S’adapter, Clara Dupont-Monod

Rentrée littéraire. La naissance d’un enfant handicapée, relatée par sa fratrie. Un livre poignant, viscéralement humain, d’une déchirante beauté.

Naissance d’un enfant handicapé

Quand ce petit frère est né, les deux ainés et leurs parents n’ont pas perçu tout de suite qu’il y avait un problème. Mais à l’âge de trois mois, les premiers signes apparaissent. L’enfant reste silencieux, ne manifeste aucun intérêt pour ce qui l’entoure, apathique, le regard dans le vague. Les parents consultent alors et le verdict est sans appel : le petit restera aveugle, incapable de parler ni de se mouvoir. Et son espérance de vie ne dépassera pas trois ans.

Chacun, fratrie comprise, puise alors dans son stock de courage pour vivre avec ce handicap. Entourer l’enfant. Les rôles peu à peu se redistribuent. Le fils ainé et le petit dernier deviennent fusionnels. Protecteur, prévenant, aimant, l’aîné perd son innocence, son insouciance et renonce aux moments passés avec les camarades de son âge pour s’occuper cœur et âme du petit. La cadette, jusqu’alors si complice avec l’aînée, sent gronder en elle une insondable colère matinée de haine. Ce petit lui vole son frère, aspire l’énergie de chacun telle une sangsue. Des sentiments qu’elle tait, percluse de honte.  Jusqu’au moment de bascule, où les voyant tous sombrer, elle décide d’assumer seule le sauvetage de la famille.

Quant au nouveau-né, nouveau petit dernier de la fratrie, il va devoir composer avec le fantôme du frère handicapé qu’il n’a jamais connu. Mais qui est si présent dans les esprits, dans les cœurs et dans les murs.

Le vécu des frères et sœur confrontés au handicap de leur pair. Magistral.

Le handicap vécu par la fratrie

Je vous avais loué le précédent roman de Clara Dupont-Monod, La révolte (chronique ICI). Cette fois, pas de plongée dans l’Histoire, mais dans une famille ébranlée par la naissance d’un enfant handicapé.  Comme nous le montre avec une infinie justesse l’auteure, la naissance d’un enfant handicapé impacte non seulement les parents, mais aussi le reste de la fratrie. Leur construction psychique, leur comportement, leur devenir, leur insertion sociale sont influencés par ce pair différent. Et il est d’autant plus délicat de percevoir le besoin de soutien des frères et sœurs, que ces derniers masquent leur ressenti, leur mal-être, pour épargner leurs parents. Des vécus qui diffèrent entre les membres de la fratrie, car chacun a une personnalité, une place dans la fratrie, un âge différent.

J’ai été saisie par la justesse de l’analyse, la pertinence des propos, la sensibilité de l’écriture. Et n’ai pas de mot pour exprimer mon admiration.

Un roman vibrant d’amour.

« Si un enfant va mal, il faut toujours avoir un œil sur les autres. Car les bien-portants ne font pas de bruit, s’adaptent aux contours cisaillants de la vie qui s’offre, épousent la forme des peines sans rien réclamer. Ils seront les gardiens du phare détestant les vagues mais tant pis, refuser serait déplacé. Un sentiment de devoir les guide. Ils se tiendront là, vigies dans la nuit noire, se débrouilleront pour n’avoir ni froid ni peur. Or, n’avoir ni froid ni peu n’est pas normal. Il faut venir vers eux. »

Informations pratiques

S’adapter, Clara Dupont-Monod – Editions Stock, août 2021 – rentrée littéraire – 171 pages