Rencontre avec Théodore Bourdeau : « je suis né heureux et après tout s’est compliqué. »

Théodore Bourdeau est journaliste. Après avoir travaillé au « Petit Journal », il est aujourd’hui producteur éditorial de l’émission « Quotidien » diffusée sur TMC. Les éditions Stock publient son premier roman, Les petits garçons, dans la nouvelle collection dirigée par Caroline Laurent, la collection Arpège. Rencontre avec l’auteur.

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Journalisme et littérature, deux métiers de l’écrit

Si j’écris un peu tout le temps car en tant que journaliste, c’est la base de mon métier, en revanche écrire un roman n’était pas du tout évident. C’était même hyper intimidant, impressionnant car je fais partie de ces gens qui pensent que la littérature c’est quelque chose d’important, de sacré. Et donc écrire un livre, c’est une responsabilité. J’ai beaucoup hésité, je ne me sentais pas prêt.

Quel a été le déclic pour vous lancer dans un roman ?

Je ne me suis pas senti prêt pendant très longtemps et puis un jour, il y a une lecture qui a agi comme un déclic. C’est un passage dans les journaux que tenait un auteur qui est décédé il n’y a pas très longtemps Maurice Dantec. Il y a un volume qui s’appelle Le laboratoire des catastrophes générales, c’est sa vie, ses lectures. Il raconte ses retrouvailles avec son ami d’enfance, l’ami avec lequel il partageait à l’école son amour de la lecture, de la littérature. Ils se retrouvent 25 ans plus tard et l’ami en question fond en larmes : cet ami raconte son regret, sa peine de n’avoir jamais écrit de livre. En lisant ce passage, j’ai vu une espèce de projection cauchemardesque de moi-même en n’écrivant pas et je me suis dit : « Bon maintenant il faut t’y mettre, essaye on verra bien, mais il est hors de question que tu ressentes les mêmes regrets que ce personnage. »

Quels sont les thèmes du roman, Les petits garçons ?

Le premier thème qui est venu, c’est l’enfance. Tout de suite je me suis dit que j’allais écrire à partir de l’enfance, de souvenirs d’enfance. Je suis un jeune père, c’est un sujet qui a tendance à me travailler. J’ai une petite fille et quand j’ai commencé à écrire il y a deux ans, elle avait deux ans. Je la regardais et je me disais : ce petit être merveilleux de pureté, face à moi être corrompu par le monde. Je me suis demandé : qu’est-ce qui lui restera de son enfance quand tu seras une femme ? Qu’est-ce qu’il nous reste de notre enfance quand on devient des adultes ? Ça a été la première question. Et ensuite, en réfléchissant pour commencer à écrire, m’est venu ce souvenir d’enfance : je suis né heureux et après tout s’est compliqué. C’est devenu la première phrase du roman, c’est ça qui m’a permis de commencer à tirer le fil.

C’est aussi un livre sur l’amitié, sur les amitiés de l’enfance

J’ai toujours été fasciné par les amitiés d’enfance. Qu’ont-elles d’absolument magique ? Qu’est ce qui fait qu’on s’unit, quand on est des petites filles ou des petits garçons, qu’est-ce qui fait que ces amitiés-là résistent autant aux épreuves ?

Vous avez deux personnages très différents, opposés même

J’avais envie de travailler avec deux personnages très différents et là pour le coup, ils le sont radicalement. Le narrateur est un looser, battu par les vents, il ne fait jamais vraiment les bons choix, il hésite, il tombe amoureux tout le temps. Au contraire, l’autre personnage est très brillant, réussit tout, réussit vite, est absolument génial, ce qui rend le narrateur absolument fasciné par son ami. Qu’est-ce qui fait que ces deux personnages hyper différents soient liés, soient si proches qu’ils savent de l’autre des choses que les autres ne savent pas ? Qu’est-ce qui explique ce lien qui va résister aux épreuves ?

Vous le découvrirez en lisant Les petits garçons !

