Pleurer des rivières, Alain Jaspard

Pleurer des rivières

Jusqu’où le désir inassouvi d’enfant peut-il conduire ? Enfreindre la loi peut se révéler fatal. Un roman d’une grande humanité aux personnages impossibles à oublier.

Devenir mère

Franck et sa femme Meriem ont déjà sept enfants. Gitans, ils vivent sur une aire de gens du voyage à Argenteuil. Tous serrés dans leur caravane, ils apprécient cependant leur vie en communauté, dans laquelle l’entraide, la solidarité et la fidélité sont des valeurs inaliénables. Aussi, quand Sammy, un pote gitan de Franck, lui demande un service, et bien que ce service le fasse verser dans l’illégalité, ce dernier n’hésite pas longtemps. Il va prêter son camion à son ami pour voler des câbles en cuivre sur un lieu de tournage. Cela change Franck de ses activités de ferraillerie habituelles, lui qui est toujours si scrupuleux avec la loi. Mais c’est pour Sammy, alors… Hélas, le vol tourne mal et les deux amis se retrouvent au poste de police. Voilà qui tombe doublement mal pour Franck qui apprend à cette occasion que sa femme attend un huitième enfant, donc qu’il y aura une bouche de plus à nourrir, alors que lui-même risque la prison.

Julien est un brillant avocat, en couple avec Séverine. C’est lui qui est commis d’office pour défendre Franck et Sammy. Mais ce qu’il ignore, c’est que bientôt, c’est lui qui se retrouvera sur le banc des accusés. Sa femme et Meriem ayant en effet conclu un marché illicite

Trafic d’enfant

Avec Pleurer des rivières, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson en cette rentrée littéraire, Alain Jaspard nous offre un roman d’une grande humanité. Avec une plume très vive, un langage très direct, une grande finesse dans l’analyse psychologique des personnages, il envoie balader les clichés et nous interroge. Les gens du voyage ne sont pas des voyous infréquentables et les avocats ne sont pas tous dans le droit chemin. Pas de vision manichéenne de la société ici, avec d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Non, avec une sensibilité vibrante, Alain Jaspard nous montre que personne n’est à l’abri de verser dans l’illégalité, quand le cœur prend le pas sur la raison, quand le manque d’enfant est si déchirant, que l’on est prêt à tout. Y compris à commettre un délit. Face à ce délit, il nous interroge : la loi doit-elle être appliquée stricto sensu, ou doit-on faire preuve d’un minimum d’humanité, d’empathie ? Quand on fait le bien, où est le mal ? Le lecteur se retrouve alors dans la position d’un juré et se demande ce qu’il aurait décidé dans pareil cas. Les certitudes premières s’effondrent à la lumière du désespoir des mères (biologique et adoptive), de la sincérité de leur démarche et de l’intérêt de l’enfant.

Un roman d’une déchirante beauté, aux personnages indiciblement attachants. Un très bel appel à la tolérance et à l’indulgence.

Ce roman est actuellement adapté au cinéma par Léopold Legrand, sous le titre Le sixième enfant, avec Sara Giraudeau, Benjamin Lavernhe et Judith Semla.

Informations pratiques

Pleurer des rivières, Alain Jaspard- Editions Héloïse d’Ormesson, septembre 2022 – 17€-208 pages

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