Les vivants, les morts et les marins, Pia Klemp

Les vivants, les morts et les marins

Un roman très fortement inspiré du combat de Pia Klemp, capitaine du bateau de sauvetage le Bansky, pour voler au secours des migrants en perdition en Méditerranée.

Sauver les migrants de la noyade

Depuis des mois, la capitaine du bateau s’occupe du sauvetage en mer des réfugiés en méditerranée, de ces milliers de gens fuyant la Lybie. Victimes de passeurs peu scrupuleux, ils se retrouvent entassés sur des coquilles de noix prenant l’eau, voués à une mort certaine sans assistance extérieure.  Ecœurée de la passivité des gens à quelques encablures de là, sirotant des boissons en terrasse, exaspérée par le silence assourdissant de l’Union européenne, elle a affrété un bateau pour voler à leur secours.  A bord du bateau, des volontaires de tous horizons. Beaucoup prennent leurs congés annuels d’un coup, certains vivent d’allocations pour pouvoir s’engager, certains sont en arrêt maladie. Peu ont une vie « normale » au sens non marginale. Gérer tout ce monde, ces hommes venus d’horizons différents, n’est pas toujours aisé. Surtout quand on est une femme. Mais l’enjeu est trop grand pour s’arrêter aux soucis d’équipage. Des soucis moindres que ceux rencontrés avec les autorités, les services de police, lesquels ne cessent de leur mettre des bâtons dans les roues.

Mais la capitaine et son équipage sont des gens déterminés. Rien ni personne ne les arrêtera. Trop de migrants comptent sur eux pour ne pas périr noyés. Et cela vaut bien de prendre tous les risques, de passer outre les ordres du pouvoir politique en place.

Pia Klemp, capitaine du bateau de Bansky

Les vivants, les morts et les marins, paru aux éditions Fleuve, est une autofiction. Pia Klemp y évoque ses combats, les difficultés et les aberrations auxquelles elle est confrontée tandis qu’elle s’efforce de sauver des vies. Elle et ses neuf membres d’équipage, sont jugés en Italie pour des soupçons d’aide et complicité d’immigration illégale. Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison. Mais Bansky a mis a leur disposition le louise Michel, son navire, pour leur permettre de poursuivre la mission de sauvetage qu’ils se sont fixé.

J’avais très envie de découvrir le combat de cette femme et de son équipage plus avant. J’attendais donc la lecture de ce livre avec impatience. S’il s’est révélé très intéressant sur le fond, mettant en avant un courage hors-normes, un pouvoir politique corrompu, des aberrations incroyables alors que des vies humaines sont en jeu, le style m’a insupporté. Les incessants « putain », le franc parler pour ne pas dire la vulgarité du vocabulaire à chaque page, m’a pesé. Beaucoup. J’ai eu beaucoup de mal à le finir pour cette raison.

Donc un sentiment très mitigé me concernant…

Informations pratiques

Les vivants, les morts et les marins, Pia Klemp – éditions Fleuve, janvier 2021 – 16,90€

Je ne veux pas être jolie, Fabienne Périneau

Je ne veux pas être jolie

Un livre bouleversant, qui résonne avec l’actualité #MeToo. Ou quand le silence des mères réduit l’enfant à une insondable solitude.

Libérer la parole

Georgia, alias Jo, est informée du décès de sa mère à l’hôpital. Pendant des années, elle a espéré de cette dernière une explication, une forme de reconnaissance, des excuses, une demande de pardon. En vain. Alors quand elle apprend sa mort, aucune larme ne lui vient.

Tandis qu’elle retourne pour les obsèques à l’hôtel du bord des vagues, hôtel appartenant à son oncle Franck, son passé lui explose au visage. Ces blessures infligées l’année de ses 8 ans, tandis qu’elle avait séjourné seule chez son oncle et sa tante, se ravivent avec force. Pendant des années, Jo les avait refoulées pour tenter de se reconstruire, d’avancer. Malgré l’humiliation. Malgré la honte. Malgré l’horreur.