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Rencontre avec Jean Teulé : « J’ai besoin d’aimer mes personnages pour pouvoir écrire sur eux »

Les éditions Pocket ont organisé une très belle rencontre avec leur auteur Jean Teulé, à l’occasion de la parution en poche de son roman : Entrez dans la danse. Retrouvailles avec l’auteur dans le magnifique cadre du restaurant GrandCoeur dans le marais à Paris.

Entrez dans la danse sort aux éditions Pocket en ce mois de février 2019. Je voulais savoir, quand les lecteurs viennent à vous avec des livres plus anciens, des livres parus en poche depuis, comment vous regardez vos livres plus anciens, quels souvenirs ils ont en vous ?

C’est assez étrange et en plus j’ai une particularité que je n’aime pas beaucoup, c’est que les livres les plus anciens, ceux qui n’ont pas marché, eh bien je ne les aime pas.

Heureusement que ce ne sont pas des enfants !

(Rires). C’est exactement ce que je me dis, comme si j’avais eu une flopée d’enfants et que je n’aimais pas ceux qui n’ont pas réussi. C’est un peu comme s’ils n’avaient pas fait leur travail. Sinon c’est très agréable de rencontrer des gens, car quand comme moi on écrit des journées entières, on peut passer des jours, des semaines entières sans voir personne, sans parler à personne. Rencontrer des gens, pouvoir mettre des visages sur ceux qui vous lisent, c’est vraiment plaisant et c’est une chance.

Il y a aussi une particularité chez vous, c’est que le titre et la couverture du roman comptent énormément dans l’écriture. Ce sont même eux qui président à l’écriture.

Oui, en effet je ne peux pas écrire un roman si je n’ai pas le titre et si je n’ai pas la couverture. C’est le graphiste du Louvre qui fait les couvertures et quand la couverture est faite, je l’imprime et la mets devant mon bureau. Puis, j’écris avec la couverture du livre sous les yeux.

La période d’écriture est une période particulièrement solitaire. Vous écrivez je crois dans un bureau relativement sobre et dépouillé.

Oui c’est drôle car c’est un bureau très cheap, que j’avais fait quand les premiers livres ne marchaient pas beaucoup et donc j’avais acheté une sorte de commode avec des étagères d’occasion. Et de livre en livre, maintenant que ça marche vraiment bien, je me dis mais vraiment, tu pourrais balancer ce mobilier un peu pourri pour en acheter du neuf et plus classe. Mais je ne le fais pas parce que je me dis que ça va me donner la poisse.

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Quel rapport entretenez-vous avec vos personnages, réels ou fictifs ?

J’ai besoin d’aimer mes personnages pour pouvoir écrire sur eux. Par exemple j’ai fait un roman à propos de Rimbaud, à propos de Verlaine, à propos de Villon, et souvent les gens m’ont dit : « Mais pourquoi pas sur Baudelaire ? » Parce que je ne peux pas saquer le mec, il a toujours vécu aux dépens de tout le monde, il a dit tellement de conneries sur les femmes, qu’il me gonfle. Et je ne peux donc pas écrire un livre sur quelqu’un qui me gonfle.

Quand il ne s’agit pas de personnages historiques mais de personnages fictifs, est-ce plus compliqué de les inventer ?

