François-Xavier Dillard : Prendre un enfant par la main

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Gros coup de cœur pour ce thriller magistralement mené, qui vous prend en otage dès les premières pages et fait de vous la victime consentante d’une lecture en apnée. Survivriez-vous à la perte de votre enfant ?

Disparition d’un enfant

Vous aimez la voile ? Si je vous propose une traversée sur un First 50 Bénéteau flambant neuf entre la Corse et le continent, vous embarquez ? Si je vous précise qu’une tempête est annoncée, vous m’accompagnez toujours ?

Quand Marc, sa femme Sarah et leurs deux enfants montent sur le voilier, seul Marc sait qu’une vague de mauvais temps est possible sur leur trajet. Au port de Calvi, l’employé de la Capitainerie lui a fortement déconseillé de prendre la mer. Mais son travail d’avocat l’appelle, il est pressé et prête une oreille peu attentive aux avertissements du corse.

Il aurait pourtant dû l’écouter. Au milieu de nulle part, leur bateau est pris dans une terrible tempête. Leur fille Clémentine, dix ans, disparait, tandis que les trois autres membres de la famille sont miraculeusement rescapés.

Comment faire le deuil de son enfant ? Comment survivre non seulement à la perte de la chair de sa chair, mais à la culpabilité d’avoir entrainé toute sa famille dans une traversée aussi dangereuse ? Chacun tente de combler le vide à sa façon, de garder l’équilibre. Mais quand de nouveaux voisins emménagent près de chez Marc et Sarah, et que leur fille Gabrielle s’avère ressembler furieusement à Clémentine, cumulant de surcroit le même âge et la même date anniversaire que leur fille, ce fragile équilibre se rompt…

Un thriller fascinant

Avec un titre qui évoque autant de tendresse, François-Xavier Dillard s’amuse déjà avec le lecteur. Et ce n’est que le début ! Dès les toutes premières pages, l’auteur vous prend par la main. A peine la lui avez-vous tendue que c’est le bras qu’il vous prend. Puis vous tout entier. Vous n’êtes plus là pour personne, sauf pour ses personnages, glissant vos pas dans les leurs, le cœur battant. Au fil de l’intrigue, vous vous forgez une intime conviction sur le ou la coupable. Et les indices habilement essaimés vous confortent dans votre position. Oui, c’est certainement lui, elle. Et… non ! Par un twist machiavéliquement orchestré, le romancier balaie d’un coup d’un seul toutes vos certitudes et jubile de vous avoir réservé une chute vertigineuse. Jubilation partagée par la lectrice que je suis.

Pas de profusion d’hémoglobine ici, de cadavres en décomposition ou autre scène glauque. Non, François-Xavier Dillard nous prend aux tripes de façon beaucoup plus subtile, en jouant sur nos peurs viscérales : celle de perdre un proche, celle de perdre son enfant. On suit divers personnages comme autant de pièces dont on ignore si elles appartiennent à un seul et unique puzzle. Avec une construction remarquable, une extrême fluidité, un rythme soutenu, les pièces s’emboitent, les liens s’ébauchent. Mais le dessin final du puzzle est impossible à deviner avant la pause de la pièce finale. Un véritable tour de force.

J’ai adoré me laisser embarquer par l’histoire, happée par la tension narrative croissante, par les rebondissements multiples qui jalonnent l’histoire. J’avais hâte de connaitre le dénouement tout en n’ayant pas envie de refermer le livre.

Pour info, l’auteur vient de sortir un nouveau roman aux éditions Plon : L’enfant dormira bientôt.

Informations pratiques

Prendre un enfant par la main, François-Xavier Dillard – éditions Pocket, septembre 2021- 353 pages – 7,60€