Mais le retour sur les lieux du cauchemar fait tout ressurgir. Georgia sent qu’elle n’a pas d’autre choix que de verbaliser ce qui s’est passé. De partager avec ses frère et sœur, le drame qu’elle a vécu enfant, à un âge où on n’avait de cesse de louer sa beauté. Elle qui n’aurait pas voulu être jolie mais juste respectée. Protégée.

Mais ses proches sont-ils prêts à entendre la vérité ? la famille va-t-elle accepter le séisme de ses révélations ? Car les aveux de Jo vont remettre en cause l’équilibre familial, faire voler les apparences en éclats…Et d’ailleurs, Jo est-elle la seule à porter un lourd secret ? Pourquoi sa mère, témoin indirect du drame, ne l’a-t-elle pas protégée ?

Secrets de famille et silence des mères

Je découvre Fabienne Périneau à l’occasion de la parution de son roman Je ne veux pas être jolie aux éditions Pocket. Un roman qui m’a bouleversée. Avec beaucoup de sensibilité, la romancière montre combien il est difficile de parler, de libérer la parole, d’autant plus difficile quand le courage de parler se heurte à la non-volonté de l’entourage d’écouter, de voir et/ou de croire. Pour la victime, c’est alors la double peine.

Un roman très contemporain, à une époque où la libération de la parole est devenue le credo de chacun. Parce que mettre des mots sur ses maux, parce que témoigner, oser parler, c’est déjà se reconstruire un peu.

Informations pratiques

Je ne veux pas être jolie, Fabienne Périneau-éditions Pocket, avril 2021 – 220 pages

La geôle des innocents, Ensaf Haidar

La geole des innocents

Un roman sur la société saoudienne, sa police des mœurs, sa justice, rédigé par une femme qui a fait de la liberté d’expression et de la libération de son mari Raif Badawi ses combats : la saoudienne Ensaf Haidar.

La réalité des prisons saoudiennes

Rachwan a quitté son pays suite à la promesse d’être embauché comme chauffeur particulier en Arabie saoudite. Une rentrée financière qui ne se refuse pas. Mais il a eu le tort de tomber amoureux peu après son arrivée d’une femme divorcée, Siham. Si dans son pays, la Syrie, se promener librement dans a rue bras d’une femme est d’une grande banalité, il découvre à ses dépens qu’en Arabie saoudite, c’est strictement interdit. Seuls les couples mariés ont le droit de s’afficher ensemble, de partager le même toit. La femme qui accompagne un homme doit obligatoirement être sa femme, sa fille ou sa sœur. Sinon, ce sont des coups de bâtons voire pire, si la police des mœurs vous surprend.

Quant à Rham, écrasé par la charge de ses cinq filles dont il doit payer le mariage conformément à la tradition indienne, il a besoin d’argent. Aussi quand on lui promet un emploi bien rémunéré en Arabie saoudite, il y voit la fin de ses soucis financiers. Ne dit-on pas que là-bas, au milieu du désert, l’argent et le pétrole coulent à flots, au point qu’il reviendra au pays avec de l’argent plein les poches ? Mais à son arrivée en Arabie saoudite, ce n’est pas un emploi dans une ferme agricole modèle qui l’attend mais l’esclavage dans une distillerie clandestine d’arak.

Tous deux sont arrêtés. Tous deux se retrouvent dans la prison de Briman. Tous deux ont croisé la route et le cœur de Siham, victime elle aussi ou tentatrice? Tous deux vont connaître l’enfer de la détention, marquée par la violence, le sexe et la drogue.

Un roman glaçant sur la liberté d’expression et de mouvements en Arabie saoudite

Ensaf Haidar est l’épouse du militant saoudien Raif Badawi. Elle sillonne le globe depuis des années pour obtenir la libération de son mari, condamné à dix ans de prison et mille coups de fouet en 2012, pour avoir prôné́ sur son blog la liberté d’opinion, de culte et d’expression. Elle a reçu le prix Sakharov des droits de l’homme décerné à son mari par le Parlement européen. Présidente et cofondatrice de la Fondation Raïf Badawi pour la liberté (FRBL), elle est l’auteure de Mon combat pour sauver Raïf Badawi (L’Archipel, 2016). La Geôle des innocents est son premier roman.