Depuis Le magasin des suicides, je n’avais pas fait de fiction et le prochain roman à paraître en mars sera lui aussi une pure fiction. Je me disais que comme dans Le magasin des suicides le héros est un petit garçon qui s’appelait Alan, j’aimerais bien trouver un personnage qui soit une petite fille du même âge qu’Alan, mais il me fallait trouver une particularité pour cette petite fille. Sur le coup, je n’ai pas eu d’idée et j’ai laissé le temps passer. Puis un jour, alors que j’étais en dédicace en province et que je devais prendre mon train de retour à 18h30, le libraire m’a demandé si je pouvais rester un peu plus longtemps car il y avait encore plein de gens qui attendaient dans la librairie.  J’ai donc pris le train suivant de 20 heures. Une fois dans le train, assez vite je suis contrôlé. Je tends mon billet, on me le rend et le contrôleur poursuit ses vérifications des billets. Et tout à coup je pense au voyage que je devais faire le lendemain et je rappelle le contrôleur pour lui demander des renseignements. Il revient vers moi, je lui demande les renseignements, et avant de me répondre, il me regarde et me redemande mon billet. Je ne comprends pas car il l’avait déjà vérifié et là il constate que je n’ai pas pris le train de 18h30 mais de 20 heures et décide de me mettre une amende. J’ai donc été obligé de payer. Et là je ne sais pas ce qui m’a pris, mais au moment où le contrôleur allait repartir je lui ai dit : « Monsieur regardez-moi bien, écoutez bien ce que je vais vous dire : je vous souhaite un grand malheur très vite et si jamais il se produit, alors au moment où cela se réalise rappelez-vous de moi. » J’ai senti que ça l’avait touché le mec ! Et là je me suis dit : « Mais c’est ça la petite que je cherche, cette petite de 12 ans qui aurait le pouvoir quand elle souhaiterait du mal à quelqu’un que cela se réalise! Il faudra faire attention à elle et tout de suite je me suis dit gare à elle. Gare à elle comme on dit gare au loup et donc elle s’appellera Lou et le titre du roman sera Gare à Lou. » . Et voilà, c’est comme ça que naissent les idées de mes romans. Plusieurs de mes romans sont comme ça nés dans des trains.

Donc rendez-vous en mars pour le nouveau roman de Jean Teulé Gare à Lou, mais d’ores et déjà, rendez-vous en librairie pour la parution aux éditions Pocket de Entrez dans la danse!

 

Rencontre avec Laurence Tardieu : « Ce bonheur que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, je pense et j’espère qu’on le ressent, que les lecteurs le ressentent »

Le 2 janvier dernier, les éditions Stock ont publié, dans la collection La bleue, le nouveau roman de Laurence Tardieu, Nous aurons été vivants.  Un roman qui est un hymne à la vie. Laurence Tardieu nous en parle avec émotion. 

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Comment s’est effectuée la genèse de ce roman ?

C’est un roman que j’ai pris un plaisir fou à écrire. Avec la fiction, j’ai retrouvé le bonheur de réinventer un monde dans lequel j’essaye de donner vie à des personnages, à travers leur bataille dans la vie d’explorer mes obsessions.

Quelle est le thème de ce livre, cette obsession ?

Dans ce roman j’ai trouvé le cadre dans lequel j’étais très libre pour explorer les thèmes qui me sont chers, notamment le thème du temps. J’avais très envie d’exprimer ce qu’est le temps dans une vie, à quel point nos vies sont terriblement brèves et en même temps, avec des instants d’éternité. C’est vraiment ce qui a déclenché le désir profond du livre.

Pouvez-vous nous présenter « Nous aurons été vivants » ?

Toute l’action du texte se déroule sur une journée particulière d’avril 2017 et tout commence sur une apparition dont on ne saura pas tout au long du livre si elle est réelle ou fantasmée. J’ai tenu à cette incertitude, car elle est juste pour exprimer ce qui peut se passer dans une vie, à savoir que rien n’est certain. On continue d’avancer avec des doutes qui pourtant provoquent des basculements importants. C’est exactement ce qui se passe avec cette apparition, c’est à dire quand Hannah un matin d’avril 2017, croit reconnaître sur le trottoir d’en face sa fille Lorette disparue il y a sept ans, alors qu’elle était âgée de 19 ans.

Une apparition qui la soulage ?

Quand elle croit l’apercevoir à quelques mètres d’elle, c’est à la fois un bonheur immense et un effroi. En effet, depuis sept ans elle s’est barricadée dans une forteresse intérieure pour échapper au chagrin, à la culpabilité, à l’incompréhension du départ de sa fille. Elle a voulu oublier. Elle a voulu oublier le passé, l’enfance de Lorette, sa vie avec le père de l’enfant, son passé de peintre. En quelques secondes, cette vision fracasse le fragile édifice qu’elle avait tenté de bâtir et elle se retrouve complètement désarmée. Deux bus passent à ce moment-là et quand ils repartent, Laurette ou celle qui lui ressemblait n’est plus là. Le livre commence ainsi.

