Kar’Interview : Rencontre avec Sabrina Philippe, auteur de « Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part »

 

Le 26 janvier, est sorti aux Editions Eyrolles, le roman de Sabrina Philippe : Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part. Rencontre avec l’auteur.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Sabrina Philippe : Je suis psychologue, ai participé à des émissions télévisuelles comme Toute une histoire avec JL Delarue. Aujourd’hui, je continue à collaborer à plusieurs émissions, magazines. J’ai un cabinet en libéral et enseigne la psychologie. Je suis devenue « une psychologue spécialiste de l’amour ».

Comment est né ce livre ?

SP : Je pensais bien maîtriser la question de l’amour, du moins en termes de psychologie. Et puis j’ai fait moi-même une rencontre qui a bouleversé ma vie et a chamboulé ma conception de l’amour et bien davantage : ma conception du monde, de ce que j’avais à faire sur cette terre. Or je ne me l’expliquais pas, ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’ai donc cherché des réponses dans la littérature, les religions, la philosophie, ai beaucoup lu, me suis beaucoup interrogée. Petit à petit ce livre s’est imposé comme une évidence à écrire.

Une sorte d’essai sur ce que vous aviez découvert de l’amour, notamment sa dimension spirituelle ?

SP : Non, je ne me voyais pas rédiger un livre qui soit un cours. Déjà, parce que je ne me sentais pas la légitimité d’aller affirmer les choses dans un domaine où il y a encore beaucoup à apprendre. Par contre, j’avais cette envie de transmettre ce que j’avais vécu et ce que j’avais appris de mes recherches à ce sujet. Et l’écrire sous forme de roman à la première personne est ce qui m’est apparu le plus évident et le plus sincère. Ce roman est sorti de moi avec beaucoup d’évidence. Je l’ai conçu à deux voix : celle de celui qui sait et de celui qui ignore. Je l’ai construit comme un chemin initiatique pour emmener le plus possible le lecteur à s’interroger et à avoir certains éclaircissements sur l’amour du point de vue spirituel.

Ce livre est donc autobiographique ?

SP : Je n’ai pas romancé tant que cela en effet. Il y a beaucoup d’autobiographie. Ces moments où j’écris à la première personne sont ceux que j’ai vécus.

Quel est le message essentiel de ce livre ?

SP : Ouvrons les champs sur certaines personnes que nous pouvons rencontrer et qui vont transformer notre vie. On n’a pas forcément la compréhension des évènements qui se passent. La vision qu’on a de l’amour, de l’âme sœur, est en ce sens à revoir. Nous venons sur terre pour accomplir une mission et certains évènements, certaines rencontres, peuvent nous y aider. A chaque fois qu’il nous arrive quelque chose, il faut se dire : cela a une raison d’être ; il faut essayer de comprendre quel est le sens caché, se demander ce qu’on peut en apprendre sur soi, sur les autres, sur le monde.

A-t-on tous en nous cette capacité de voir, de percevoir, de sentir ?

SP : La difficulté est dans le fait d’ouvrir les yeux, de se dire que notre travail, notre conjoint, ce qu’on fait, où l’on vit, n’est peut-être fait pour soi. Qu’est-ce qui est bon, juste, pour moi ? Et ensuite il faut accepter la transformation… On ne se transforme que dans la souffrance. La joie nous fige car on n’a qu’une envie, que rien ne bouge !

Mais si on a une mission (à identifier) qui nous est assignée sur cette terre, alors que nous reste t-il comme liberté, comme choix ?

« Tout ce qui doit se faire se fasse, quoi qu’on fasse pour l’éviter. Tout ce qui ne doit pas se faire ne se fera pas, quoi qu’on fasse pour le provoquer. » L’idée est que l’on doit faire de son mieux dans tous les domaines (couple, travail, …), mais qu’on doit laisser ouvert le champ pour que ce qui doit se faire se fasse. Si on ne comprend pas une leçon, la vie se charge de nous la resservir, sinon. On a toutefois son libre arbitre, celui de se faciliter les choses pour mener à bien notre mission.