C’est donc une auteure qui vit au quotidien l’histoire de ce livre, s’inspirant de sa connaissance et de son expérience de la police et de la justice en Arabie saoudite pour alimenter son roman. Les conditions carcérales déplorables, les sanctions barbares, la police des mœurs qui vous traque, la liberté d’expression bafouée, un tableau réaliste et sombre de l’Arabie saoudite. Elle souligne à cette occasion les paradoxes nombreux de cette société : on interdit l’alcool mais on se saoule dans des fêtes privées, on interdit à un homme et une femme de marcher ensemble sauf s’ils sont mariés mais on n’hésite pas à participer à des fêtes échangistes en privé, nombreux sont les exemples qui soulignent une grande hypocrisie entre ce que les dirigeants et gens aisés font et ce que la loi édictée par les religieux saoudiens adhérant au wahhabisme (doctrine officielle) est censée permettre ou non.

Un roman glaçant et édifiant.

Informations pratiques

La geôle des innocents, Ensaf Haidar , traduit de l’arabe par François Zabbal– éditions de l’Archipel, juin 2021 – 201 pages – 20€

Livre audio enfant : La musique autour de nous

la musique autour de nous

Un livre avec CD pour enfants, dans lequel une conteuse lit l’histoire sur fond musical. Un ouvrage dont le texte, les illustrations et la musique rivalisent de douceur.

Bruits de la mer et bruits de la campagne

Sofia habite au bord de la mer. Elle s’apprête à quitter le chant des vagues, des mouettes, pour un tout autre environnement. En effet, elle part passer des vacances chez ses grands-parents, en lisière d’une grande forêt. Pas de goéland ni de clapotis de l’eau là-bas, mais une autre musique. Celle du concert de la forêt. Renards, écureuils, sangliers cerfs, lucioles, souris et même loup se retrouvent la nuit pour joindre leurs voix.

La musique est partout autour de nous pour qui sait l’entendre.

Un livre avec CD musical et fichier audio téléchargeable

Je découvre les éditions La montagne secrète, spécialisées en littérature jeunesse et suis totalement séduite par ce format livre plus CD d’une tendresse infinie. Avec La musique autour de nous, de Gema Sirvent, l’enfant apprend à être attentif aux bruits autour de lui, à reconnaître le chant de la mer comme celui des oiseaux, le cri des renards ou encore des cerfs. Il prend conscience que la musique est partout dans la nature, changeant sa partition selon les lieux traversés.

L’enfant peut feuilleter le livre qu’un adulte lui lit ou écouter la conteuse le lui lire sur le CD audio joint. Une douce mélodie, des bruitages, accompagnent l’histoire et renforcent la puissance évocatrice. Les illustrations de Lucia Cobo sont très délicates et d’une grande finesse, l’histoire est tendre et la musique berçante. De quoi faire passer un moment enchanteresse à l’enfant, immergé au cœur de la forêt.

Informations pratiques

La musique autour de nous, Gema Sirvent (texte) et Lucia Cobo (illustrations) – éditions La montagne secrète, juin 2021 – 40 pages illustrées + CD musical – Pour enfants à partir de 4 ans

Vert samba, Charles Aubert

vert samba

Après Bleu Calypso et Rouge Tango, le nouveau polar doux de Charles Aubert s’appelle Vert samba. Vert comme l’espoir que le héros place en sa nouvelle vie, comme la nature qu’il a choisi pour cadre. Samba comme le rythme endiablé de l’intrigue.

Deux meurtres et deux tatouages

Niels, directeur commercial dans une compagnie d’assurances à Paris, ne trouve plus de sens ni à sa vie professionnelle ni à sa vie personnelle. Il décide alors de tout plaquer, pour venir s’installer dans le sud de la France, entre Montpelier et Sète, dans une simple cabane de pêcheur. Il s’adonne désormais à la fabrication de leurres qu’il vend sur le net. Lui qui ce faisant aspirait à un retour aux sources, à une vie apaisée, en accord avec la nature, va se retrouver dans le feu de l’action malgré lui.

