D’une aube à l’autre, Laurence Tardieu

d'une aube à l'autre

Le récit bouleversant d’une mère, d’une famille, dont la vie bascule avec la découverte de la leucémie du petit dernier. Puissant, émouvant, magnifique.

Quand la maladie vous projette en enfer

Depuis quelque temps, le petit dernier de Laurence Tardieu, Adam, affichait une fatigue inhabituelle. Des examens sanguins révèlent quelques faiblesses au niveau de la formule sanguine, mais rien à priori d’alarmant. Sauf que son état se dégrade et nécessite de nouvelles analyses. Et le verdict de tomber, aiguisé comme un couperet : le jeune Adam, âgé de 5 ans à peine, est atteint d’une leucémie aigüe myéloblastique. Il doit être hospitalisé en urgence en service d’hématologie. Pour un an. S’il s’en sort.

C’est pour Laurence Tardieu et Gilles, son conjoint, ainsi que pour les deux filles ainées du couple, le catapultage dans un nouveau monde, la perte des traditionnels repères, de tout ce qui jusqu’alors jalonnait leur quotidien. C’est la propulsion en l’espace d’une minute dans un univers totalement inconnu et effrayant, celui de la maladie, du confinement en chambre stérile, de la fluctuation des diagnostics, des montagnes russes, des tsunamis d’angoisse.

Mais pas seulement.

Ce tsunami oblige à se recentrer sur l’essentiel, à se découvrir des ressources et des forces insoupçonnées, à reconsidérer ses priorités. Cette mort de la vie d’avant est l’opportunité de renaitre plus fort, plus loin. Lors dune nouvelle aube.

Renaitre plus fort

Avec D’une aube à l’autre, paru en cette rentrée littéraire 2022 aux éditions Stock, Laurence Tardieu nous livre son combat intime et celui de toute sa famille, lors des 158 jours d’hospitalisation de son fils Adam. Sans voyeurisme malsain, en évitant avec brio l’écueil du pathos, elle revient sur le séisme qui les a secoués, ses trois enfants, son conjoint et elle. Dans un style presque animal, d’une puissance évocatrice inouïe, elle emporte le lecteur à ses côtés dans le combat qui fut leur de mars à août 2020 à l’hôpital.

Mais ne vous y trompez pas. Il ne s’agit pas du simple journal intime d’une mère, de la description des jours, des semaines et des mois d’hospitalisation. Pas plus qu’il ne s’agit d’un livre sombre. Non, Laurence Tardieu parvient à faire naître de ce champ de ruines de sa vie d’avant, un espoir, une détermination et un amour de la vie d’une force rare, qui crève les pages. Et nous interroge sur la solidité du couple face aux épreuves : que deviennent nos priorités quand un enfant reste malade ? Jusqu’où refuse-t-on de renoncer à ce qui faisait sa vie jusque-là (travail, réussite sociale, loisirs, vie amicale…) ? Qu’est-ce qu’on préserve à tout prix et pendant combien de temps ? C’est aussi l’occasion d’une réflexion sur nos ressources cachées, sur ce dont nous sommes capables face à l’adversité. Et ce que ce genre de combat change définitivement en nous.

«Il m’a fallu une dizaine de jours pour apprendre ce que la vie, en 47 ans, ne m’avait pas enseigné : le courage, la force, la lucidité ne sont possibles que dans la détente et le renoncement, dans l’absence de défense et non dans le corps qui se dresse, qui se prépare, qui guette. »

Un livre d’une foudroyante beauté. Hymne à l’amour, au courage. A la vie.

Informations pratiques

D’une aube à l’autre, Laurence Tardieu- éditions Stock, janvier 2022 – 19,50€ – 231 pages

5 livres de témoignage/récit à offrir pour Noël

Vous souhaitez offrir un livre qui soit le témoignage d’une expérience forte, un récit vibrant? Alors j’ai pensé à vous! Pour chaque livre, cliquez sur le titre pour accéder à l’article complet que je lui ai consacré.

