Citation du jour

La faim ne connaît qu’elle même. L’amour ne connaît que l’autre. Quand on a faim on est faible, alors que l’amour donne de la force. Si la faim a quelque chose en commun avec l’amour, alors c’est parce qu’ils sont tous deux incommensurables.

Jan-Philipp Sendker – Le langage de la solitude

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La mélancolie du kangourou, Laure Manel (Michel Lafon)

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La mélancolie du kangourou, Laure Manel

Editions Michel Lafon, mai 2018

Le roman d’une reconstruction extrêmement touchante, celle d’un homme devenu le même jour père et veuf. L’histoire bouleversante aussi, des liens qui se tricotent difficilement mais magnifiquement entre un père et son bébé.

Ils vont être parents pour la toute première fois. Antoine et Raphaëlle sont comblés. Fille ou garçon, peu leur importe. Leur bonheur n’aura pas de sexe.

Mais ce jour merveilleux de l’accouchement vire au cauchemar. Antoine devient père à l’instant même où il devient veuf. Seul avec cette petite fille, prénommée Lou, qui gigotte dans son berceau, il se sent dévasté. Comment aimer ce petit être dont la venue au monde s’est faite au prix de la vie de sa femme ? Comment aimer ce petit être, lui servir de tuteur, de colonne vertébrale, quand lui-même ne parvient plus à tenir debout ? Comment aimer quand on est amputé du cœur, de la présence de Raphaëlle qui le faisait vibrer, vivre ?

Alors il fuit. Dans le travail. A l’extérieur. Partout où le souvenir de Raphaëlle n’est pas matérialisé par ses photos, ses vêtements, son parfum. Partout où Lou n’est pas. En urgence, il engage une baby-sitter, une jeune femme de 25 ans prénommée Rose. Et comme même juste pour quelques heures le soir, le face-à-face avec son bébé lui est insoutenable, il demande à Rose de s’installer dans le studio attenant, comme fille au père.

Ce qui m’a frappée à la lecture de ce roman, c’est la justesse des situations, des émotions, de la psychologie des personnages. Dès les toutes premières pages, on entre dans cette famille comme s’il s’agissait d’amis. On vit l’histoire à leurs côtés bien davantage qu’on ne la lit. Avec beaucoup de sensibilité, en évitant avec brio l’écueil du pathos, Laure Manel nous entraîne sur le chemin d’une très belle reconstruction. Après la naissance de Lou, on assiste ému à la naissance d’un père… Bouleversant. A lire !

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à La délicatesse du homard, du même auteur, ici : La délicatesse du homard

 

Comment devenir un génie des maths, le livre qui fait adorer les maths! (Nathan)

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Comment devenir un génie des maths, le livre qui va faire adorer les maths à vos enfants! de Georgia Amson-Bradshaw

Illustrations de Harriet Russel

Editions Nathan, avril 2018

A partir de 8 ans – 96 pages – 13,90 euros

Vos enfants boudent les maths, sont allergiques aux chiffres et aux calculs? Ce livre propose de leur rendre les maths accessibles et ludiques. Si, si! Grâce à 50 expériences amusantes à réaliser facilement, ils perceront en s’amusant les mystères des maths ( géométrie, mesures, logique, calculs…). Judicieux et efficace.

Les mathématiques n’ont pas toujours une bonne image auprès des enfants : compliqué, fastidieux, ennuyeux, abstrait, ce sont les adjectifs auxquels cela renvoie souvent. Alors, les voir sauter de joie en recevant un livre qui leur propose de faire des maths, vous n’y songez même pas. Et pourtant, cette pépite existe! Nul besoin de calculatrices, équerres, calculs super longs, additions assommantes, l’ouvrage proposé par les éditions Nathan ne nécessite aucun matériel : tout passe par les dessins, les consignes du livre sur lequel on écrit, on note, on colle, on crée.

Par le biais de 50 expériences amusantes de type énigmes à résoudre, puzzle à faire, gâteaux à réussir, un message secret à envoyer, un labyrinthe à franchir, l’enfant fera des maths sans s’en apercevoir et acquerra les notions essentielles. Les illustrations colorées renforcent cette impression de livre de jeux, bien éloigné des austères livres de maths.

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Ce livre est vraiment un coup de génie! Aussi amusant à faire pour les enfants qu’à parcourir pour les parents. Ou comment rassurer les enfants qui voient les maths comme un univers abscons et les faire voyager dans un monde de chiffres et de figures géométriques le sourire aux lèvres, confiants. Coup de coeur!