C’est aussi un roman sur les moments de bascule dans la vie, ces moments où en une fraction de seconde, la vie bifurque…

Oui, la première partie ce n’est pas seulement Hannah, c’est aussi d’autres personnages qui ont tous un lien avec Anna et qui, ce matin-là, voient tous leur vie basculer. Il s’agit de Simon, le frère d’Hannah, qui est cancérologue et doit ce matin-là annoncer à une patiente condamnée, que sa tumeur a disparu. Il doit annoncer la vie et non la mort et se retrouve complètement désarmé. Il y a également Lydie, qui est la grande amie d’Hannah et qui réalise brutalement qu’elle n’a plus aucun désir pour son travail de publiciste, qui a tellement changé depuis ses débuts dans la profession. Ce matin-là, elle ne veut pas aller à son travail, car ça n’a plus de sens. Et au même moment, sans le savoir, son compagnon, prénommé Paul, revoit dans un café une femme à laquelle il a donné des cours de musique il y a plus de 30 ans. Une rencontre qui va provoquer des changements très grands dans la vie de Paul. Cette première partie, ce sont ces moments de basculement dans l’existence fragile de ces gens, fragile comme l’est toute existence.

Dans la seconde partie, on fait un bond en arrière

Je tiens beaucoup à la composition du texte. Dans la deuxième partie on revient 30 ans plutôt. La nuit de la chute du mur de Berlin en 1989. On remonte dans le temps par épisodes successifs, car j’avais très envie de montrer ce qu’est une vie, car une vie n’est pas un film que l’on déroule comme cela de manière linéaire, ni un parcours qu’on construit. On y retrouve Hannah, passionnée par son métier de peintre, d’artiste, car comme vous le savez la création est un sujet qui m’est cher. J’ai la chance de faire ce métier d’écrire depuis très longtemps et je suis absolument bouleversée, de plus en plus, par ce que c’est de mettre au monde des personnages, des vies, de faire naître un livre qui, auparavant, n’existait pas. J’avais envie d’explorer ce que peut être la création à travers ce métier de peintre.

La vie d’Hannah se construit avec en parallèle, la construction de l’Europe

De la même manière que la vie d’Hannah petit à petit est traversée par des fêlures, des ruptures, j’avais envie de montrer que cette vie était inscrite en France mais aussi en Europe. J’avais très envie de parler de ce rêve de l’Europe qu’on a eu le 9 novembre 1989, nuit d’un espoir fou, celui de l’unité, et de montrer de façon assez légère, comment petit à petit on est arrivé à l’Europe que nous connaissons aujourd’hui, qui est fracassée, disloquée, avec des murs en son sein.

Ce roman est avant tout un hymne à la vie

La troisième partie, je ne vous la dévoilerai pas car j’espère que vous aurez très envie de lire mon livre et de la découvrir par vous-même. Ce bonheur que j’ai éprouvé en écrivant ce livre, je pense et j’espère qu’on le ressent, que les lecteurs le ressentent notamment à travers la troisième partie où Hannah retrouve la joie de se sentir vivante en dépit de tout ce qui s’est passé et retrouve l’unité de la vie.

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Rencontre avec Caroline Laurent, éditrice, pour le lancement de la nouvelle collection Arpège des éditions Stock : « Je cherche une voix »

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Ce samedi 12 janvier, les éditions Stock présentaient leur nouvelle collection, la collection Arpège, en présence de l’éditrice Caroline Laurent et de trois des auteurs d’Arpège : Théodore Bourdeau, Caroline Caugant et Agathe Ruga. Rendez-vous pris dans une toute nouvelle et spacieuse librairie, la Librairie Ici, sur les grands boulevards.

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                                                Caroline Laurent et Caroline Caugant
  • Pourquoi avoir nommé cette nouvelle collection « Arpège » ? Quelle définition pourriez-vous donner de cette nouvelle collection ?