Comment définiriez-vous l’âme sœur ?

On entend différents termes « Ame-soeur », « Flamme jumelle » sans savoir ce dont on parle. Je pense, comme en parlait Marie Lise Labonté, que nous appartenons à des familles d’âmes. D’où le fait que certaines personnes nous paraissent si proches, d’autres non. L’âme-sœur, peut-être est-ce la scission d’une même âme, il y a une forme de reconnaissance, de compréhension mutuelle très forte qui provoque un chaos, avec des perceptions souvent extraordinaires (télépathie vsion, etc). Et on ne vit pas cela pour notre bonheur personnel mais pour générer quelque chose, pour nous aider à accomplir notre mission. Chacun d’entre nous à quelque chose à transmettre. Et mon livre est là pour transmettre.

Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part,  Sabrina Philippe, aux éditions Eyrolles. 278 pages, 14,90€.

Rencontre avec Laurent Gounelle : 2ème partie.

Rencontre avec Laurent Gounelle à la faveur de la parution de son nouveau livre «  Et tu trouveras le trésor qui dort en toi », aux éditions Kéro. Un livre entre l’essai et le conte initiatique, qui nous invite à réfléchir sur nos certitudes.

 

 

Est-ce une impression ou l’ego a gonflé dans nos sociétés contemporaines ? Pourquoi est-il devenu prédominant ? 

Je pense qu’on est à une époque d’ego exacerbé, où on et tourné vers soi . La course à l’ego pose problème collectivement. Cela vient peut-être des médias qui poussent beaucoup à cela via la publicité. Car c’est beaucoup plus facile de vendre un produit ou un service en appuyant sur le bouton de l’ego, en vous faisant croire que ces articles ou services feront de vous un homme qu’on va admirer, supérieur aux autres. Les publicitaires visent à nous faire croire qu’on est incomplet qu’il nous manque quelque chose pour exister pleinement, pour être reconnu, pour être aimé, et qu’il nous manque justement ce qu’ils ont à nous proposer. Sauf que la vérité est que non, nous sommes complets, mais on l’a un peu oublié. Cette quête perpétuelle est une fuite en avant.

– Ne pas avoir d’ego est-ce réalisable ?

On peut avancer dans cette direction, cela se travaille. La vie nous aide toutefois à prendre cette direction. S’identifier à sa beauté quand on avance dans la vie par exemple, n’est plus possible. Et on peut le voir comme un soulagement car l’avancée en âge aidant, on peut se dire que certes, on est plus ridé, mais on est toujours autant soi-même. La vie fait qu’on perd un certain nombres de choses auxquelles on ne peut plus s’identifier et qu’on gagne en sagesse, en libération de l’ego.

Il y a autre chose qui dans la vie peuvent nous aider à nous libérer de l’ego : ce sont les crises (crise professionnelle, crise personnelle, une maladie…). Suite à une maladie, un licenciement d’aucuns changent de vie, d’orientation, bien plus en accord avec eux-mêmes qu’avant ladite crise. Ne dit-on pas des personnes après la qu’elles sont en voie de rémission, ce qui peut s’entendre comme re-mission, nouvelle mission ? Par ailleurs, la spiritualité, la méditation, peuvent aussi nous y aider.

– La spiritualité c’est ce qui nous dépasse, le développement personnel c’est ce qui nous guérit, est-ce compatible ?

Oui, c’est compatible et selon moi il y a un ordre pertinent. Il peut il y avoir un risque à se connecter trop tôt à la spiritualité, avant d’avoir résolu ses problèmes, ses failles, du moins les plus gros. Si on se tourne trop tôt vers la spiritualité, on risque d’enterrer ses propres problèmes. Or il faut nettoyer le psychologique avant de se connecter au spirituel. C’est quand on s’aime vraiment soi-même (pour ce qu’on est quand on est nu) qu’on parvient à aimer les autres. Quand on a travaillé sur soi pour résoudre la plupart de ses problèmes, on s’intéresse moins à sa personne et on se tourne plus vers les autres et vers ce qui nous dépasse. On réalise qu’on n’est pas la personne la plus importante au monde.

