Ravissement, Laurence Lieutaud

Un roman magistralement mené, au suspens implacable, sur la chute d’une femme sous emprise, jusqu’à sa renaissance, libre. Libérée.

Une femme sous emprise

Quand Louise frappe à la porte de sa grand-mère, une vieille femme au fort tempérament, cela fait quinze ans qu’elle ne l’a pas vue. Quinze années qu’elle a quitté ce petit village où elle a grandi, élevée par sa grand-mère depuis le décès de sa mère.

Alternant entre présent et passé, Florence Lieutaud évoque les raisons du départ de Louise, sa vie depuis – son enfer plutôt, et sa renaissance aujourd’hui. Elle nous explique pourquoi il y a eu cette longue parenthèse entre la petite fille et l’aïeule. Ce clash, tandis que Louise n’avait que 18 ans et s’est amourachée d’un artiste peintre trentenaire en vacances dans la région, décidant du jour au lendemain de le suivre, sans le consentement de sa grand-mère. Cet homme avait pourtant l’apparence d’un homme aimant, attentionné. Mais au fil des jours et des mois, le vernis des apparences s’est craquelé pour laisser apparaitre son vrai visage, celui d’un tortionnaire. A l’image des toiles qu’il peint, il veut faire de Louise son œuvre d’art, la façonner, la sculpter, effacer tout ce qui lui déplait d’elle, la transformer. Quitte à la nier. A l’humilier. Et, au besoin, à la violenter.

Coupée de sa grand-mère mais aussi de ses amis, elle se retrouve de plus en plus isolée, affectivement mais aussi géographiquement avec l’emménagement dans une bastide au milieu de nulle part. Elle n’a pour confidente que Clara, une jeune femme sensible et douce, dont la sœur Amélie est décédée dix ans auparavant dans des circonstances dramatiques. Amélie dont la ressemblance avec Louise saute aux yeux de Clara et les rapproche.

Qu’est-il arrivé à Paul ? Pourquoi Louise revient-elle seule au village ? Est-elle parvenue à se défaire de la relation toxique que son mari entretenait avec elle ? Existe-t-il un quelconque lien entre Louis et Amélie ?

Sortir de l’emprise et renaitre

Ravissement, c’est le titre mais aussi ce que le lecteur éprouve en lisant ce roman, tant l’écriture de Laurence Lieutaud est fluide, sa construction parfaite et son intrigue magistralement menée. Avec beaucoup de sensibilité et de finesse, elle analyse les mécanismes de l’emprise. A la fois les fragilités qui lui permettent de se mette en place – un vide affectif, le décès de la mère, l’absence du père, mais aussi les mécanismes insidieux du piège qui, peu à peu, se referme sur la victime. L’isolement, la perte d’estime de soi, le climat de peur.

La romancière sème des indices tout au long de l’intrigue, crée une atmosphère inquiétante autour de la mort de Paul. Mort naturelle ? Accident ? Meurtre ? Mais ne comptez pas sur elle pour vous laisser entrevoir la vérité avant la toute dernière page.

C’est un roman haletant, très émouvant aussi, sur la plongée et la renaissance d’une femme. Un premier roman à saluer.

A lire !

Informations pratiques

Le ravissement, Laurence Lieutaud – éditions Grasset, avril 2021 – 196 pages – 17,50€

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