Caroline Laurent : Une autre de mes obsessions en plus de la littérature, c’est la musique. Et un arpège en musique, c’est une succession de notes différentes, qui forment un accord. Et c’est exactement le projet de cette collection, c’est d’ouvrir le champ de la littérature à des genres variés, roman familial, roman d’apprentissage, roman noir, roman à caractère autobiographique, mais avec une volonté majeure, un accord majeur qui est celui du romanesque. Il s’agit de donner la parole à des auteurs qui sont de véritables conteurs, qui sont capables de créer un univers, de nous entraîner à l’intérieur de cet univers, de bâtir des personnages, de conduire une intrigue et d’avoir une profondeur dans la réflexion et dans les thèmes abordés. Voilà pour la définition générale.

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                       Caroline Caugant, Théodore Bourdeau et Agathe Ruga
  • Quelle est la place de la création aujourd’hui ? 

Caroline Laurent : La création aujourd’hui, elle est vitale. On est dans une période un peu complexe, chahutée et c’est le moment où finalement on a deux chemins qui s’offrent à nous : soit on se replie sur soi, soit on décide de faire les choses. Vous avez compris de quel côté je me trouvais ! Et c’est assez symbolique je trouve, de présenter cette nouvelle collection dans une nouvelle librairie qui montre quand même la vitalité de la culture en France.

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                                               Théodore Bourdeau, auteur du roman Les petits garçons
  • Combien de titres seront rassemblés dans cette collection ?

Caroline LaurentCette collection accueillera une petite dizaine de livres par an. Sur l’année 2019 ce sera à peu près sept à huit livres. L’idée est de porter cette vocation romanesque mais aussi d’assumer qui je suis en tant qu’éditrice, donc d’aller vers des auteurs, vers des voix et vers des thèmes qui me hantent : l’enfant, la mémoire et l’oubli, la filiation au sens large et ses possibles déclinaisons. Avec ces thèmes il y a des décors : soit celui de la nature, soit celui de notre société contemporaine car c’est souvent le romancier qui nous permet d’appréhender au mieux notre monde, notre époque avec ses contradictions et ses ambiguïtés.

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                                               Caroline Caugant, auteur du roman Les heures solaires
  • Que cherchez-vous en lisant un texte ?

Caroline Laurent : Je cherche une voix. La voix, c’est la capacité à être dans une forme de sincérité, c’est un mot qui compte beaucoup pour moi, une forme de mise à nu. C’est aussi le sentiment qu’il y a vraiment quelqu’un qui tient la plume et qui va venir là vous chercher, vous accrocher et qui après est capable de bâtir un monde.

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                                             Agathe Ruga, auteur du roman à paraître en mars Sous le soleil de tes cheveux blonds

Rencontre avec Émilie Frèche pour son roman Vivre ensemble : « La fraternité n’est pas quelque chose de naturel, il faut la construire à chaque instant »

En cette rentrée littéraire, Emilie Frèche nous offre une réflexion très intéressante sur le « vivre ensemble ». Réalité ou utopie? Point de départ ou objectif de vie? Rencontre avec l’auteur.

  • Quel est le projet de ce livre?

On entend parler de vivre ensemble partout. Il me semblait quon avait à faire une escroquerie linguistique par le fait de lavoir substantivée, parce que c’était un projet quon voulait nous vendre, alors quil me semblait plutôt que c’était un point de départ de vivre ensemble. Et donc vraiment le projet de ce livre, cest de rendre une réalité à ces deux mots. Jai fait quelques recherches et je me suis rendu compte que cette escroquerie-là, cela faisait un moment quon nous la vend. Alors, outre le fait que cest le titre que donne Roland Barthes à un de ses cours au Collège de France en 1977, et qu’il nous dit tout de suite que cest impossible de vivre ensemble, il ny a que les bancs de poissons qui arrivent à vivre ensemble, je me suis rendu compte que ces deux mots apparaissaient dans la vie politique française à un moment très particulier, un moment de basculement, cest en 1983 à Dreux. Cest la première fois que la droite républicaine sallie au Front National et la candidate socialiste en face nomme sa liste Vivre ensemble. Jai eu envie dexplorer ce que voulait réellement dire ces deux mots en les explorant sur le champ de lintime qui est le champ par excellence du roman.