Plan de sauvetage émotionnel, par le grand maître bouddhiste Dzogchen Ponlop (Editions Belfond)

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Plan de sauvetage émotionnel, grand maître bouddhiste Dzogchen Ponlop

Editions Belfond, collection Esprit d’ouverture, juin 2018

Ce livre dans lequel Dzogchen Ponlop Rinpoché partage ses enseignements, est accessible à tous. Vraiment. Il donne les outils à chacun pour ne plus être submergé par ses émotions (colère, peur, jalousie…) mais au contraire les transformer en énergie positive.

Pourquoi lire ce livre ?

  1. Les enseignements de Dzogchen Ponlopsont très accessibles, clairs, illustrés d’exemples qui parlent à chacun.
  2. Sa façon d’appliquer le bouddhisme aux défis de notre quotidien est novatrice et désarmante.
  3. Il propose des exercices simples pour lâcher prise dans le quotidien.

Une grande expérience et des années de méditation

Dzogchen Ponlop Rinpoché est né dans le nord de l’Inde. Il a étudié le bouddhisme indien et tibétain auprès des plus grands maîtres. Dans ce livre, il montre, avec une simplicité et une clarté désarmantes, comment appliquer le bouddhisme aux défis du quotidien. Comment ne plus être le jouet de nos émotions, ne plus les subir mais au contraire lâcher prise.

Ne pas juger ses émotions

Tout d’abord, il nous alerte sur le fait qu’il n’y a pas d’émotion positive ou négative. Colère, peur, jalousie, tristesse nous alertent sur une situation considérée par le corps comme néfaste. Il ne s’agit donc ni de nier ni de refouler nos émotions. Mais au contraire de savoir les reconnaître, pour réagir dans le sens de la vie. Mieux : les émotions, quelles qu’elles soient, sont une source illimitée d’énergie.

Une méthode de lâcher prise en trois étapes

Dzogchen Ponlop Rinpoché propose donc ici une méthode, un plan de sauvetage émotionnel, pour travailler avec les émotions et peu à peu passer de l’état de dépendance à celui de partenaire créatif de ces énergies profondes.

Son plan se décompose en trois étapes :

  • Etre attentif à l’écart : créer une distance entre soi et l’émotion
  • Voir clairement : dégager une vue d’ensemble pour identifier les schémas récurrents dans notre attitude. C’est-à-dire observer les émotions dans leur contexte.
  • Lâcher prise : Lâcher l’énergie émotionnelle et physique chargée de stress grâce à la conscience, la méditation, la respiration.

Ce livre est une véritable boîte à outils pour celles et ceux qui désirent ne plus évoluer sur des montagnes russes émotionnelles. Son atout majeur à mes yeux, est son accessibilité par rapport à nombre d’ouvrages que j’ai lus sur ce sujet. Les exemples sont très évocateurs, les explications à la portée de chacun. Une méthode efficace pour transformer nos émotions en énergie positive.

Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez-Rubio (Presses de la cité)

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Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez Rubio

Editions Presses de la cité, mai 2018

Offrez-vous un voyage dans l’espace et dans le temps. Avec ce roman, partez dans le Cuba des années 50, son exubérance, sa musique, son apparente insouciance, mais aussi sa mafia, sa criminalité, sa dictature. Passionnant.

En 1947, âgé de 19 ans, Patricio a tout perdu. Son père a été tué par des franquistes. Sa mère a été assassinée par des républicains pour avoir abrité une cousine religieuse chez elle. Alors il décide de tenter le tout pour le tout, de fuir la misère en Espagne et de vendre la bague de sa grand-mère pour se payer un billet de bateau Madrid-La Havane. Repartir à zéro. Au bout du monde.

Car Patricio est tout sauf résigné. Il veut transformer l’essai, faire de sa vie à la Havane la plus belle existence qui soit. Pour cela, il peut compter sur son courage, son extraordinaire bagout, son imagination sans bornes, sa jeunesse. Mais aussi et surtout, sur son inextinguible faim : faim de vie, d’avenir, de couleurs.

« A l’école de la nécessité, on apprend plus qu’à l’université. » (P.58)

Dans un Cuba gangréné par la corruption, la violence, mais un Cuba relativement riche, avec un niveau de vie à la Havane proche de celui des Etats-Unis, Patricio obtient rapidement un poste dans le prestigieux magasin de luxe : El Encanto. Et de gravir rapidement les échelons, débrouillard et déterminé. Tout semble lui dessiner un avenir radieux, quand il croise la mystérieuse Gloria, cliente fortunée. Première ombre au tableau : elle est mariée. Deuxième ombre au tableau : son mari n’est autre que le chef de la mafia, un homme redoutable qui ne s’encombre pas de la vie de ceux qui s’opposent à lui.

Ce roman est plein de couleurs et de parfums, une véritable peinture de Cuba avant la révolution. Le lecteur s’engouffre dans le sillage des mots de l’auteur, happé par le courage et la détermination des personnages, fasciné par cette page d’histoire qui se dessine, aube d’une révolution aussi bien personnelle pour Patricio, que historique pour le peuple cubain. Un véritable page-turner.