En effet, à côté de l’ESAT voisin, le corps d’in ostréiculteur est retrouvé sans vie. Et ne reste pas longtemps le seul. Un deuxième corps est bientôt retrouvé.  Y a-t-il un point commun entre ces deux meurtres ? Toujours est-il que ces deux cadavres portent le même étrange tatouage sur le bras, tatouage renvoyant à un groupe de rock local, proche de l’extrême droite. Coïncidence ?

Son voisin, le vieux Bob, et sa fille Lizzie (fiancée de Niels), entrainent ce dernier dans le tourbillon de l’enquête. Lizzie, journaliste, jeune femme vive, ne compte pas attendre que la police se bouge pour que l’enquête avance. Quant au Vieux Bob, il a une attitude plus qu’étrange depuis ces deux meurtres. Et il n’est pas le seul : la directrice de l’Esat, qui est aussi sa compagne, semble elle aussi dans un état second. Savent-ils quelque chose ? Sont-ils concernés par ce double meurtre ?

Un polar non violent

Vert samba est le troisième volet de la trilogie de Charles Aubert, aux éditions Slatkine &Cie. Cependant, vous pouvez tout à fait lire ce roman sans avoir lu les précédents, même si une lecture dans l’ordre de la trilogie permet de suivre l’évolution des personnages récurrents, Niels, Vieux Bob et Lizzie.

J’ai particulièrement apprécié la douceur et la forme d’apaisement qui émanent de ce roman. Ce n’est pas un polar sanglant, glauque, avec un incroyable super héros. C’est au contraire un anti-héros touchant, embarqué malgré lui dans une enquête, qui tente sans cesse de se recentrer tandis que les évènements et son entourage le sortent de son chemin. Un polar à l’intrigue bien menée, avec des rebondissements multiples qui tiennent le lecteur en haleine jusqu’à la toute dernière page.  Mais aussi, un polar avec beaucoup d’humanité, de réflexions pleines de sagesse et une grande place accordée à la nature. D’une certaine façon, c‘est un polar qui épouse les valeurs auxquelles aspire Niels !

Informations pratiques

Vert samba, Charles Aubert – Editions Slatkine &Cie, juin 2021 -316 pages – 20€

Glissez Lea Wiazemski dans votre poche!

comme si tout recommencait

Un roman intergénérationnel, qui place l’humain au cœur, et montre que le bonheur et l’amour sont possibles à tout âge.

Rêves et désillusions

Depuis son plus jeune âge, Barbara a développé une conviction : celle que le bonheur serait à sa portée. Elle en a fait sa quête, son but ultime, la destination à atteindre. Mais les désillusions sentimentales se sont succédé et l’ont déviée de sa route. La dernière en date lui a porté le coup de grâce. Avec Victor, elle avait cru en effet pouvoir se poser, passer le reste de sa vie, fonder une famille. Son désir d’enfant chevillé au corps n’avait cependant pas trouvé d’écho immédiat en lui. Il repoussait sans cesse l’échéance, jusqu’à conclure finalement qu’il lui ferait un enfant pour ses quarante ans. Alors elle a patienté.

Mais juste avant ses quarante ans, il l’a quittée pour une autre.

Décomposée, Barbara trouve du réconfort auprès de Julie, sa meilleure amie, laquelle prend les choses en mains : Barbara doit prendre un nouveau départ, changer de vie, changer de ville. Un poste de responsable de maison de retraite est à pourvoir dans le sud, pourquoi ne tenterait-elle pas sa chance ?

Quand Barbara débarque dans la maison de retraite, l’ambiance est sinistre. Les pensionnaires sont tristes, esseulés, les activités pour les distraire quasi inexistantes, le manque de personnel lancinant, la nourriture infâme. Mais somme toute, ce chantier colossal qui s’ouvre à elle la distraira de ses idées sombres. S’occuper des autres, se rendre utile, donnera un peu de sens à sa vie.

