Matin d’écume, Anne Michel (Presses de la cité) : un premier roman chaleureux et sensible

 

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Matin d’écume, Anne Michel

Editions Presse de la Cité, mai 2017

Collection Terres de France

 

Le charme et les jours d’un petit monde insulaire conjuguant la douleur de l’absence et les vrais élans du cœur. Un premier roman chaleureux et sensible.

 

Sur l’île d’Adrec, en Bretagne, tout le monde se connaît. Et les caractères des insulaires sont à l’image de la nature environnante : entiers. Abrupts parfois. Authentiques toujours. Résistants aussi, face aux tempêtes de l’existence. Un sentiment d’appartenance à une même communauté, de référence à de mêmes valeurs, qui conduit les habitants à s’entraider.

Quand François, le médecin de famille, se blesse, c’est Lucas qui le remplace. Or un médecin sur une île est bien plus qu’un médecin. C’est le soignant, le confident, le frère, le père, l’ami. Lucas va donc devoir se familiariser avec les habitants, leurs histoires, leurs forces et leurs failles, afin que ces derniers le considèrent comme un des leurs. A l’image de la place qu’occupait François avant lui. Les iliens, ce sont Ismael, jeune ado mutique depuis le décès de son père, mais aussi Adam et Nathalie qui veillent sur ce dernier. C’est Jan, le vieil homme de la forge, un taiseux au cœur tendre. C’est Edith, qui chaque jour va glisser des petits mots sous un rocher à l’intention de son défunt mari, inconsolable. Ou encore la douce Marie, veillant sur sa mère Christina, figure et mémoire de l’île. C’est tout ce petit monde que Lucas, mais aussi Lise, jeune femme venue sur les traces de son mari, vont devoir apprivoiser.

Ce premier roman est vraiment une belle réussite. Avec beaucoup de sensibilité, de finesse dans l’analyse psychologique des personnages, Anne Michel nous entraine sur cette île au climat un peu rude, mais si belle, si authentique. A l’instar de ceux qui y vivent. Ou quand la solidarité, le dialogue et la bienveillance viennent durablement éclairer le ciel de vies obscurcies.

Un roman positif et viscéralement humain.

Glissez Brigitte Kernel dans votre poche!

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Agatha Christie, le chapitre disparu, de Brigitte Kernel

Editions J’ai lu, juin 2017

L’idée de départ du nouveau roman de Brigitte Kernel est géniale : partir d’un fait réel de la vie de la célèbre romancière- sa disparition l’hiver 1926, et le traiter comme une fiction…dans le style scriptural de la célèbre reine du crime ! Un thriller psychologique captivant.

Personne ne sait ce qu’il est advenu d’Agatha Christie lorsqu’elle s’éclipsa du domicile conjugal pendant 11 jours, en décembre 1926. Celle qu’on surnommait la reine du crime, laissa chacun émettre sa propre hypothèse et faire de sa disparition un suspens digne de ses meilleurs romans. Les Hercule Poirot et Miss Marple en herbe invoquèrent qui un coup de publicité, qui un meurtre commis par son mari, qui un suicide, qui un kidnapping ou encore des problèmes de couple. Mais personne n’en fournit l’ombre d’une preuve. Alors ?

Alors Brigitte Kernel nous propose de se glisser avec talent dans la peau d’Agatha Christie, de se faire l’encre de sa voix et de nous livrer sa version des faits. De Londres à Sunningdale en passant par Silent Pool, Ashfield et Harrogate, l’auteur se faufile dans les empreintes de la disparue et nous fait revivre avec une extrême sensibilité, une justesse exquise et une tension implacable, les joies et tourments qui furent siens.

Un roman fascinant, un suspense haletant, qui prend le lecteur en otage dès les premières lignes et ne le relâche qu’à la toute dernière page. Une tranche de vie émouvante, aux parfums d’amour, de trahison et de vengeance. Un bel hommage à cette romancière décédée il y a tout juste 40 ans. Et un très gros coup de cœur!

La femme nue, Elena Stancanelli (Stock)

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La femme nue, Elena Stancanelli

Traduction de l’italien par Dominique Vittoz

Editions Stock, mai 2017

 

Anna est en couple avec Davide depuis cinq ans. Et depuis quelques mois, la magie n’opère plus. Mais aucun n’envisage pour autant la séparation. Jusqu’au jour où un téléphone mal raccroché permet à Anna de surprendre les propos de son conjoint avec un collègue. Et de l’entendre, sonnée, évoquer ses maitresses, dont une certaine Chien. Anna qui jusqu’alors ne s’était jamais montrée méfiante ni jalouse, voit sa vie basculer. Désormais, elle n’a plus qu’une obsession : démasquer et humilier sa rivale, lui faire passer l’envie de lui voler Davide.