– Pourquoi utilisez-vous le cadre du roman pour transmettre ce que la vie vous a appris ?

Parce que je crois au pouvoir métaphorique du roman. Un essai s’adresse à la tête, un roman s’adresse et à la tête et au cœur. Un roman permet de plus de se projeter dans un personnage.

– Comment analysez-vous votre succès ?

Il y a deux choses. D’une part, dans la vie on obtient assez facilement ce que l’on veut quand on a une seule intention. Or j’avais une seule intention : transmettre, être un passeur pour le plus grand nombre en rendant simples des idées complexes. Envie de partager tout ce que j’ai reçu par mes formations, mes rencontres avec des psys, des philosophes, des chamans. Cela m’a amené à prendre la plume pour transmettre, être un vulgarisateur. D’autre part, les êtres humains évoluent dans le bon sens, celui de la quête de leur bonheur, de la réalisation de soi. Et ce n’est pas une préoccupation d’homme riche au sens financier du terme, mais une richesse humaine.

Rencontre avec Laurent Gounelle : 1ère partie.

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Et tu trouveras le trésor qui dort en toi, Laurent Gounelle

Editions Kero, octobre 2016

Tout commence le jour où Alice, une jeune femme dynamique et audacieuse, retrouve son ami d’enfance, Jérémie. Devenu prêtre de campagne, il lui confie être accablé par le faible nombre de fidèles qui le suivent. Athée et conseillère en communication, Alice se met en tête de l’aider… à sa manière.Amenée par la force des choses à se plonger dans le monde de la spiritualité, du christianisme à l’hindouisme, du taoïsme au bouddhisme, Alice va découvrir une vérité universelle particulièrement troublante. Une vérité concernant l’homme et la clé de son épanouissement, passée sous silence par les religieux, perdue au fil des siècles…

Dans ce nouveau roman émouvant et captivant, Laurent Gounelle nous entraîne dans un univers passionnant à la découverte de ce qui permet à l’homme de s’élever dans une autre dimension, où ses actes sont puissants et sa joie, un état durable.

 

Rencontre avec l’auteur, lequel s’est prêté avec gentillesse et disponibilité aux questions sur les thèmes abordés dans son livre : 

    • Sommes-nous aptes au bonheur? Car nous avons tous cet ego qui nous empêche d’être profondément nous. Cette question traverse tout votre livre. Alors Laurent Gounelle, ce trésor qui dort en nous est-il un nous rêvé, débarrassé des oripeaux de l’ego ?
    • Si je vous pose la question : Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me répondriez ? Peut-être allez-vous répondre par votre nom, sauf que vos parents auraient pu vous choisir un autre nom. Est-ce que cela aurait fait de vous quelqu’un d’autre ? D’autres vont se présenter par leur profession (comptable, ingénieur, ..) Or vous auriez pu choisir un autre métier, auriez-vous été quelqu’un d’autre pour autant ? Etc. Donc c’est difficile de répondre à cette question. Pourtant on a BESOIN de savoir qui on est, et moins on le sait, plus on a envie d’exister. A ce moment-là alors, on s’accroche à un certain nombre de choses qui nous aident à savoir qui on est et surtout à montrer aux autres qui on est. Ces choses sont des choses qui donnent une bonne impression de soi-même : une profession valorisante, … Or qui l’on est va bien au delà de son métier. Idem pour sa beauté, son intelligence auxquels on s’accroche parfois. On peut aussi s’identifier à nos possessions, croire que notre valeur dépend de la valeur des choses que nous possédons : voiture, maison, sac à main, bijoux, … alors qu’il n’y a pas de rapport entre notre valeur et la valeur de ce que l’on possède. On s’accroche d’autant plus à ces fausses identités qu’on a le sentiment que cela nous valorise aux yeux des autres. Or la réalité est presque à l’opposé : notre valeur va bien au delà de ce que nous pouvons faire, posséder, de notre métier, de notre beauté, de notre intelligence. Notre simple présence est d’une grande valeur et n’a pas besoin d’être enjolivée par quoi que ce soit. Mais ce n’est pas évident de se libérer de tout ça. Notre ego essaye ainsi d’exister à travers toutes nos possessions, nos fausses identités. Une façon d’aller vers le bonheur est de se libérer de tout ce que l’on n’est pas.
    Suite de l’interview …dans le billet de demain!