Un roman lumineux, empreint de tendresse

Dans ce troisième roman, Lea Wiazemsky revient à un thème qui lui est cher : celui de la fuite inexorable du temps, des liens entre les générations. Avec beaucoup de douceur, sans mièvrerie, elle met des couleurs dans la grisaille de l’existence de ses personnages, leur insuffle de l’espoir.  Car s’il y a une leçon à retenir ici, c’est qu’il ne faut jamais désespérer de rien. La vie est riche en rebondissements et l’être humain en ressources insoupçonnées. Le lecteur se laisse alors porter par cet élan d’humanité et d’optimisme, s’attache aux personnages au fil des pages et referme le livre ému, le sourire aux lèvres . Un roman qui offre un rayon supplémentaire à la journée de celui qui le lit!

Informations pratiques

Comme si tout recommençait, Léa Wiazemski – éditions Pocket, mai 2021 – 272 pages – 6,95€

Glissez Virginie Grimaldi dans votre poche !

et que ne durent que les moments doux Virginie Grimaldi

L’arrivée d’un nouveau-né dans le nid familial d’un côté, le vide laissé par le départ des enfants à l’âge adulte de l’autre, c’est ce merveilleux ballet enfants-maman que la vibrante Virginie Grimaldi nous interprète sur la pointe de sa plume. Et quelle plume!

Naissance d’un enfant et départ

Tout au long de sa grossesse, Lili s’était projetée au jour de l’accouchement. Un jour où le soleil se joindrait à la fête. Un jour qui serait un des plus beaux jours de sa vie forcément. Seulement voilà. Il y a ce qu’on imagine et la réalité. Alors qu’elle se rend au septième mois à un examen de contrôle à l’hôpital, on lui apprend qu’il faut faire naître le bébé en urgence. Césarienne, soins intensifs en néonatologie, tout s’emballe. Comme son cœur de mère effrayé. Le bébé va-t-il s’en sortir? Aura-t-il des séquelles?

Autres lieux, autre temps. On l’avait prévenue à la naissance de ses enfants : « Profite, ça passe trop vite ». Alors elle a profité de chaque instant avec sa fille Charline et son fils Thomas, les a nourris, bercés, câlinés, adorés, caressés, protégés, admirés, compris, consolés, encouragés, accompagnés, éduqués. Cela n’a pas empêché le temps d’agir en traitre, de filer trop vite. Aussi, quand le moment arrive de les laisser quitter le nid, c’est un déchirement pour son cœur de maman. Il lui faut apprendre à réinventer sa vie…sans perdre de vue ses petits.

Un concentré d’émotions

Après Quand nos souvenirs viendront danser, Virginie Grimaldi nous offre un nouveau concentré d’émotions : Et que ne durent que les moments doux, aux éditions du Livre de Poche.

Avec une sensibilité à fleur de plume, une capacité extraordinaire à revêtir de mots sur mesure le corps des émotions, Virginie Grimaldi nous glisse dans la peau, dans le cœur de mamans à un moment charnière de leur vie : l’arrivée prématurée d’un bébé, le départ des enfants devenus grands.

Devenir maman, c’est s’adapter à l’enfant qu’on n’avait pas envisagé ainsi, comme ce petit être né deux mois en avance, d’une fragilité extrême, qui ne doit sa survie qu’aux soins intensifs et à l’assistance respiratoire. Ainsi qu’à tout l’amour dont il est enveloppé. Trembler pour lui, espérer pour lui, se battre pour lui, ne faire plus qu’un avec lui.

Etre maman, c’est aussi élever son enfant avec pour objectif non pas de le garder au nid mais de lui offrir des ailes robustes, majestueuses, pour voler un jour. Mais quand ce jour arrive, quand le nid ne bruit plus des pépiements de la couvée, le vide déchire le cœur. Alors la femme, qui s’est effacée pendant des années derrière la mère, doit retrouver ses marques, identifier ses désirs, redéfinir ses priorités… tout en gardant un oeil et un pouce sur le clavier du téléphone pour échanger avec ses « grands petits ».