« Je voulais tout savoir sur Davide : ce qu’il écrivait, ce qu’il faisait, où il était, où il dormait, avec qui il couchait. » Elle pirate sa boîte mails, son compte Facebook, se crée un faux profil sur les réseaux sociaux, le piste grâce à la géolocalisation du téléphone, bien déterminée à tout apprendre sur Chien. Afin de mieux l’anéantir. Plus rien d’autre ne compte. Au point de se négliger, de ne plus s’alimenter ni se laver ou même dormir.

La femme nue raconte l’histoire d’une femme trahie, blessée dans son amour propre, qui peu à peu va verser dans la folie. Une femme dont l’obsession de vengeance devient à ce point dévorante qu’elle en perd tout contrôle sur sa vie. Un roman qui m’a embarquée au début, tant la tension est palpable, le rythme soutenu, les situations crédibles, mais qui m’a perdue en chemin. J’ai eu de la peine avec la redondance des scènes érotiques qui alourdissent et ralentissent le récit, le caractère glauque que prend l’histoire, l’esprit résolument dérangé de l’héroïne. Je vous laisse donc juge, après une lecture mitigée pour ma part.

Reste le chagrin, Catherine Grive (JC Lattès)

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Reste le chagrin, Catherine Grive

Editions JC Lattès, avril 2017

 

Ce roman apporte un éclairage très intéressant sur un pan peu connu de l’histoire : celui des Gold Star Mothers. A l’initiative du général Pershing, le Congrès a en effet organisé entre 1930 et 1933, des pèlerinages pour les mères et épouses de soldats morts pendant la première guerre, dont les corps n’ont pas été rapatriés. Un voyage collectif vers la France, que Catherine Grive nous propose de faire aux côtés de l’une d’elle, Catherine Troakes.

Pour Catherine, le deuil est d’autant plus lourd à vivre que son défunt fils a toujours été sa priorité. Sur son couple. Sur ses autres enfants. Sur tous et tout. En perdant Alan à l’aube de ses dix-huit ans, elle a donc le sentiment d’avoir tout perdu. Et les 17 années écoulées depuis, n’adoucissent en rien son incommensurable chagrin. Qu’a-t-elle en commun avec ces autres mères endeuillées sur le paquebot ? Tandis qu’elles échangent leurs souvenirs, leurs peines, Catherine se remémore une autre traversée vers la France. Celle qu’elle avait faite en ces temps joyeux, ces années illuminées par la présence de son fils. Passé et présent s’entremêlent alors sur le fil de ses pensées…

Si le sujet est très intéressant, je ne me suis en revanche pas sentie touchée par cette femme, ne suis pas parvenue à entrer en résonance avec ses blessures, ses faiblesses, ses espoirs. J’ai effectué la traversée sans être traversée par les émotions. Dommage…

 

La soupe à tout! Une nouvelle aventure d’Edmond et ses amis (Nathan)

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La soupe à tout!, Astrid Desbordes (auteure) et Marc Boutavant (illustrateur)

Editions Nathan, mai 2017

Dès 4 ans.

Les plats les plus réussis sont ceux  qu’on partage entre amis. L’amitié est au coeur de ce nouvel opus d’Edmond et ses amis.

Vos enfants seront ravis de retrouver leur héros favori, l’écureuil Edmond, entouré de ses inséparables comparses : Georges Hibou et ses déguisements, l’ours Edouard un peu crâneur, les inséparables souris Polka et Hortense, la Chose, cette créature poutchement attachante. Et bien d’autres encore.

Alors qu’il farfouille dans le grenier, Edmond trouve le vieux livre de recettes de sa grand-mère, ces douceurs de son enfance. Confiture de noisettes, millefeuille mais surtout…la soupe à tout! Et de décider le soir même d’inviter ses amis autour d’une soupe à tout. Pour cette recette, chaque invité doit apporter un ingrédient de son choix. Mais ce qui donne à la soupe toute sa saveur, c’est un ingrédient particulier et indispensable : l’ingrédient-mystère. Alors que chacun cherche à identifier le mystérieux ingrédient, des tensions et moqueries apparaissent entre amis. Et la soupe rate.

Cette nouvelle aventure met en avant les notions de partage, de respect, d’entente. Notions et situations auxquelles les enfants s’identifieront facilement. Une très tendre aventure,  des personnages attachants et des illustrations craquantes, ce livre fera le bonheur des enfants et de leurs parents-lecteurs!

Le début des haricots, de Fanny Gayral : attention, coup de coeur!

Le début des haricots, Fanny Gayral

Editions Albin Michel, juin 2017

 

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Plus efficace qu’un psy, moins cher qu’une cure de détox, un premier roman salutaire de Fanny Gayral, jeune médecin, qui s’amuse de nos névroses… pour voir les choses du bon côté ! Ne passez pas à côté de ce roman qui procure un bien-être fou !