Parmi les publications de ces derniers mois, j’ai lu et partagé avec vous de très beaux témoignages, des expériences humaines fortes, bouleversantes, lumineuses. Des chemins de vie inspirants. Voici 5 livres qui feront de magnifiques cadeaux de Noel à glisser sous le sapin :

  • Alain Rémond, Ma mère avait ce geste, éditions Plon. Après le magnifique Chaque jour est un adieu, publié il y a une vingtaine d’années, dont la beauté, la profondeur et la sensibilité m’avaient émerveillée, j’attendais avec impatience de lire le nouveau livre autobiographique d’Alain Rémond. Ma mère avait ce geste est d’une beauté bouleversante et évoque l’amour que l’auteur porte à sa mère. Une œuvre magistrale.
  • Anne-Dauphine Julliand, Deux petits pas sur le sable mouillé, version illustrée d’aquarelles, éditions J’ai Lu : Le combat bouleversant d’un couple, d’une famille, pour faire face à la maladie génétique incurable de leurs deux petites filles. Mais surtout, un poignant témoignage sur la force de l’amour, cet amour capable de déplacer des montagnes. Inoubliable.
  • Thierry Beccaro, Ma résilience à moi, éditions Plon : Avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, Thierry Beccaro nous livre quelle a été sa voie de résilience, pour surmonter la maltraitance infantile dont il a été victime. Parce qu’il est possible de se reconstruire. D’avancer. Un témoignage plein d’espoir pour toutes celles et ceux qui cheminent encore dans la nuit.
  • Emmanuelle Hutin, La grenade, éditions Stock : Ne soyez surtout pas effrayé par la gravité du sujet de La grenade. Ce n’est pas un livre sur la maladie, même si elle est presque un personnage à part entière du livre. Ce n’est pas non plus un livre sur le deuil. Ce n’est pas davantage un livre sombre. C’est le  témoignage vibrant d’une mère et femme face à la maladie de son fils. C’est le chemin magnifique d’une femme, mue par le besoin viscéral de se réaliser pleinement. Ce n’est pas de la pitié ni de l’accablement que ressent le lecteur de La grenade. Mais de l’empathie pour la famille, de l’admiration pour le cheminement de la femme et de la gratitude pour le message d’espoir véhiculé par la romancière.
  • Dunya Mikhail, Captives, un apiculteur au secours des Yézidies, éditions Grasset. Dunya Mikhail recueille les témoignages de survivantes du génocide commis par Daech en Irak et en Syrie contre la minorité yézidie. Mais aussi leur sauvetage par un homme extraordinaire au péril de sa vie. Ou quand le pire côtoie le meilleur de l’homme.
décoration de Noel cinemagraph

Deux petits pas sur le sable mouillé

Deux petits pas sur le sable mouillé

Le combat bouleversant d’un couple, d’une famille, pour faire face à la maladie génétique incurable de leurs deux petites filles. Mais surtout, un poignant témoignage sur la force de l’amour, cet amour capable de déplacer des montagnes. Inoubliable.

Maladie génétique orpheline

Anne-Dauphine et son mari Loïc sont les parents comblés d’un petit garçon de 4 ans, Gaspard, d’une petite fille Thaïs, âgée de 2 ans et, dans quatre mois, ils vont accueillir avec joie leur troisième enfant : une petite Azylis. Ajouté à cela un indéfectible amour entre les parents, des métiers épanouissants, autrement dit, le tableau d’un bonheur qui aurait pu être parfait.