La Kar’Interview de Gilles Paris à l’occasion de la sortie du film « Ma vie de Courgette »

Ce 19 octobre, Autobiographie d’une courgette sera à l’écran sous le titre Ma vie de Courgette. Un film d’animation particulièrement réussi, réalisé par Claude Barras. Rencontre avec Gilles Paris, auteur de ce merveilleux roman :

– Comment vis-tu cette aventure ? Et déjà, comment cette aventure cinématographique a t-elle commencé ?

Je le vis comme un vrai conte de fée, un peu aussi comme les montagnes russes… Beaucoup d’émotions en fait !

– As-tu assisté aux différentes étapes de ce projet sur grand écran (choix de la physionomie des personnages, des voix, scénarisation, etc) ? Autrement dit, as-tu été partie prenante de cette adaptation ?

Non pas du tout, j’ai suivi le tournage grâce à des articles parus à Lyon (Le tournage a eu lieu à Villeurbanne). J’en étais, je crois, le premier fan.

– Dans toute adaptation, il y a des prises de liberté (passages du livre coupés, passages rajoutés, dialogues modifiés, etc). Cette adaptation est-elle fidèle à la poésie, à la fraicheur et à l’esprit d’enfance qui émanent de ton livre ?

Oui, Claude Barras et Céline Sciamma ont été particulièrement fidèles à l’esprit du livre. Ce film est un bijou. Certaines scènes du roman étaient difficiles à adapter à l’image, comme la mort de la mère. Je comprends cela parfaitement. J’ai toujours pensé que l’adaptation était un faux débat. Je suis heureux que Claude Barras et Céline Sciamma aient inventé des scènes et mis de leur personnalité dans ce film. Et nos univers se croisent pour le meilleur, je pense.

– Quand un personnage auquel on a donné vie sous sa plume prend forme à l’écran, a t-on le sentiment qu’il nous échappe et appartient désormais au réalisateur ou au contraire, est-ce l’occasion de le voir poursuivre sa vie sous une autre forme ?

Non, pour moi, c’est un prolongement du livre. Quatorze ans après sa parution c’est un miracle !

– A ce titre, Courgette va t-il renaître sur papier ?

Non, je ne pense pas un jour écrire une suite. Je suis plutôt à la recherche d’autres univers. Il faut savoir prendre des risques parfois !

Retrouvez ici la bande annonce du film d’animation : Bande annonce

La Kar’Interview de Line Papin, auteur de L’éveil (Stock)

Ce mardi 4 octobre, c’est une jeune femme discrète et indiciblement talentueuse que j’ai rencontrée aux Editions Stock. Auteur de l’Eveil, premier roman impressionnant, elle a déjà reçu trois prix pour ce titre : Prix de la vocation 2016, Prix de la forêt des livres, Prix du magazine Transfuge.

Rencontre avec une jeune femme indiciblement touchante :

Quel est le livre qui a changé votre vie ?

Je dirais davantage « les » livres, en général. Mais c’est vrai qu’il y en a un que j’ai lu assez jeune, qui n’est pas un roman, il s’agit des correspondances entre Kafka et Miléna (collection Imaginaire chez Gallimard), que j’ai beaucoup aimé. Dans mon livre, L’éveil, il y a d’ailleurs une petite citation du livre. C’est un livre pas très connu, mais qui m’a beaucoup marquée.

Depuis quand avez-vous commencé à écrire ? Et quel a été l’élément déclencheur à partir duquel vous vous êtes sentie autorisée à écrire ?

J’ai toujours écrit, même quand j’étais petite où j’écrivais des petits contes que j’illustrais. Je me suis sentie autorisée à écrire un peu plus et plus sérieusement quand j’ai eu 16 ans (l’auteur en a aujourd’hui 20). Cela a toujours été là mais vers 16 ans j’ai vulu faire quelque chose de plus vrai. En plus, c’est un âge où on découvre beaucoup de choses (les rapports amoureux, la colère, …) c’est un âge assez explosif et du coup c’est un peu cela que j’ai eu envie d’écrire, même si ce n’est pas de moi dont je parle.

