La remplaçante, Sophie Adriansen et Mathou

la remplaçante

Devenir mère est certes merveilleux. Mais la maternité, l’accouchement, les premiers pas avec le bébé, ne sont pas que féérie et paillettes. Une bande dessinée nécessaire et déculpabilisante.

Devenir mère : une joie mais pas seulement

Entre Clovis, père de deux enfants d’une première union, et Marketa, c’est le coup de foudre. Une évidence. Tout comme l’est la décision de concevoir un enfant tous les deux. Mais ce qui avait commencé comme un rêve vire au cauchemar. La grossesse ne se déroule pas comme prévu, pénible, douloureuse, contraignante. Quant à l’accouchement, quand le jour J arrive enfin, ce n’est pas le plus beau jour de la vie de Marketa comme elle l’avait si souvent entendu dire… Une douleur insoutenable, une sage-femme peu chaleureuse, un bébé qui tarde à sortir, on est loin du tableau idyllique. Quand son bébé est enfin posé contre elle, elle ne peut pas savourer l’instant, tant elle est percluse de douleur.

Et ce n’est que le début du parcours d’obstacles qui s’érige devant elle. La tétée se révèle une épreuve tant ses seins sont douloureux, le bébé pleure et peine à s’alimenter, la renvoyant à un sentiment abyssal de nullité. Perdue, elle culpabilise de ne pas être submergée de joie mais d’angoisse, de tristesse et de fatigue, Et s’enfonce. Ce corps vide et déformé lui renvoie une image en laquelle elle ne se reconnait plus. Les nuits écourtées par les pleurs du bébé ajoutent à son incommensurable fatigue. Elle n’y parvient pas. N’y parvient plus. Elle rêve de trouver une remplaçante, une femme qui lui ressemblerait, mais en mieux. Car elle saurait s’y prendre avec l’enfant, elle. Car elle serait une wonder woman, elle.

Il faudra la compréhension d’une infirmière, l’amour du papa, et surtout du temps, pour que Marketa reprenne pied, pour qu’entre elle et le bébé se tricote le plus beau et le plus indéfectible des liens. Pour qu’elle se sente pleinement mère.

Post-partum et baby-blues

J’aime beaucoup la plume de Sophie Adriansen. Avec Sophie, il ne s’agit pas de simplement divertir le lecteur. Ses écrits sont toujours engagés, au service d’une cause forte. Ici, la dépression post-partum. Un livre pour informer, déculpabiliser, prévenir. Je découvre à cette occasion les talents d’illustratrice de Mathou, ses traits infiniment expressifs mis au service du texte. Une collaboration réussie!

Si devenir maman est certes merveilleux, notre société a tendance à idéaliser la naissance. celle de l’enfant, mais aussi celle de la femme devenue mère. Or la réalité n’est pas que légèreté, doudou rose et étincelles dans les yeux. L’accouchement est un séisme physique dont les répliques sont longues à s’estomper. Un tsunami émotionnel aussi. Un raz de marée épuisant. Dans pareils moments, la maman se sent démunie, parfois pas à la hauteur par rapport à ce qu’on attend d’elle. Et culpabilise, sombre. Il faut toute la compréhension de l’entourage, tout son amour, du temps de repos et de reconstruction, pour que la jeune femme puisse se sentir mère.

D’où le caractère nécessaire de ce si touchant ouvrage paru aux éditions First. Essentiel pour informer les femmes, mères ou non, de la réalité de la maternité. Essentiel pour que l’entourage soit conscient de ce qu’éprouve la maman, de ses besoins et accompagne au mieux ses premiers pas.

Informations pratiques

La remplaçante, Sophie Adriansen (texte) et Mathou (illustrations) – éditions First, mai 2021 – 200 pages – 19,95€

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