Anna, jeune médecin urgentiste, est aussi affirmée dans son travail qu’effacée en dehors. Aussi assurée dans ses gestes et décisions de praticienne, que malléable et vulnérable avec ses proches. Surtout son père, professeur en médecine, qui ne conçoit pas la vie de sa fille autrement que dans les traces de la sienne. Anna étouffe, peste intérieurement, mais ne se sent pas la carrure de s’opposer au big boss, alias « le bombardier » pour ses collègues. Personne d’ailleurs, pas même sa femme, n’ose s’y frotter.

Jusqu’au jour où elle fait une erreur de diagnostic qui manque de coûter la vie à un patient. Paniquée pour son malade, dévorée d’angoisse à l’idée des foudres paternelles qui ne manqueront pas de s’abattre sur elle, elle décide alors de déserter. Le regard attiré par une pancarte évoquant un stage de psychothérapie intégrative sur le thème du courage, elle ne s’autorise pas à trop réfléchir et s’inscrit pour la semaine de stage. Tant pis pour le congrès de cardiologie où elle est attendue ! Une décision qui va bouleverser sa vie, ses choix de vie. Une renaissance.

Ce roman de Fanny Gayral est un vrai délice de lecture ! Avec des formules inédites, un humour rafraîchissant, une analyse fine de la psychologie des personnages, l’auteur nous entraine sur les pas d’une femme à l’aube de sa renaissance. Identifier ses aspirations profondes, repenser sa vie, ses priorités, ses choix, qui n’y a pas songé un jour ou l’autre ? Oser ensuite assumer ses décisions, ses envies et foncer, qui n’en a pas rêvé ? Oser être et non plus juste par-être. Vivre enfin. Pleinement.

Un roman frais, pétillant, positif, qui fait un bien fou et se lit d’une traite, le sourire aux lèvres! Ne passez pas à côté de cette pépite !

 

Prix des lecteurs l’Express/BFMTV 2017 : Didier Decoin

Le prix des lecteurs L’Express/BFMTV récompense cette année Didier Decoin, écrivain confirmé, récompensé en son temps par l’Académie Goncourt dont il est aujourd’hui l’un des piliers, pour Le Bureau des Jardins et des Étangs, paru aux éditions Stock.

Didier Decoin est le quatrième lauréat de ce prix, après Maylis de Kerangal, François-Henri Désérable et Marc Victor, son prédécesseur, l’an dernier. Les autres livres en lice étaient : Marlène de Philippe Djian, Inhumaines de Philippe Claudel, Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, Costa Brava d’Eric Neuhoff, Calcaire de Caroline de Mulder, Romain Gary s’en va-t-en guerre de Laurent Seksik et Article 353 du code pénal de Tanguy Viel.

Retrouvez la chronique que j’avais consacrée à ce livre : 

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Un conte initiatique d’une déchirante beauté, sensuel, poétique, voluptueux, à l’époque du Japon médiéval. Coup de cœur immense pour cette sublime estampe.

C’est une immersion totale dans le Japon du XIIème siècle, à l’époque Heian, que nous offre Didier Decoin.

Miyuki, jeune femme frêle, « une maigre silhouette d’herbe folle », vivait un amour idyllique avec Katzuro, le pêcheur de carpes le plus habile du village de Shimae, fournisseur officiel du Bureau des Jardins et des Etangs de l’empereur. Mais ce dernier glisse sur le fond glaiseux de la rivière et meurt noyé. Tous pensent alors que sa veuve va s’effondrer. Or c’est mal connaître la réservée Miyuki. Dès l’instant de la nouvelle de son décès, elle qui n’a jamais passé les frontières de son village, décide de relever le défi de livrer les carpes à l’empereur à plusieurs jours de marche de là. Parce que l’argent de la vente de ces poissons sacrés permettra de faire vivre le village. Mais aussi et surtout, parce qu’ainsi elle entend rendre hommage à son défunt mari. Ces carpes qu’elle portera péniblement dans des vasques en osier remplies d’eau, au bout d’une palanche, sont les dernières que Katzuro a capturées. Un trésor ô combien symbolique.

Un voyage qu’elle entreprend seule. En apparence. Car sans cesse les souvenirs de Katzuro l’accompagnent, au point de le rendre indiciblement présent à ses côtés, de guider ses pas, de faire battre son cœur.

Une aventure épique, au cours de laquelle il lui faudra affronter les intempéries, les monstres marins, les brigands, se frotter à une tenancière de maison close aux dents vertes. Ou comment la candide Miyuki, mue par l’amour pour son défunt mari, découvre le monde et s’émancipe. C’est pour le lecteur l’occasion d’un voyage sublime au cœur d’un Japon où se mêlent un raffinement extrême, une infinie poésie et une divine exaltation des sens.

Un coup de coeur absolu!