Vous écriviez dans un carnet, sur écran, un peu partout ?

Oui, sur des carnets, mon agenda, mon portable, … Puis je tape cela sur ordinateur ensuite. Mais je préfère écrire à la main, cela m’est plus facile pour réfléchir, organiser les idées, mettre des signes de renvoi, des flèches etc.

Vous avez commencé à écrire L’éveil à 16 ans ?

Oui, j’ai mis trois ans à l’écrire, en ai fait plusieurs versions.

Vous avez dû avoir changé vous-même au cours de ces trois ans. Est-ce que cela a influencé l’écriture ?

Si, car je n’avais pas du tout d’histoire préconçue en fait. J’avais juste envie d’écrire. Et comme il m’est arrivé plein de choses entre 17 et 19 ans, cela a nourri et construit les personnages.

Montrez-vous votre travail au fur et à mesure ?

Non, je ne le montre pas. J’attends d’avoir terminé, de le juger éventuellement montrable.

C’était un choix dès le départ de ne pas donner de prénom au personnage masculin ?

Pour les autres personnages, un prénom s’est imposé naturellement à moi. Pas pour ce personnage.

N’est-ce pas justement parce que cet homme est insaisissable ? Il est tellement multiple : on croit qu’il est vieux or on découvre qu’il est jeune ; on le pense gentil, or il se révèle assez cynique ; il est amoureux, mais de plusieurs femmes ; il fait une expérience de la liberté à partir du vide…

Oui, il est complètement insaisissable, et donc c’est pourquoi il n’a pas de prénom.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce titre, L’éveil?

Il s’appelait Soleils éteints au début. Mais le directeur des éditions Stock, Mr Carcassonne, ne trouvait pas ce titre porteur. Il m’a alors proposé L’éveil. Un choix qui me paraissait contestable car je craignais qu’on fasse l’amalgame entre le roman et le fait que je sois une jeune femme qui « s’éveille » à l’écriture. J’étais un peu réticente mais au final, je reconnais que L’éveil est un très bon titre. Même si dans certains articles je lis « l’éveil d’une jeune femme etc » ce n’est pas gênant.

On fait beaucoup référence à Marguerite Duras quand on parle de votre roman. Comment le prenez-vous ?

C’est flatteur. Mais je ne suis pas convaincue que mon roman soit durassien. Si j’écris d’autres livres qui ne se passeront pas à Hanoï et qui ne seront pas une histoire d’amour, je ne pense pas qu’on continuera à faire ce parallèle entre Duras et moi.

Continuez-vous à écrire ?

Oui, j’écris toujours, j’écris chaque jour. L’éveil m’a demandé trois ans et je ne sais pas le temps que me prendra mon prochain roman ni si cela aboutira à quelque chose. Mais j’ai toujours besoin d’écrire, même plus qu’avant. Ce que j’écris est stimulé par ce que je vis mais n’est jamais autobiographique.

On attend donc impatience le prochain livre !

Retrouvez la chronique que j’ai consacrée à L’éveil en cliquant sur ce lien :L’éveil, de Line Papin

La Kar’Interview de Cookie Allez, auteur de Dominique (chez Buchet Chastel) : Partie 2

Pour la deuxième journée consécutive, nous retrouvons la chaleureuse et talentueuse romancière Cookie Allez, auteur de Dominique, aux éditions Buchet Chastel.

Suite de la Kar’Interview :

Karine Fléjo : On retrouve dans Dominique cette qualité d’écriture qui vous caractérise : des phrases ciselées, un style fluide, une très jolie musicalité. Comment travaillez-vous cette écriture ?

