions. Et donc sur les nôtres.

Informations pratiques

Femmes en colère, Mathieu Menegaux – éditions Grasset, mars 2021 – 198 pages – 17€

Autres romans chroniqués de l’auteur

Retrouvez en cliquant sur leur titre les billets consacrés à d’autres ouvrages de l’auteur :