Les rêveurs, Isabelle Carré : une histoire bouleversante servie par une plume pleine de grâce

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Editions Grasset, janvier 2018

Un roman autobiographique indiciblement émouvant, remarquablement écrit, sur une famille de rêveurs et d’écorchés vifs atypiques, qui va devoir davantage rêver sa vie que vivre ses rêves.

« Je suis une actrice connue que personne ne connaît ». César de la meilleure actrice en 2003 pour « Se souvenir des meilleurs choses », deux fois Molière de la comédienne, Isabelle Carré est en effet une actrice dont beaucoup connaissent le visage, les pièces de théâtre et la filmographie. Pourtant. Pourtant celle qu’ils connaissent, ou plus exactement, celle qu’elle leur permet de connaître, arborant toujours un si joli sourire, n’est que la partie émergée d’elle-même. « Ça ne se voyait pas. J’étais d’humeur égale. Je cachais bien mes faiblesses, dans un sourire. »

Alors, à 46 ans, Isabelle Carré s’autorise enfin à nous faire entrer dans les coulisses de sa vie, tout particulièrement dans celles de son enfance. « Ecrire comme mon frère jouait du piano, certainement pas pour briller, encore moins pour prouver quoi que ce soit, mais pour exprimer une chose qui doit être dite, ou pour se défouler tout simplement. » Avec beaucoup de sensibilité, d’empathie, sans jamais se plaindre ni juger qui ou quoi que ce soit, elle nous invite dans les années post-soixante-huitardes à rencontrer sa famille atypique. D’un côté sa mère, issue d’un milieu aristocratique, reniée par les siens pour être tombée enceinte hors mariage et avoir voulu garder l’enfant. De l’autre, son père, artiste designer, qui n’ose pas avouer son inclination pour les hommes à une époque où l’homosexualité est encore un sujet tabou. Deux êtres réunis par « la même absence de liberté, et surtout d’intérêt de leur famille à l’égard de ce qu’ils étaient vraiment. » Deux êtres trop blessés pour pouvoir être présents à leurs enfants, les soutenir, les rassurer, les protéger. Mais deux êtres aimants, qui ont fait du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient reçu.

Sur ces pages rédigées avec grâce, bienveillance et douceur, Isabelle Carré nous révèle une capacité extraordinaire à se réjouir du moindre bonheur, à transformer toute expérience négative en une leçon de vie positive. A sourire, envers et contre tout. Malgré les fins de mois difficiles, malgré la fragilité du couple, l’accident qui faillit lui coûter les jambes, ou encore sa tentative de suicide adolescente, elle garde le meilleur de ces années, lesquelles l’ont construite telle qu’elle est aujourd’hui : une femme talentueuse et attachante.

 

 

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Entrez dans la danse, Jean Teulé chorégraphie l’histoire de France

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Entrez dans la danse, Jean Teulé

Editions Julliard, février 2018

Jean Teulé devient le chorégraphe de l’histoire de France, et tout particulièrement de ce ballet étrange et mortel, la « peste dansante », qui eut pour scène Strasbourg en 1518…

Au début du 16ème siècle, après plusieurs vagues d’épidémie et une église riche mais avare, les strasbourgeois sont affamés. Ils survivent dans une misère telle, que certains en sont réduits à manger leurs nouveau-nés. D’autres à s’en séparer en les jetant dans la rivière. C’est alors qu’un jour de juillet, une femme, Enneline Toffea, se met à danser dans la rue du jeu des enfants. Rien de remarquable si ce n’est que sa danse va devenir contagieuse…et mortelle.

Hommes, femmes, enfants, toute personne entrant en contact avec elle est contaminée et devient contaminante. En moins de deux semaines, ce sont plus de 12000 danseurs qui s’agitent en tout sens jour et nuit, sur une cité qui compte 16000 habitants. Les pieds en sang, affamés, épuisés, déshydratés, ils hurlent, supplient qu’on les aide à mettre fin à leur transe. Mais seule la mort y met un terme. Une rave partie fatale.

Phénomène surnaturel ? Punition divine ? Maladie inconnue ? Crise d’épilepsie collective ? Médecins et autorités religieuses s’interrogent.