Cookie Allez:  Je crois que je ne sais pas répondre à cette question !
Bien entendu, je me relis, et me relis sans cesse. Mais je n’ai pas l’impression de « travailler » mon écriture. Je la veux au service de ma pensée, dans ses tours et ses détours, tout comme je la veux à l’écoute de la moindre nuance des sentiments ou des sensations que je veux faire passer.
Autre chose : je n’oublie jamais que j’écris pour quelqu’un. Un inconnu que j’ai envie de convaincre, de faire sourire ou d’émouvoir, de distraire ou de mobiliser. Dans ce roman, selon les passages, je crois que l’on peut retrouver presque toutes ces envies.
En fait, mon « travail » consiste à comparer en permanence mon contenu mental et affectif avec ce que j’ai posé sur le papier : si ce n’est pas parfaitement conforme, je recommence ! Sans jamais me lasser du plaisir de manipuler cette langue française, et parfois de me rendre à ses injonctions. Car il ne faut pas croire que la langue n’a pas son mot à dire. Il arrive qu’elle vous mène carrément par le bout du nez ! C’est peut-être difficile à comprendre, mais ce retournement a lieu lorsque l’on accepte de lui abandonner ses propres défenses pour accueillir les suggestions qui surgissent de l’écriture elle-même.

KF : Dans ce roman, les femmes jouent un rôle important. L’arrière grand-mère Knitty, la grand-mère Lily, la mère France ne partagent pas le même point de vue quant au choix laissé à l’enfant de déterminer son identité sexuelle. Pensez-vous que ce point de vue est clairement une question de génération ?

CA : Non, je ne crois pas que l’opinion que l’on peut avoir sur le sujet soit une question de génération. Du moins, pas exclusivement. Déjà, il me semble que pour avoir un point de vue qui tienne, il faut vraiment s’être penché sur la question… qui n’est pas si simple !
D’une certaine façon, l’on repose, à propos du genre, l’éternel problème de l’inné et de l’acquis : lequel des deux l’emporte ? Il me semble que la part de l’un et de l’autre – en quelque sorte le pourcentage d’inné et d’acquis – est variable selon les sujets…
Dans ce roman en tout cas, bien plus que leur âge, ce sont la personnalité et le vécu des trois femmes qui déterminent leurs réactions respectives.
KF : Pensez-vous que l’être humain aura vraiment le choix de son identité sexuelle ?

CA : N’étant ni scientifique ni prophète, je ne peux prédire l’avenir.
On sait que chacun peut d’ores et déjà décider de ressembler à un sexe biologique qui n’est pas celui de sa naissance. L’on peut transformer assez facilement son apparence, plus difficilement suivre des traitements hormonaux, et encore plus difficilement subir des opérations lourdes. Dans l’état actuel des choses, même si la chimie ou le bistouri ne sont pas d’un emploi courant, la transmutation est faisable. Non sans risques psychiques et physiques, bien sûr.
Mais qu’en sera-t-il demain ? Changera-t-on de sexe comme de coiffure ? Y aura-t-il encore deux sexes ? Ou trois ? Et pourquoi pas un seul, ou cinq, ou six ?! Ce sont des questions qui posent d’autres questions… Les réponses toutes faites, idéologiques ou « posturales », sont redoutables car elles entravent le cheminement d’une réflexion ouverte, approfondie, philosophique.
En fait, c’est le mot « choix » qu’il faudrait ici examiner.
Car, même si, dans le futur, cette mutation est facilitée médicalement et légalement, dans quelle mesure la personne qui la décide est-elle en position de faire un choix absolument libre ? Autrement dit, un choix qui ne serait pas induit par une souffrance ou une pression quelconque, intérieure ou extérieure.
Il me semble que tout choix est soumis à un faisceau de faits qui le motive, non ? Par exemple, à un certain stade de souffrance, peut-on s’estimer libre ? Je ne crois pas.

KF : Selon vous, ce choix est-il une chance ou un handicap ?

