Hystériques, Sophie Adriansen

Hystériques Adriansen

Trois femmes et sœurs lancées dans la grande aventure de la maternité. Trois façons de la vivre aux antipodes les unes des autres. Un roman émouvant, réaliste, éclairant. Un livre nécessaire.

Trois femmes et quatre utérus

Elles sont sœurs et s’apprêtent sans le savoir à vivre simultanément ou presque, une grossesse. Pour Noémie, ce sera le premier enfant. Mais rien ne se passe comme prévu. Ce n’est pas l’embryon mais la maladie qui se niche en elle. Un double combat commence alors et contre la maladie et pour devenir maman envers et contre tout.

Pour Clémentine, cette grossesse est la troisième. Mais alors qu’elle se réjouit de voir la famille s’agrandir bientôt, des faits anciens, datant de l’époque du lycée, affleurent à sa mémoire. Sa vie en est complètement bouleversée. Comment son mari va-t-il accueillir ce pan refoulé de son passé ?

Quant à Diane, elle n’a jamais osé parler de sa souffrance à l’issue de sa première grossesse. De la violence dont elle a été la victime, physiquement comme psychologiquement. Le temps a passé, mais la cicatrice s’est-elle pour autant refermé sur ce sujet sensible ?

Trois sœurs déjà et/ou bientôt mères. Trois bouleversements singuliers, puissants, émouvants.

Il n’y a pas une maternité mais autant de façons de la vivre que de femmes

Je vous ai souvent plébiscité ici les livres de Sophie Adriansen. Sophie Adransen est une éponge qui absorbe tout ce qu’elle voit, entend, tout ce qui fait vibrer sa corde sensible, tout ce qui la fait hurler à l’injustice, tout ce qui la fait exulter, pour le retranscrire dans des livres. Des livres engagés, toujours. Des histoires éclairantes, qui invitent à ouvrir le champ de notre regard. Qui interpellent.

 Et son nouveau roman, Hystériques, paru aux éditions Charleston ne déroge pas à ces principes. Si la maternité est perçue comme une fabuleuse aventure humaine, si l’instinct maternel semble inné, si devenir mère paraît couler de source, rien n’est plus complexe, singulier, incomparable, marquant, que la maternité. Il n’y a pas une façon de la vivre, mais autant de manières de vivre sa maternité, sa grossesse, qu’il y a de futures mamans.

Déni de grossesse, greffe d’utérus, accouchement sous X, grossesse gémellaire, violence obstétricale, césarienne, épisiotomie, voici quelques couleurs qui peuvent composer le tableau de la future maman, couleurs qui ne sont pas toujours les couleurs que nous loue la société de façon manichéenne, avec son tout rose ou son tout bleu. Les inconnues sont multiples. La joie de la maternité parfois entachée de zones d’ombre vécues dans la culpabilité et la détresse.

 Le lecteur embarque avec chacune des trois sœurs dans une aventure humaine remuante, bouleversante, aussi difficile que belle. On parle encore trop peu de sexe, de dépression post-partum, d’utérus, de l’impact du mode d’accouchement, des violences obstétricales faites aux femmes. Aussi ce roman libère la parole, informe, accompagne. Pour que les futures mamans se sentent moins seules, moins coupables et moins incapables dans les moments de découragement et de fatigue intenses. Pour que les proches de la future maman soient plus à l’écoute, mieux informés et donc plus à même de bien l’entourer.

Un roman dense, des parcours infiniment émouvants. Félicitations à Sophie, la maman, pour ce très beau bébé d’encre et de papier !

Informations pratiques

Hystériques, Sophie Adriansen – éditions Charleston, mai 2021- 19,90€- 525 pages