  • Il s’agit d’un couple qui forme une famille recomposée

Cest dans lhistoire de Déborah et Pierre qui nous ressemblent à tous, qui sont des miraculés du terrorisme, qui réchappent de justesse aux attentats des terrasses en novembre 2015, que se déroule le roman. Dans une sorte d’état durgence émotionnel, ils décident de vivre ensemble. Mais pour eux ce nest pas seulement une déclaration dintention comme pour les politiques, cest une réalité concrète, parce quils vont prendre un appartement tous les deux. Ils ont chacun un fils et cest le début du cauchemar, parce que ces enfants ne se sont pas choisis, n’ont pas choisi leurs deux parents. Et jen suis très vite arrivée à la conclusion que vivre ensemble c’était partager un territoire, partager une salle de bain, partager une famille. Et jai choisi de mettre en scène lenfant de Pierre,qui est le résultat dun couple qui na jamais réussi à vivre ensemble puisque c’est un enfant qui na pas été désiré et qui a une différence.

  • Il est beaucoup question d’altérité

On parle beaucoup de laltérité et moi javais envie de prendre un personnage qui est un peu particulier : le fils de Pierre a un QI de 150 donc il est extrêmement intelligent mais extrêmement inadapté et très vite Déborah, sa belle-mère, va vivre avec la peur. Jaimais beaucoup transposer dans le champ de lintime, la peur de lautre. Déborah a cette insécurité permanente dans son foyer, et finalement, on ne sait pas trop si cest le choc des attentats qui a créé ça chez elle et l’a rendue parano ou si c’est cet enfant qui a réellement un problème. Elle a à chaque instant de sa vie dans lintime la peur que ça explose.

  • On sait que ce gamin est porteur de violence car à chaque fois quil est le témoin de la violence du monde , il est incapable de canaliser ses émotions. Tout prend des proportions phénoménales de chagrin, de colère et faute de canaliser ses émotions il déverse sa violence sur Deborah.

Cest le propre de la précocité, ce sont des enfants qui sont extrêmement sensibles et qui sont finalement inadaptés. Salomon dont les parents nont jamais vécu ensemble, qui na pas été désiré, est porteur de cette histoire. Javais très envie de revisiter le mythe dAbel et Caïn, car on a trop tendance à oublier que lhistoire qui fonde notre civilisation, la première fraternité, est un fratricide. La fraternité nest pas quelque chose de naturel, pas du tout il faut la construire à chaque instant. Cest ce quil mintéresse dexplorer dans le champ de lintime.

  • Pierre a du mal à gérer les problèmes avec son fils, à contrario il sinvestit beaucoup et se bat pour aider les réfugies de Calais, ceux qui sont mis à l écart de la société

Pierre a passé 20 ans de sa vie en tant quavocat spécialisé dans le droit de la famille et donc 20 ans à gérer comment on vit ensemble quand on n’est plus ensemble… Et quand on a des enfants, on continue forcément à avoir un lien avec le conjoint précédent et donc il intervient dans la vie des gens aux moments les pires. Ces attentats nous ont tous bousculés et lui était au premier rang de ce carnage et a besoin de sengager pour sauver le monde à défaut de sauver sa propre famille. Je crois que cest un échappatoire, que quand on sengage, on se répare beaucoup plus soi-même quon ne répare les autres. Et donc il abandonne sa compagne parce quil est incapable de vivre avec une femme tout comme il était incapable de vivre avec sa précédente compagne non plus. Donc cest toute lambiguïté de ce personnage qui va essayer de sauver les autres et qui narrive pas à se sauver lui-même.

  • Le livre est très tendu, en essayant de résoudre le problème de la violence intime, vos personnages s’interrogent sur la violence extérieure. Il y a un aller -retour permanent entre intime et vie extérieure.

Jespère que le livre est très tendu en effet. Je vais envie que dans la couleur de ce roman, la musique,  ce soit un peu comme un thriller psychologique, quelque chose quon ne peut pas arrêter. Oui, je crois quil ny a pas de frontières entre lintime et politique, il y a une conversation permanente entre les deux et évidemment que cette famille-là au cœur de Paris en 2015, 2016, 2017 est une éponge de tout ce qui se passe dans le monde. Et elle fait comme elle peut.

