Agnès Ledig : La toute petite reine

la toute petite reine Agnès Ledig

Un roman d’une grande humanité, sur deux êtres blessés en pleine reconstruction. Peut-on dépasser ses peurs, ses blessures et dépasser son passé ? Un roman lumineux.

Rencontre fortuite

Nous sommes en gare de Strasbourg et Adrien, maître-chien, a été appelé avec son berger allemand Bloom, à la suite de la découverte d’un bagage suspect. Quand soudain, une jeune femme au nom de fleur, Capucine, surgit en criant qu’il s’agit de sa valise. Simonet, le chef de la sureté ferroviaire, prend alors un malin plaisir à s’acharner sur la pauvre femme, à l’humilier pour son oubli, là où il aurait été si simple de classer l’affaire. Témoin ahuri de la scène, Adrien ressent alors un besoin irrépressible de la protéger, de la consoler, ce que sa timidité lui interdit. Mais ce que Bloom, lui, fait sans se poser de question, posant sa truffe sur les genoux de la femme en pleurs.

Dès lors, Adrien n’a qu’une obsession : revoir la jeune femme, cette femme dont émane un mélange si touchant de force et de fragilité à la fois. Il ne la connait pas, a beau vouloir se raisonner en se disant qu’il est ridicule de s’attacher à une inconnue, rien n’y fait : en une fraction de seconde, il a vu défiler un avenir possible pour elle et lui.

Et le destin, parfois un peu aidé dans l’ombre, semble vouloir œuvrer pour lui. Sujet à un stress post-traumatique après avoir failli perdre la vie dans un combat au Mali, il suit une psychothérapie depuis plusieurs années. Et c’est dans le cabinet de ce dernier, qu’il recroise la jeune femme. Alors, s’est-il fait un film à leur sujet ? Ou son rêve va-t-il trouver un ancrage dans la réalité ? Deux êtres blessés peuvent-ils, par leur amour, être le ciment de la reconstruction de l’Autre ? Que tente de surmonter Capucine chez ce psy ?

Se reconstruire

J’adore la plume d’Agnès Ledig, la profonde humanité qui se dégage de sa plume, la finesse de l’analyse psychologique de ses personnages. Il était donc hors de question pour moi de manquer sa nouvelle publication aux éditions Flammarion : La toute petite reine.

Comme dans chacun de ses écrits, la romancière parvient, en quelques lignes seulement, à créer une intimité extraordinaire entre ses personnages et le lecteur, à rendre ce dernier soucieux du devenir des êtres d’encre et de papier de l’histoire. A nous prendre par le cœur. Et à nous faire nous poser les bonnes questions.

Dans ce roman, Agnès Ledig s’attache à la reconstruction des êtres. Reconstruction à la suite d’un drame familial, de traumatismes de guerre, d’une enfance douloureuse, rares sont les vies lisses et apaisées de bout en bout. C’est même le propre de la vie d’être une alternance d’épreuves et de joies. Et de nous interroger : peut-on dépasser son passé ou est-on condamné à le reproduire ou à en rester prisonnier, marionnette de nos peurs ? Le bonheur est-il à la portée de tous, si on va le chercher au lieu de l’attendre ? Un roman porteur d’espoir, très juste dans l’analyse, lumineux.

Un roman qui fait du bien comme un bon feu de cheminée au cœur de l’hiver.

Autres chroniques des livres d’Agnès Ledig

Retrouvez en cliquant sur le titre, les autres chroniques que j’ai rédigées sur les précédents livres d’Agnès Ledig. Mea culpa si j’en ai oublié une ou deux.

Informations pratiques

Agnès Ledig : La toute petite reine – éditions Flammarion, octobre 2021 – 357 pages – 21,90€