Géraldine Dalban-Moreynas : Elle voulait juste être heureuse

Un roman au style incisif sur les relations amoureuses dans notre société actuelle, mais aussi sur le courage d’entreprendre. Percutant. Pertinent.

Famille recomposée, femme décomposée

Tout commençait pour le mieux. Elle a eu beau se répéter qu’elle ne devait pas s’emballer, elle n’a pas pu résister à l’envie prégnante d’y croire. Et il ne lui donnait d’ailleurs que des raisons d’y croire. Trois mois après leur rencontre, les deux quadras décident d’emménager ensemble. Elle avec sa fille, lui avec ses fils. Une famille recomposée, comme il y en a tant de nos jours. Mais très vite la réalité la rattrape. Elle se débat avec les lessives, le ménage, les courses, les repas pour 5, n’a plus de temps libre pour elle, se perd, s’oublie. Mais en silence. Elle accepte son sort, ne veut pas écorner cette image de famille idéale.

Jusqu’à cette fameuse nuit où lui ne va pas juste écorner mais déchirer cette image parfaite : « Nous. Nous deux. C’est fini. » Lapidaire. Assassin.

Il lui faudra du temps pour digérer la rupture, pour accepter de ne pas comprendre ce qui l’a motivée. C’est à Marrakech qu’elle se ressource, loin de lui et du souvenir de leur vie ensemble. Lasse de son poste dans la communication, poste où certes elle gagne bien sa vie mais ne s’épanouit pas, elle décide de prendre un nouveau départ professionnel comme personnel. D’aller chercher le bonheur au lieu de l’espérer à sa porte.

La violence de la société

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Géraldine Dalban-Moreynas, On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), et attendais avec impatience le deuxième. C’est aux éditions Albin Michel, en ce mois d’octobre, que j’ai pu avec bonheur le découvrir. Et mon enthousiasme est demeuré intact à l’issue de cette lecture.

J’ai retrouvé ce style si caractéristique qui m’avait séduite précédemment. Une grande concision, un franc-parler, une tension narrative palpable, une forme d’urgence à vivre, à écrire. Dans ce roman, comme dans le premier, il est question d’amour. Mais pas seulement. La romancière et entrepreneuse dresse de notre société amoureuse actuelle un constat lucide et pertinent : tout s’achète, se vend, sur un clic, une application de smartphone. Y compris les conquêtes. « On se rencontre à l’apéritif, on se dit je t’aime au dessert, on rompt au digestif ». On ne se donne plus le temps de découvrir l’autre, de donner à son couple une chance en cas de coup dur ou de désaccord. On prend, on jette. Et les applications de rencontres, les réseaux sociaux participent grandement à cette évolution, à ce sentiment d’urgence dévastateur.

Amour mais aussi courage d’entreprendre. Ce roman est une invitation à oser concrétiser ses projets, ses rêves, juste parce que l’on veut être heureux. Heureux et pas seulement « non malheureux ». Pas seulement, « plutôt satisfait ». Le parcours de l’héroïne est jalonné d’obstacles, le chemin vers le succès de son entreprise de décoration n’est pas linéaire, impose des prises de risque, des contretemps, des déceptions, mais le bonheur et l’épanouissement personnel sont au bout. Alors, même si le voyage comporte des turbulences, l’envol en vaut la peine, non ? Un roman qui pourrait bien donner l’impulsion aux personnes qui ne se sentent pas à leur place mais hésitent encore à sauter le pas.

Informations pratiques

Je voulais juste être heureuse, Géraldine Dalban-Moreynas – éditions Albin Michel, octobre 2021 – 218 pages – 17 €