Si Virginie Grimaldi est la romancière la plus lue en 2019 et 2020, cela ne doit rien au hasard. Elle a le talent rare de vous faire passer du rire aux larmes, de vous toucher par son extrême sincérité et de savoir mettre des mots justes sur chaque émotion qui nous traverse. Alors, arrivé à la dernière page, on n’a qu’un seul regret. Mais un très gros regret : que ne dure ce moment doux de lecture encore et encore… Merci Virginie Grimaldi!

Informations pratiques

Et que ne durent que les moments doux, Virginie Grimaldi – Editions du livre de poche, mai 2021 – 8,20€

Ravissement, Laurence Lieutaud

Un roman magistralement mené, au suspens implacable, sur la chute d’une femme sous emprise, jusqu’à sa renaissance, libre. Libérée.

Une femme sous emprise

Quand Louise frappe à la porte de sa grand-mère, une vieille femme au fort tempérament, cela fait quinze ans qu’elle ne l’a pas vue. Quinze années qu’elle a quitté ce petit village où elle a grandi, élevée par sa grand-mère depuis le décès de sa mère.

Alternant entre présent et passé, Florence Lieutaud évoque les raisons du départ de Louise, sa vie depuis – son enfer plutôt, et sa renaissance aujourd’hui. Elle nous explique pourquoi il y a eu cette longue parenthèse entre la petite fille et l’aïeule. Ce clash, tandis que Louise n’avait que 18 ans et s’est amourachée d’un artiste peintre trentenaire en vacances dans la région, décidant du jour au lendemain de le suivre, sans le consentement de sa grand-mère. Cet homme avait pourtant l’apparence d’un homme aimant, attentionné. Mais au fil des jours et des mois, le vernis des apparences s’est craquelé pour laisser apparaitre son vrai visage, celui d’un tortionnaire. A l’image des toiles qu’il peint, il veut faire de Louise son œuvre d’art, la façonner, la sculpter, effacer tout ce qui lui déplait d’elle, la transformer. Quitte à la nier. A l’humilier. Et, au besoin, à la violenter.

Coupée de sa grand-mère mais aussi de ses amis, elle se retrouve de plus en plus isolée, affectivement mais aussi géographiquement avec l’emménagement dans une bastide au milieu de nulle part. Elle n’a pour confidente que Clara, une jeune femme sensible et douce, dont la sœur Amélie est décédée dix ans auparavant dans des circonstances dramatiques. Amélie dont la ressemblance avec Louise saute aux yeux de Clara et les rapproche.

Qu’est-il arrivé à Paul ? Pourquoi Louise revient-elle seule au village ? Est-elle parvenue à se défaire de la relation toxique que son mari entretenait avec elle ? Existe-t-il un quelconque lien entre Louis et Amélie ?

Sortir de l’emprise et renaitre

Ravissement, c’est le titre mais aussi ce que le lecteur éprouve en lisant ce roman, tant l’écriture de Laurence Lieutaud est fluide, sa construction parfaite et son intrigue magistralement menée. Avec beaucoup de sensibilité et de finesse, elle analyse les mécanismes de l’emprise. A la fois les fragilités qui lui permettent de se mette en place – un vide affectif, le décès de la mère, l’absence du père, mais aussi les mécanismes insidieux du piège qui, peu à peu, se referme sur la victime. L’isolement, la perte d’estime de soi, le climat de peur.

La romancière sème des indices tout au long de l’intrigue, crée une atmosphère inquiétante autour de la mort de Paul. Mort naturelle ? Accident ? Meurtre ? Mais ne comptez pas sur elle pour vous laisser entrevoir la vérité avant la toute dernière page.

C’est un roman haletant, très émouvant aussi, sur la plongée et la renaissance d’une femme. Un premier roman à saluer.

A lire !

Informations pratiques

Le ravissement, Laurence Lieutaud – éditions Grasset, avril 2021 – 196 pages – 17,50€