Parfait si Anne-Dauphine n’avait pas remarqué la démarche un peu étrange de Thaïs sur le sable. Alors que l’on pense sur le coup à un simple problème de pieds plats, c’est la foudre qui s’abat sur la famille quand le diagnostique tombe, sans appel : Thaïs est atteinte d’une maladie génétique rare. Une maladie qui ne lui laisse espérer que quelques mois de vie sursitaires. Son nom : la leucodystrophie métachromatique. Un nom aussi barbare que les symptômes qui lui sont associés. Et, comme si ce coup de massue ne suffisait pas, les futurs parents apprennent qu’il y a une chance sur quatre pour que l’enfant à naître soit lui aussi porteur de cette maladie.

Et en effet, à la naissance de la petite Azylis, la foudre frappe à nouveau.

Il est difficile d’imaginer comment nous aurions fait pour rester debout dans pareil cas. Si nous y serions même parvenus. Anne -Dauphine Julliand et son mari, leur fils Gaspard mais aussi le reste de la famille, les amis, vont se mobiliser et faire face. Même si c’est dur, pour ne pas dire inhumain. Même si l’issue est inéluctable. Car s’il y a bien une promesse qu’Anne-Dauphine entend tenir, c’est que quelle que soit la durée de la vie de ses deux filles, cette vie sera intense en amour. De l’amour comme s’il en pleuvait. Parce qu’à défaut de pouvoir ajouter des jours à la vie, Anne-Dauphine et Loïc vont ajouter de la vie aux jours de leurs fillettes.

Magnifique. Poignant. Inoubliable.

L’amour dans toute sa force et sa beauté

J’avais rencontré Anne-Dauphine Julliand en octobre 2019, à l’occasion de la parution de son roman : Jules-César. Vous pouvez retrouver l’échange ICI et la chronique du livre ICI. J’avais été frappée par son courage, la lumière qui émane de sa personne, sa sagesse. Elle disait alors « avoir envie de mettre de la lumière dans les endroits où on n’en voit pas nécessairement« . C’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de Deux petits pas sur le sable mouillé, livre illustré des douces aquarelles de Bertrand de Mollis, paru aux éditions J’ai Lu en ce mois de novembre.

Certes, il s’agit d’un témoignage sur le combat d’une famille confrontée à ce qu’il y a de pire : le décès annoncé de leurs enfants. Mais il serait réducteur d’assimiler le livre à la maladie. Ou à la noirceur, à la mort. C’est tellement plus que cela! C’est le portrait lumineux de deux petites filles courageuses, aimantes, qui ne se plaignent jamais, vivent au jour le jour et nous donnent de belles leçons de vie. C’est le combat incroyable d’un couple et d’un grand frère, la mobilisation générale des amis et de la famille, pour faire face. C’est une histoire d’amour avec un grand A. L’amour dont ces deux petites filles abreuvent leur entourage et ce, même au cœur de la maladie et de la douleur. L’amour dont leur entourage les nourrit, jour et nuit. Des petites filles qui, grâce à ce livre, continuent à vivre dans nos esprits, dans l’encre de ces pages, dans les formidables aquarelles de Bertrand de Miollis.

Informations pratiques

Deux petits pas sur le sable mouillé, Anne-Dauphine Julliand, illustrations Bertrand de Miollis- Editions J’ai Lu, novembre 2021 – 285 pages – 8,90€

Captives, un apiculteur au secours des Yézidies

Dunya Mikhail recueille les témoignages de survivantes du génocide commis par Daech en Irak et en Syrie contre la minorité yézidie. Mais aussi leur sauvetage par un homme extraordinaire au péril de sa vie. Ou quand le pire côtoie le meilleur de l’homme.

Le génocide des Yézidis par Daech

Le yézidisme, ou religion des sept anges, est une religion qui trouve ses racines dans l’Iran antique. Ses adeptes forment une minorité pourchassée par Daech. Ils font l’objet de massacres de la part de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie depuis plusieurs années. Des crimes reconnus comme un génocide par Les Nations Unies.

