Rentrée littéraire : Trois sœurs, Laura Poggioli

Trois soeurs Laura

Un livre édifiant sur le fléau de la violence domestique en Russie. Ou quand le fait divers relatif à trois sœurs ayant assassiné leur père maltraitant, fait écho à la propre expérience de l’auteure avec son ex petit ami russe. Glaçant.

Le fléau de la violence domestique en Russie

Elles s’appellent Krestina, Angelina et Maria. Trois sœurs respectivement âgées de 19, 18 et 17 ans défraient la chronique en Russie en juillet 2018, quand elles sont retrouvées assises près du cadavre de leur père. Elles attendent la police, sans résistance, après avoir assassiné ce dernier. Leur père ? Un être extrêmement violent, qui a expulsé sa femme du domicile trois ans plus tôt, après que ses plaintes pour violences conjugales et ses menaces de mort soient restées sans suite. Et il ne s’est pas arrêté à sa femme. Ses trois filles sont ses souffre-douleurs, subissent des coups, des humiliations et des viols de la part de cet homme tout-puissant face à la justice russe. Un proverbe russe ne dit-il pas :  « S’il te bat, c’est qu’il t’aime » ?  Dans pareil état d’esprit, les violences intrafamiliales sont perçues comme relevant de l’intimité du foyer et de cette intimité seule. Beaucoup de russes fustigent en effet le fait d’oser dénoncer cette violence intrafamiliale à la police, l’assimilant à ce mouvement #MeToo observé à l’ouest. Une forme de « faillite de l’autorité morale », selon eux. Une remise en cause de l’autorité patriarcale et autoritaire.

Et tandis que l’auteure se renseigne sur ce fait divers, lui reviennent à l’esprit les violences dont elle-même a été victime tandis qu’elle étudiait en Russie, de la part de son petit ami russe de l’époque, Mitia. Des violences qu’elle avait alors dédramatisées, s’accablant de les avoir peut-être suscitées par son attitude, sans jamais remettre le comportement de son petit ami en question.

Un livre édifiant, bouleversant, essentiel

Avec Trois sœurs, qui parait aux éditions de l’Iconoclaste en cette rentrée littéraire, Laura Poggioli mêle avec beaucoup de finesse sa propre histoire à celle du fait divers des sœurs Khatchatourian et, plus largement, à celle de la violence domestique en Russie. Ou quand l’intime a vocation à raconter l’universel. Des histoires qui se font écho, se répondent, s’inscrivent dans un pays, où depuis 2017, les violences domestiques ont été dépénalisées. En effet, les députés russes ont lourdement martelé que les violences domestiques devaient rester une affaire familiale et donc privée. Et se régler en famille. Une femme battue y est considérée comme soit une mauvaise épouse, soit une mauvaise mère. Elle n’est donc censée s’en prendre qu’à elle-même et n’a pas à recevoir de soutien extérieur. Pire encore : depuis début 2021, les victimes d’abus sexuels risquent jusqu’à 5 ans de prison si elles dénoncent ces abus publiquement. C’est la double peine.

C’est un livre édifiant, nécessaire, à l’heure où une femme sur quatre subit les violences de son mari en Russie. Une livre qui informe, ouvre le regard sur une réalité niée et tue. Un livre glaçant.

Informations pratiques

Trois sœurs, Laura Poggioli-rentrée littéraire – Editions de l’Iconoclaste, août 2022- 270 pages – 20€

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