Delta Blues, Julien Delmaire

delta blues

Un roman ou plutôt un voyage sensoriel au cœur du Mississipi des années 30. Envoutant.

L’enfer sur terre

Nous sommes dans le delta du Mississipi, berceau du blues, dans les années 30. Un état où naitre noir est un véritable fléau. Les bus, les soins, l’électricité sont réservés aux blancs. Les hommes encagoulés du Klu Klux Klan font régner la terreur. Et comme si cela ne suffisait pas, à la dureté du quotidien de la population noire s’ajoute cette année-là une terrible sécheresse. Alors certains, comme Dora, vendent leur corps pour nourrir leur enfant. D’autres, comme Bobby, jouent de la guitare dans les bars.

Mais dans cet enfer, il y a une lueur d’espoir, celle de l’indéfectible amour qui lie Betty et Steve. Tous deux sont jeunes, noirs et pauvres. Mais riches des sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. Betty est blanchisseuse, nièce de la sorcière vaudou Saphira.  Une vieille femme qui intercède auprès des dieux pour influer sur le destin des êtres et qui réalise des potions pour soigner ses pairs.

Mais alors que les exécutions sommaires du KKK se multiplient, que les récoltes sont menacées par l’absence de pluie, que des meurtres sont perpétrés la nuit, Betty et Steve se pensent invincibles, portés par leur amour. Raison ou illusion ?

Et puis, il y a la musique. Partout. Tout le temps. Le blues qui console, berce, bat au rythme des récoltes dans les plantations, joué sur les guitares et les harmonicas.

Une immersion totale dans le Mississipi des années 30

Avec Delta Blues, paru en cette rentrée littéraire aux éditions Grasset, Julien Delmaire nous offre une véritable immersion dans le Mississipi des années 30. Ce n’est pas juste un voyage à travers les mots, à travers le temps et l’espace, c’est un concentré d’émotions, de perceptions, de parfums, de sons, de saveurs, de visions. On vit plus qu’on ne lit au diapason des personnages. Témoin et non juste lecteur, coupé du monde qui nous entoure le temps de la lecture.

L’écriture, très poétique, très mélodieuse est une partition sensorielle sur laquelle s’inscrivent les destins chahutés de cette population noire, mais aussi des métis, des Indiens, des blancs. Une galerie de personnages très riches qui chacun apportent une note différente de la vie d’alors. Un blues de 500 pages envoutant comme les sortilèges de Saphira, qui donne furieusement envie, la lecture terminée, de se plonger dans le blues de Robert Johnson, Willie Brown ou encore Sonny Boy.

Informations pratiques

Delta Blues, Julien Delmaire – rentrée littéraire – éditions Grasset, août 2021 – 500 pages