CA : Je dirais que la chance, et la probabilité (heureusement, les statistiques l’attestent), c’est d’abord de se sentir bien dans le sexe qui vous échoit à la naissance !
L’acceptation d’appartenir à un sexe défini, que ce soit par une anatomie marquée, par des pulsions, des inclinations, des dispositions, permet de reconnaître l’autre comme un être différent. Il n’y a pas d’altérité si l’on est tous semblables. Or je suis convaincue que la différence enrichit… et cela dans tous les domaines – pas seulement dans la sphère sexuelle ! Quant à savoir respecter l’autre comme son égal, même s’il est dissemblable, voire incompréhensible, il n’y a pour moi aucun doute : c’est bien une question d’éducation !
Mais cela posé, c’est à l’évidence une chance pour les personnes qui souffrent de pouvoir retrouver un équilibre grâce aux progrès de la médecine et à l’évolution de notre regard vers une plus grande générosité du cœur.
Pour revenir à Dominique, c’est un roman. Pas un essai. Pas une croisade. Pas une plaidoirie pour ou contre une « théorie » qui, comme toutes les théories, reste… théorique !

KF : Quel serait le meilleur compliment que l’on pourrait vous faire à propos de ce roman ?

CA : Qu’il provoque deux réactions souvent contradictoires : la réflexion et le sourire.

Retrouvez la chronique consacrée à ce roman en cliquant sur ce lien : Dominique, de Cookie Allez

La Kar’Interview de Cookie Allez, auteur de Dominique (chez Buchet Chastel) : Partie 1

 

En janvier dernier est paru Dominique, le nouveau roman de Cookie Allez. Rencontre avec une romancière aussi talentueuse que délicieuse.

 

Karine Fléjo : Quel a été le détonateur de ce roman ?

Cookie Allez : Le mot « détonateur » me paraît en effet parfois très justifié ! Sans crier gare, une image, un sentiment ou une expérience appelle des mots pour s’incarner. Et tout à coup une phrase, un titre, ou un personnage commence à tirer le fil d’une histoire…
Mais pour moi, en amont, il y toujours une nécessité intérieure : l’envie de plonger dans l’écriture. Écrire est une drogue et certains ne peuvent pas s’en passer trop longtemps – je suis de ceux-là. Entre deux livres, tout est bon pour assouvir ce besoin : j’écris à tort et à travers… C’est ma façon de tromper l’impatience de trouver « mon » sujet : je cherche un détonateur !
L’envie de creuser le thème du genre auquel s’adosse Dominique, mon dernier roman, a déjà quelques années.
Le détonateur en est la brève interview d’une femme qui offrait chaque matin à son enfant de sept ans la possibilité de choisir sa tenue du jour. Il avait deux panoplies de vêtements dans son placard, l’une masculine, l’autre féminine. Au gré de son humeur, le petit garçon se promenait en robe ou en jean. Il essuyait des moqueries, bien sûr… Aussi l’école avait-elle vainement essayé de dissuader sa mère de continuer à l’élever dans cette dualité. Cependant cette femme mettait toute sa fierté à persister, pour « vivre avec son temps » et pour réaliser, disait-elle, « l’égalité des sexes ». Deux photos montraient l’enfant posant sagement dans ses deux genres apparents.
J’ai beaucoup ruminé cette information très lapidaire… Elle m’a profondément troublée ! La question du « genre » m’a paru mériter réflexion, au-delà des réactions immédiates d’opposition – souvent assez brutale – ou, au contraire, d’une acceptation, soit un peu passive soit plus engagée.
La volonté d’entrer dans ce sujet avec un regard distancié, modéré et bienveillant m’a conduit à constater que les débatteurs, très souvent, ne parlaient pas de la même chose. Cette mère, par exemple, espérait réaliser « l’égalité des sexes », confondant ainsi égalité et similitude, inégalité et différence. La confusion sémantique, comme toujours, contribue à enflammer la discussion.
J’ai fini par penser qu’il serait intéressant de pousser le raisonnement de la théorie jusqu’à son paroxysme. Pas sur un être vivant, qui servirait de cobaye… mais pourquoi pas sur un personnage ? Pour voir.
Dominique est donc un roman. Une fiction qui raconte simplement l’histoire d’une famille qui met en pratique, de façon un peu extrémiste, cette théorie qui affirme que ce sont la pression sociale, l’éducation, les préjugés qui vous font homme ou femme. Et qu’un être soustrait à tous les stéréotypes et diktats extérieurs, qu’ils soient familiaux, culturels, philosophiques, religieux ou autres, aurait la liberté absolue de prendre le genre qui lui convient le mieux, y compris le genre neutre.

