Les belles plantes, Alice Moine

les belles plantes

Bipolarité et liens familiaux

A 37 ans, Stella Morte semble une jeune femme épanouie. Sculptrice de renom, elle partage sa vie avec son mari qui la soutient dans son métier.

Mais son équilibre et son épanouissement ne sont qu’apparents. En réalité, Stella se révèle être aussi fragile psychologiquement que les immenses sphères d’argile qu’elle sculpte. Deux coques vides soudées, les deux moitiés qu’elle et sa sœur jumelle Louna formaient, pour ne plus faire qu’une. Une sœur jumelle qu’elle ne voit plus depuis des années, ce qui génère un vide immense en elle, à l’image du vide qui emplit ses sculptures. Une sœur dont elle a non seulement partagé les neuf mois de gestation, mais pour laquelle, au décès accidentel de leur maman tandis qu’elles étaient âgées de 13 ans, elle a joué le rôle mère protectrice. Un décès maternel à l’origine de troubles bipolaires chez Louna. Alors Stella sculpte. Alors Stella boit. Pour fuir. Pour oublier.

Mais son passé lui fait soudain face : un sans-papiers avec un bébé dans les bras frappe à sa porte. Il se présente comme le mari de Louna. Et le bébé dans ses bras est leur fils. Seulement voilà, Louna a disparu, alors qu’ils devaient régulariser sa situation et lui obtenir un permis de séjour. Sans ce permis et avec une mère déficiente, grand est le risque que les services sociaux ne placent l’enfant. Louna, maniaco-dépressive, alterne entre désespoir abyssal et euphorie. Une instabilité entretenue par une prise très aléatoire de son traitement. Si elle est coutumière des fugues, cette fois le temps presse.

Sans hésiter, Stella abandonne tout pour partir à sa recherche.

Quête sororale et quête de soi

J’avais plébiscité Les fluides, précédent roman d’Alice Moine, dont vous pouvez retrouver la chronique ICI. Il me tardait donc de découvrir un nouvel opus de sa plume. C’est aux éditions Plon qu’est paru son nouveau roman : Les belles plantes.

Partir à la recherche de sa sœur en retournant sur les lieux qui ont jalonné leur enfance, se révèle être ici une double quête : celle de sa jumelle certes, mais aussi la sienne. Car la vie de Stella est davantage une fuite en avant qu’un accomplissement. Elle exorcise son mal-être dans ses sculptures, suit les conseils (injonctions) artistiques de son mari même si ses désirs sont autres. En allant chercher Louna, c’est aussi et surtout elle-même qu’elle va rencontrer. En se libérant du poids des secrets de famille et de la colère refoulée. En allant à la recherche de ses besoins essentiels, de ses désirs profonds. Pour pouvoir enfin dépasser son passé.

Un roman très subtil dans l’analyse psychologique des personnages. Une histoire gémellaire d’une grande sensibilité.

Informations pratiques

Les belles plantes, Alice Moine – éditions Plon, octobre 2021 – 18€- 245 pages