Retrouvez en cliquant sur ce lien la chronique que j’avais consacrée à ce roman : Chronique de Vivre ensemble

Rencontre avec Marianne Power, auteur de Help me! aux éditions Stock : « Pour être heureux, rien ne sert de vouloir combler tous nos désirs, il suffit de voir combien tout ce que l’on a déjà participe à notre bonheur. »

Marianne Power était à Paris pour présenter son livre Help me!, dans lequel elle relate son expérience incroyable : mettre en application les préceptes de 12 livres de développement personnel pendant 12 mois. Rencontre avec une femme charmante, pétillante et pleine d’humour, à l’image de son livre.

 

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Pourquoi avez-vous choisi d’écrire ce livre Help me! ?

J’avais 35 ans et j’étais assez malheureuse dans ma vie, célibataire, avec des dettes, lisant beaucoup de livres de développement personnel. Un jour, j’ai réalisé que je me contentais de lire ces livres mais que je n’appliquais jamais aucun de leurs conseils. Tout à coup, je me suis dit : « Cette fois-ci, je vais le faire! » J’ai décidé pendant un an de suivre les conseils à la lettre de 12 livres de développement personnel, à raison d’un livre par mois.

Quel était votre objectif?

L’idée était que si je suivais tous les conseils des livres de développement personnel pendant un an, alors au terme de cette année je serais parfaite! 🙂

Au cours de cette année quel a été votre livre de développement personnel préféré?

Rien à foutre, l’ultime voie spirituelle de John C. Parkin. Ainsi que Le pouvoir du moment présent de Eckhart Tolle.

Est-ce que, à posteriori, certains des challenges que vous avez relevés vous font honte ?

Non, je ne ressens pas de sentiment de honte. Quand j’ai réussi à relever certains challenges comme draguer un homme dans le métro de Londres et même si c’était très embarrassant je me suis dit « Yes, je l’ai fait! J’ai réussi ! Donc je ne regrette rien, même si cela fut parfois très gênant . Et je suis allé tellement loin dans ces défis, qu’aujourd’hui je suis beaucoup moins gênée au quotidien pour oser faire des petites choses.

Quels sont les deux défis relevés dont vous êtes la plus fière?

Le stand-up, car ce style de comédie n’est pas du tout ma tasse de thé et c’était hyper effrayant pour moi. Pourtant je l’ai fait et les gens ont apprécié mon spectacle. Le deuxième défi est celui qui a consisté à draguer un homme qui me plaisait dans un café à Londres. Cela m’a pris quatre heures d’oser l’aborder, mais je l’ai fait! D’ailleurs nous sommes toujours en contact.

Quelle est la plus grande leçon que vous avez tirée de cette expérience ?

Au départ, je pensais qu’il avait quelque chose qui n’allait pas avec moi, que j’avais un problème. Or je me suis rendu compte que ce n’était pas vrai du tout. Je pensais qu’en faisant un travail sur moi-même, qu’en faisant beaucoup d’efforts, j’allais me débarrasser de tous mes défauts, devenir parfaite. Or j’ai réalisé que personne n’est parfait et qu’il est vain de vouloir le devenir.

Pensez-vous au final que ces livres de développement personnel vous ont été utiles?

Pour moi ces livres ont été utiles dans le sens où il faut parfois se frapper beaucoup la tête contre un mur pour admettre les choses, pour comprendre qu’on est bien tel que l’on est. A chaque nouveau livre, mes attentes envers la vie ont monté d’un cran, je ne voulais pas juste une vie heureuse, je voulais une vie exceptionnelle! Or j’ai compris au bout de cette année d’efforts, que pour être heureux rien ne sert de vouloir combler tous nos désirs, il suffit de voir combien tout ce que l’on a déjà participe à notre bonheur.

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Rencontre avec Adeline Dieudonné pour son roman La vraie vie : « L’humour vient comme une expression du désespoir »

Adeline Dieudonné rencontre un très vif succès avec son magnifique premier roman, La vraie vie, paru aux éditions de l’Iconoclaste. Prix du Roman Fnac 2018, sélection du Prix Goncourt et du Prix Renaudot 2018, les débuts de la romancière sont fulgurants. Rencontre avec la charmante Adeline Dieudonné au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. 