Jean Teulé s’inspire une fois encore avec talent de l’histoire de France et la revisite avec son humour grinçant, avec ce contraste saisissant entre la gravité du sujet et la vivacité, la légèreté du style. Un roman qui m’a toutefois moins captivée que les précédents, le sujet de cette peste dansante peinant à tenir la longueur. Un sentiment mitigé, donc.

Collection Kididoc mon imagier, des livres animés pour tout-petits

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Collection Kididoc mon imagier, illustrations Nathalie Choux

Editions Nathan, janvier 2018

Voilà une collection qui va enchanter les petits ! En effet, ces petits livres cartonnés ont tout pour séduire les tout-petits à partir de 6 mois :

  • Des couleurs chatoyantes qui attirent l’oeil
  • Des illustrations craquantes de Nathalie Choux
  • Des animations : dès la couverture, et sur chaque double-page, l’enfant pourra glisser son doigt dans les interstices prévus pour faire apparaître et disparaitre des objets et ainsi animer la page.
  • Un univers fascinant : la fête d’anniversaire, les pompiers, les aliments, les fruits,…, autant d’occasions d’apprendre des mots en nommant les dessins qui peuplent ces univers.
  • Une résistance à toute épreuve ou presque : non pas que les petits soient des brutes 😉, mais ils ne manipulent pas toujours très délicatement les livres. Ces derniers, grâce à leurs pages cartonnées épaisses, ne risquent rien, enfin pas grand chose 😉

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Alors, si vous voulez aiguiser la curiosité de votre enfant, l’accompagner dans l’apprentissage de ses premiers mots, jouer avec lui, exercer sa motricité fine, n’hésitez pas à lui offrir les albums de cette collection !

 

L’atelier des souvenirs, Anne Idoux-Thivet

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L’atelier des souvenirs, Anne Idoux-Thivet

Editions Michel Lafon

Un premier roman feel-good, d’une infinie tendresse. Et si l’écriture pouvait tisser des liens entre les générations ?

Faute de trouver un poste d’enseignant-chercheur en sociologie, Alice déprime. Chômeuse surdiplômée, poussée par ses parents à prendre son envol du nid, elle dresse un état des lieux. Puisque son autre passion en dehors de la sociologie est de s’occuper des « petits-vieux », au sens noble, respectueux et affectueux du terme, pourquoi ne pas proposer ses services aux maisons de retraite environnantes ? Elle pourrait tenter sa chance dans un champ qui se situerait à la confluence de la culture et de la transmission, en proposant des ateliers d’écriture aux personnes du 3ème voire du 4ème âge ? Aussitôt imaginé, aussitôt concrétisé.

Très vite, des liens se tissent entre les écrivains en herbe des maisons de retraite et Alice. Ces derniers se réjouissent de ces rendez-vous hebdomadaires, de la présence de cette jeune femme chaleureuse dont ils perçoivent l’immense solitude derrière le sourire de façade. De son côté, Alice est sidérée par le pouvoir de l’écriture, laquelle déverrouille les portes de la mémoire, révèle des personnes attachantes aux parcours émouvants. Mieux, l’écriture permet aux générations de se retrouver grâce au partage d’expériences vécues, d’histoires couchées sur du papier, lors des rencontres qu’elle initie entre les enfants de l’école voisine et les résidents des maisons de retraite.

Quand Alice se prête elle aussi à l’exercice, sollicitée par les résidents, curieux de voir ce dont sa plume va accoucher, elle confirme ce qu’ils ressentent : cette immense solitude affective. Il n’en faudra pas plus à notre bande de retraités, désireux de mettre à leur tour du bonheur dans la vie de leur bienfaitrice, pour comploter en cachette : et s’ils aidaient Alice à retrouver l’amour? Leur plan est alors baptisé l’Alice project, plan que notre club des six est bien déterminé à mener à terme. Y parviendront-ils?

Ce roman feel-good est empli de tendresse, réchauffe comme un bon feu de cheminée au cœur de l’hiver. Les personnages, tous très différents et aussi attachants les uns que les autres, nous emmènent sur le chemin de leurs mots, émouvants toujours, drôles parfois, sincères assurément.