Deux nouveaux albums de Rémi Gourgeon et sa mascotte Timoto!

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Timoto veut un vrai cheval

Timoto aime très beaucoup sa maman, Rémi Gourgeon

Editions Nathan , mai 2018

A partir de 4 ans.

La collection « Timoto se fait des histoires » s’enrichit de deux nouveaux titres. On retrouve avec bonheur le facétieux tigre Timoto, en lequel les enfants se reconnaîtront facilement, pour de nouvelles histoires.

Le tigre Timoto n’est jamais à court d’idées. Créatif et rêveur, il s’imagine chevaucher un cheval tels les indiens des films, ou déclamer en grand romantique un poème d’amour à sa maman.

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Alors certes, imaginer qu’on chevauche les plaines à califourchon sur un balai est amusant. Mais à cheval, enfin sur un vrai cheval, c’est encore mieux. Encore faut-il être assez grand pour pouvoir le monter. Pour Timoto, encore bien petit, il faudra se contenter d’un poney, voire d’un double poney, ce qu’il trouve doublement nul. Et si les épaules de papa offraient au final la plus belle des cavalcades?

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Quant à déclarer son amour à sa maman qu’il aime « très beaucoup », il lui faut un papier très très long, suffisamment long pour contenir sa loooongue déclaration. Et hop, un rouleau de papier éponge fera l’affaire, accompagné de fleurs coupées dans le pot de fleurs du balcon. Maman devrait être contente.

Ce petit héros de Rémi Courgeon incarne avec justesse les réactions, réflexions des petits, se fait l’écho de leur imaginaire. Drôle et facétieux, imaginatif et rêveur, attachant et remuant, il ravira les petits à partir de 4 ans.

La dernière photo, Franck Courtès (JC Lattès) : le récit d’un passeur d’émotions

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La dernière photo, Franck Courtès

Editions JC Lattès, avril 2018

Le récit émouvant d’un homme, photographe de renom, qui a délaissé l’objectif de son appareil photo pour sa plume d’écrivain. Un choix en cohérence avec ce qu’il est, ce qui le fait vibrer, ce dont il a besoin : faire passer des émotions, être dans la vérité des choses.

Pendant plus de 20 ans, Franck Courtès a été photographe. Passionnément photographe. Il a vibré, frémi, vécu par et pour la photographie. Très vite, son talent est salué. Libération, Les Inrockuptibles, il multiplie les portraits de vedettes dans les pages des journaux et magazines nationaux, réalise les photos des pochettes de disques de chanteurs de renom, toujours entre deux trains, entre deux avions pour l’autre bout du monde. Ce qu’il aime par-dessous tout ? Aligner sur une même ligne de mire le regard, l’objectif et le cœur. Faire tomber le masque bien lisse des apparences pour saisir l’âme de ceux qu’il photographie. Fusionner l’espace d’un instant avec le modèle.

Un art qui implique une implication totale, fait l’éloge de la lenteur.

Or au début des années 2000, on ne demande plus aux photographes d’exprimer une vision personnelle de leur sujet, de faire ressortir la vérité du modèle, mais d’offrir au public une image flatteuse, vendeuse, dût-elle être surfaite, ne pas refléter la personnalité réelle de la personne mais ce qu’on a projeté sur elle. Non seulement on demande désormais à Franck Courtès d’être expéditif, de s’en tenir à la surface des choses, mais de plus en plus de modèles le considèrent juste comme un faire-valoir. Invisible dans leur regard, traité avec mépris, il n’est toléré que parce qu’il fait d’eux un portrait avantageux qui circulera dans les médias.

Lentement, le divorce avec la photographie, ou plus exactement avec ce qu’est devenue la photographie de presse, se dessine. Non seulement l’auteur n’y retrouve plus la flamme première, mais il est en désaccord avec lui-même, avec ce qu’il aime, ce dont il a besoin. Chaque commande acceptée l’éloigne de lui, de son essentiel. Osera-t-il sauter le pas ?

Avec une sensibilité à fleur de plume, on assiste à la fin d’une passion et à la naissance d’une autre. Ou quand l’écriture se substitue à la photographie pour véhiculer des émotions. Franck Courtès a eu le courage de quitter un métier qui paraissait enviable de l’extérieur, mais le tuait à petit feu. Un parcours passionnant, émouvant, qui interpellera celles et ceux qui ont le sentiment de passer à côté de leur vie, de ne pas avoir fait les bons choix. Franck Courtès vous le montre : il n’est jamais trop tard pour faire du reste de sa vie la plus belle partie de son existence.