KF : Vous soulevez de nombreuses questions, et notamment l’erreur communément faite de tout mélanger : le sexe, le genre, l’égalité et l’orientation des goûts sexuels. Avoir les mêmes droits en tant que fille ou garçon signifie-t-il être semblable pour autant ?

CA : Il est clair que sur ce sujet, rien n’est clair ! Il véhicule tant d’affect, tant d’idéologie, tant de revendication, que les mots volent en tous sens, se dévoient, perdent leur contenu originel.
Chez la plupart des humains, le sexe biologique de naissance est identifiable. Hormis des pathologies rares, c’est une donnée anatomique, perceptible, et qui, jusqu’ici, induisait une identité mâle ou femelle. Comme chez les animaux, en somme, où la question du genre ne se pose pas.
C’est l’introduction de la notion de « genre », le fameux gender, qui vient tout perturber dans cette classification binaire qui ne tient pas compte des exceptions. Ce gender semble vouloir échapper à l’anatomie et être une notion d’un autre ordre. D’un ordre plus psychologique, plus subjectif, plus lié aux représentations et aux attitudes sociales. La théorie le considère comme dépendant du regard de l’autre et d’une éducation qui contribue à l’affirmer ou au contraire à l’estomper. En fait, le genre se pressentirait plus qu’il ne se verrait en chair et en os – si j’ose dire. C’est en cela qu’il pose un problème… du moins, si l’on veut voir un problème.
Quant à l’orientation sexuelle, c’est encore autre chose ! À mon sens, c’est pour chacun un choix personnel, privé, intime. Vivre telle ou telle préférence relève du droit d’aimer qui bon vous semble ! Pour autant, un ou une homosexuelle n’est pas un être dépourvu d’identité sexuelle et de genre… Pour ne citer qu’elle, Colette était une femme, et une femme très féminine d’apparence et de comportement ! Cela ne l’a pas empêchée d’orienter ses amours selon ses goûts – lesquels se sont révélés variés.
Alors nier, sous prétexte d’égalité, des différences physiques (hormonales ou autres), et des différences psychiques, c’est selon moi tout confondre. Pour ma part, je milite pour l’égalité des sexes… comme pour l’égalité entre tous les humains. Mais cette conviction concerne l’égalité en termes de valeur, pas en termes de muscles ou d’autres considérations qui n’ont rien à voir avec la valeur d’un être humain !

KF : Tout au long du roman, vous maintenez le mystère sur le sexe de l’enfant. Pour parvenir à une telle prouesse, vous avez dû vous arracher les cheveux, non ?

CA : Oui. Je suis d’ailleurs surprise de ne pas être chauve aujourd’hui !
Comme la plupart des langues européennes, la langue française est « genrée » et, comme la plupart, elle ne dispose pas d’un genre neutre applicable aux personnes… Voilà qui m’aurait bien facilité les choses pour relever le défi que je me suis lancé en décidant de maintenir le lecteur dans l’ignorance du sexe de Dominique, et cela jusqu’à la dernière page. En fait, j’aurais pu m’en abstenir, mais il m’a semblé intéressant d’affronter cette difficulté sémantique, qui est aussi au cœur du sujet. De plus, c’était une façon de faire percevoir combien il est difficile, concrètement, de vivre dans une sorte d’apesanteur sexuelle, psychique, culturelle, et linguistique.

Dans la langue française, presque tous les adjectifs s’accordent en genre, les participes passés aussi. Et que dire de l’interdiction d’utiliser les pronoms qui m’auraient trahie et les mots qui induisent une image masculine ou féminine ? Ce fut une sorte de performance sportive pour mes petites cellules grises !

 

Suite de l’interview demain! Et retrouvez la chronique consacrée au roman Dominique en cliquant sur ce lien : Dominique, de Cookie Allez