Une lecture douce et réconfortante comme un bon édredon moelleux.

Les bouées jaunes, Serge Toubiana (Stock)

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Les bouées jaunes, Serge Toubiana

Editions Stock, janvier 2018

L’hommage émouvant de Serge Toubiana à celle qui partagea et illumina sa vie pendant 27 ans : Emmanuèle Berheim.

« Ecrire pour être à ses côtés et prolonger le bonheur d’avoir vécu auprès d’elle. Ecrire pour combler le vide, l’absence. Pour raconter le film de sa vie. Et faire en sorte qu’il ne soit jamais interrompu. » Quand Serge Toubiana, ancien directeur de la Cinémathèque française et des Cahiers du cinéma, perd sa compagne Emmanuèle Berheim des suites d’une longue maladie en mai 2017, le chagrin le submerge. Pour ne pas se noyer, il s’accroche à l’écriture comme à une bouée. Chaque jour, pour la maintenir vivante à ses côtés, il nage vers elle dans un océan de mots. Elle qui adorait nager longuement à l’île aux Moines, jusqu’aux bouées jaunes au loin, peut le voir désormais la rejoindre, dans les flots du souvenir.

Avec beaucoup de sensibilité, un amour et une admiration qui transparaissent à chaque phrase, Serge Toubiana nous dresse le portrait de cette romancière et scénariste indépendante, passionnée de boxe et de tir au pistolet, qui n’hésitait pas à chahuter l’ordre moral. Une férue d’art contemporain, de découvertes en tous genres, aimante et attentionnée avec chacun. Mais sous ces facettes lumineuses de cette amoureuse de la vie, à l’humour inénarrable, se cachait aussi une femme plus sombre, tourmentée, qui a longtemps dû batailler avec ses pulsions autodestructrices, avec les rapports complexes qu’elle entretenait avec ses parents.

Si ce témoignage est indiciblement touchant, si les mots de l’auteur interprètent une vibrante ode à l’amour et évitent avec soin l’écueil du pathos, j’ai été gênée par contre, par ce besoin non justifié à mes yeux, de faire étalage dans ce livre du nom des célébrités qui entourent le couple (Michel Houellebecq, Catherine Deneuve, François Ozon, Laure Adler, Claude Lanzmann,…), et ce, à de multiples reprises. Ceux qui ont appelé, ceux qui ont écrit, ceux qui se sont succédé à son chevet à l’hôpital, l’auteur nous en fournit de longues listes qui alourdissent le récit et ne lui apportent rien. Amis connus ou inconnus, quelle importance ? L’essentiel n’est-il pas davantage d’être entouré d’amis chers, peu importe qu’ils soient médiatisés ou non ? C’est donc un sentiment mitigé que j’éprouve à l’égard de ce récit, émouvant, sincère, vibrant, mais non dénué de longueurs et de précisions peu utiles.

Un imagier ludique pour apprendre les couleurs, chez Nathan

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Mon premier imagier-jeu des couleurs, illustrations Nathalie Choux

Editions Nathan, février 2018

A partir de 6 mois

Un livre pour apprendre aux tout-petits à reconnaître les couleurs, tout en jouant.

Chaque double page recense des objets d’une même couleur. Le rouge, le bleu, le jaune, le vert, le orange mettent à l’honneur les objets et animaux familiers de l’environnement de l’enfant. Pour chaque couleur, l’enfant devra tourner la roue et trouver quel objet de cette roue correspond à la couleur de la page : est-ce le poisson rouge, la voiture bleue, le citron jaune, la grenouille verte, la fleur rose ou le crabe orange ? Un livre ludique qui va aiguiser le sens de l’observation et de la concentration de l’enfant, le valoriser, et entraîner sa motricité fine.

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Les pages de ce livre sont en cartonnage très épais et donc résistant pour les mimines certes petites mais pas toujours délicates des tout-petits 😉

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Un livre très chouette pour apprendre les couleurs, reconnaître et nommer les objets qui peuplent le quotidien. Curieux petit, curieux pour la vie !