Solène Bakowski : Il faut beaucoup aimer les gens

Il faut beaucoup aimer les gens Bakowski

Un roman d’une grande humanité, sur les liens invisibles qui relient les êtres, sur le hasard des rencontres qui n’en est pas un. Touchant, addictif, lumineux.

Réparer les vivants

En 2000, alors âgé de 11 ans, Eddy tombe sur le cadavre d’une SDF dans la rue. En attendant les secours, agenouillé près du corps, il se saisit des effets personnels de la défunte, un porte-monnaie et des Photomaton, sans trop savoir pourquoi. Puis il cache son coupable butin derrière une plainte, dans l’appartement de son père.

Vingt ans plus tard, au décès de son père, il vide l’appartement de ce dernier et se souvient de la cachette de son enfance. Il récupère, honteux, les objets de la SDF. Et se promet alors de reconstituer le puzzle de la vie de cette inconnue enterrée sous X, de lui rendre l’histoire qui lui a été confisquée. Pour cela il dispose de peu d’éléments : des photos de la défunte avec une adolescente au dos desquelles est inscrit « Vagalome 1996 ».

Pendant ce temps, comme chaque nuit depuis des années, sous le surnom de Luciole, une femme console les âmes en peine dans son émission de radio. Une émission qu’Eddy a découverte lors de son séjour en prison. Une voix de velours, porteuse d’espoir, qui l’a soutenu. Et qu’il continue de suivre à présent qu’il s’est réinséré comme veilleur de nuit.

L’heure est venue de réparer, d’aller vers la lumière. Muni d’un magnétophone antédiluvien pour enregistrer tous les témoignages, Eddy recherche alors les personnes qui, de près ou de loin, auraient pu croiser l’inconnue.

Un roman lumineux

Avec Il faut beaucoup aimer les gens, paru aux éditions Plon en ce mois de mai, Solène Bakowski nous offre un roman lumineux, d’une grande humanité. Elle sait donner tant de chair à ses personnages, tant de densité, elle sait les rendre tellement vivants, qu’ils crèvent les pages. Impossible de lâcher le roman, de ne pas être happé et ému par le sort de ces êtres cabossés par la vie, qui, bien que dénués de tout, ont un jour tendu la main à l’autre. Eddy, homme solitaire, se métamorphose au cours de l’enquête, se surprend à oser aller vers les autres, à tisser des liens là où seul l’écho de la solitude jusqu’alors lui répondait. En voulant retracer la vie de la défunte, c’est à la vie qu’il nait lui-même vraiment. En donnant vie à cette inconnue au fil des renseignements qu’il glane sur elle, il redonne des couleurs à la vie des témoins.

C’est tendre, émouvant, lumineux. Un roman qui fait du bien, qui réchauffe comme la caresse du soleil sur le visage.

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Informations pratiques

Solène Bakowski : Il faut beaucoup aimer les gens- éditions Plon, mai 2022 – 365 pages – 18€