  • Il est beaucoup question de domination dans ce livre, notamment de domination masculine. Le père est très violent, alcoolique. Le frère lui-même, suite à un accident dont il va être témoin, va verser dans la violence.

Oui bien sûr, on parle complètement de cela, de domination masculine avec ce personnage du père qui est un braconnier, violent, mais aussi de domination vis-à-vis de la nature. Le père est dans un rapport extrêmement binaire au monde : « C’est manger ou être mangé » dit-il . Vis-à-vis de sa fille, de sa femme, de ces animaux qu’il braconne, il se considère comme un prédateur. Sa femme et sa fille sont des proies. Si sa femme, terrorisée, accepte ce statut de proie, sa fille s’y refuse. Elle refuse que la vie n’offre que deux alternatives, être prédateur ou proie, et va conquérir sa liberté pour devenir autre chose.

  • Le règne animal est très présent dans ce roman. La mère notamment ne trouve du réconfort qu’en s’occupant de ses chèvres, de ses perruches.

Cette femme a profondément besoin de se sentir indispensable. Au moins ses animaux dépendent complètement d’elle et donc elle s’en occupe. Alors qu’elle considère qu’elle ne se sent même pas à la hauteur de la tâche d’élever ses enfants. Elle ne se sent pas utile vis-à-vis d’eux, donc elle ne s’en occupe pas….

  • Il est notamment question d’une hyène qui est une figure centrale de ce livre. Pouvez-vous nous en parler ?

Dans la maison, plus précisément dans la chambre des cadavres, il y a une hyène empaillée qui fait extrêmement peur à la petite fille. Comme les enfants sont un peu animistes, elle va considérer que cette hyène vit, qu’elle incarne le mal, la mort, la violence. Quand son frère va commencer à changer, suite au trauma, elle va se dire que c’est la hyène qui contamine son petit frère.

  • La petite fille ressent qu’elle a une forme d’animalité en elle, une forme de bestialité.

Oui, la question est de savoir ce qu’on fait de l’animal en nous, dans tout ce qu’il peut avoir d’extrêmement effrayant, brutal, mais aussi d’extrêmement beau, car cela commence quand elle a 10 ans et ça finit quand elle en a 15 ans et donc elle va aussi découvrir sa sensualité, le plaisir charnel, le désir qui va naître et qui est aussi une forme d’animalité. Comment elle va faire cohabiter tout cela en elle, comment elle va apprivoiser tous ces animaux là, c’est un peu la problématique.

  • La scène finale est incroyable. Comment l’avez-vous écrite?

Ce n’est pas toujours facile d’écrire. Il y a des jours où c’est dur, où j’écris trois phrases.  D’autres jours où ça coule tout seul. La fin m’a surprise. Pour ce premier roman, mon éditrice me suivait. Elle m’avait demandé de lui faire un plan, de lui expliquer comment je voyais la fin, comment je voyais l’évolution du récit. Et j’ai fait exactement l’inverse de ce que je lui avais promis. Parce que je me suis complètement laisser surprendre par la logique de l’histoire c’est-à- dire qu’il y a un moment où il y a vraiment quelque chose qui ne nous appartient plus, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose d’organique qui se passe. Et c’est super jouissif en tant qu’auteur de se laisser emmener et de sentir que l’histoire existe presque avant nous. Mon éditrice a fait un vrai travail d’éditeur c’est qu’il n’a visiblement si courant quand je parle avec d’autres auteurs. Et entre la première version que je lui ai envoyée et la version finale, il y a un monde de différence. Elle m’a vraiment aidée, dirigée et ça c’est vraiment génial.

  • Le second degré et l’humour noir sont très présents dans ce roman. Était-ce nécessaire ?

Il y a toujours quelque chose d’un peu désespéré dans mon écriture, et comme il y a ce désespoir, il y a l’humour qui vient non pas contrebalancer le désespoir, mais l’humour vient comme une expression du désespoir. Car il n’y a plus que ça.