Le camp des enfants, Otto B. Kraus

Le camp des en

Un roman basé sur l’histoire vraie des enfants du camp d’Auschwitz-Birkenau, tiré de la propre expérience de l’auteur, ancien déporté. Un devoir de mémoire. Bouleversant.

Les enfants déportés à Auschwitz

Alex Ehren a tenu un carnet de bord lors de ses années de déportation à Auschwitz. Avec un crayon de bois et des bouts de précieux papiers, il a consigné son quotidien au camp des familles tchèques de Birkenau, dans le bloc 31 des enfants. Un camp qu’il a rejoint en décembre 1943. Ce roman est la lecture de son journal.

Très vite, on affecte Alex Ehren au camp des enfants, construit sur les ordres du docteur Mengele, médecin SS. Enseignant dans la vie civile, Alex met à profit ses connaissances et sa pédagogie pour enseigner aux enfants la lecture et l’écriture, la poésie, le calcul. Tout cela en cachette bien sûr, car les Allemands n’autorisent pas les enfants juifs à aller à l’école. Mais leur faire classe, c’est leur offrir un semblant de normalité, faire fleurir la vie dans ce camp de la mort. Les extraire quelques heures de l’horreur dans laquelle ils baignent.

Avec une poignée d’autres enseignants, ils rivalisent d’imagination pour occuper l’esprit des enfants. Et de couvrir les murs du bloc de peintures chatoyantes. Et de récupérer des bouts de bois dans lesquels sculpter des marionnettes avant de monter un théâtre. Et de faire des concours de poésie.

Même s’ils savent leur exécution programmée, les adultes se font un devoir de ne rien laisser paraitre de leur peur. Toute leur énergie restante est mise au service des enfants. Pour leur faire oublier les cheminées, la faim et les Allemands. Un bloc des enfants aux airs de colonie de vacances, tel un grand jeu de rôle. Une illusion. Une île.

Garder espoir

Le camp des enfants est une œuvre bouleversante. Magnifique. Un devoir de mémoire. Ce roman s’inspire de l’histoire vraie d’Otto B. Kraus, déporté à Auschwitz, qui a osé braver les règles imposées par les nazis et a créé pour ses petits élèves une oasis de normalité. Privés de leur nom, de leurs racines et, pour beaucoup, de leurs parents, ces enfants trouvent dans le groupe formé par les enseignants, une forme de famille de substitution. Sans voyeurisme malsain, ni sensationnalisme, Otto B. Kraus, relate son expérience dans les camps de la mort, ce surcroit de vie que lui et d’autres codétenus se sont efforcés d’insuffler aux enfants. Même dénués de tout, même rongés par la peur, le froid et la faim, ils trouvent en eux les ressources pour préserver les enfants au maximum, les distraire. Enchanter leur quotidien.

Et n’allez pas penser que ce roman n’est que noirceur, horreur, mort. Même si les conditions de survie dans le camp font froid dans le dos, dépassent ce qu’il est humainement possible de concevoir. En effet, ce que l’auteur nous livre, c’est une merveilleuse leçon de courage, d’humanité. Ce roman n’est pas sans me faire penser au film La vie est belle de Roberto Benigni. C’est une lueur d’espoir dans les ténèbres. La preuve que la vie plus forte que tout.

D’une déchirante beauté.

Informations pratiques

Le camp des enfants, Otto B. Kraus – éditions La City, janvier 2021 – 20€ – 303 pages