Ce génocide a entraîné l’expulsion, la fuite et l’exil des Yézidis de leurs terres ancestrales du nord de l’Irak, selon un schéma se répétant à l’identique de village en village. Les djihadistes commencent par désigner leurs cibles en inscrivant une lettre sur la porte de leur maison. Puis ils offrent la paix à la famille de la maisonnée contre la remise de l’intégralité de leurs biens et de leurs armes. Ensuite, ils rompent leur promesse : l’argent, les biens et les armes récupérés, ils embarquent des familles entières en séparant les hommes des femmes, des bébés et des personnes âgées. Les hommes sont abattus et jetés dans des fosses. Les vieillards et bébés sont enterrés vivants. Les femmes, elles, sont vendues sur des marchés comme esclaves (appelées sabayas).

Ce sont ces femmes qu’un apiculteur vivant dans le Kurdistan irakien, Abdallah Shrem, véritable héros des temps modernes, s’efforce de sauver une à une des griffes de Daech. La journaliste irakienne Dunya Mikhail, elle-même exilée aux Etats-Unis, a recueilli les témoignages de ce sauveur et de ces femmes rescapées de l’enfer.

Des témoignages essentiels

Captives, paru aux éditions Grasset, a été finaliste du National Book Award. Et quand on lit ces témoignages de femmes vendues, violées, battues, dont la famille a souvent été exécutée sous leurs yeux, on ne peut que saluer leur courage et trembler devant l’horreur dépassant l’entendement qu’elles ont vécue. L’enfer sans nom auquel elles ont survécu. La journaliste et poétesse irakienne a recueilli leurs témoignages et nous les livre bruts, mêlant l’histoire de ces femmes rescapées à celle de son propre exil.

Cet ouvrage est essentiel pour plusieurs raisons :

  • L’auteure met un visage et un nom sur ces femmes qui ont survécu à l’enfer, des femmes qui méritaient à peine le droit de vivre pour l’Etat Islamique.
  • Ces témoignages sont essentiels : pour que le génocide des Yézédies ne tombe pas dans les oubliettes de l’Histoire. Pour que l’Etat Islamique rende compte de ses crimes. Un devoir de mémoire.
  • Car cet ouvrage ne montre pas que la bestialité d’une poignée d’hommes mais aussi l’humanité, la générosité, le courage dont d’autres hommes sont capables. Qu’il s’agisse de ce merveilleux apiculteur, des passeurs, des familles qui ont accepté de secourir ces femmes. Un hommage ô combien mérité.

A lire.

Informations pratiques

Captives, un apiculteur au secours des Yézidies, Dunya Mikhail – Témoignages – éditions Grasset, octobre 20216 272 pages – 20,90€

Ma résilience à moi, Thierry Beccaro

ma résilience à moi Beccaro

Avec beaucoup de pudeur et de sensibilité, Thierry Beccaro nous livre quelle a été sa voie de résilience, pour surmonter la maltraitance infantile dont il a été victime. Parce qu’il est possible de se reconstruire. D’avancer. Un témoignage plein d’espoir pour toutes celles et ceux qui cheminent encore dans la nuit.

Maltraitance infantile et séquelles à l’âge adulte

Les quatre premières années de sa vie, passées chez sa tendre grand-mère, ont été LA parenthèse enchantée de son enfance. Un cocon de douceur et de tendresse, d’amour et de rires. Mais quand ses parents ont brusquement décidé de le reprendre avec eux, son monde s’est écroulé. Entre un père alcoolique et violent, une mère aux propos rabaissants et destructeurs, l’enfant vit dans la peur. Il s’agit d’éviter tout propos, tout geste, tout comportement susceptible de déclencher la colère et les coups. Mais comme ces derniers pleuvent sans raison, il est difficile pour l’enfant de comprendre ce qui lui arrive, que quoi qu’il fasse il subira les foudres du père. Alors il se met en état d’hypervigilance, se fait tout petit, excelle à l’école pour susciter (ou espérer susciter) la fierté et l’amour de ses parents. En vain.

L’enfant perclus de peur est devenu un adulte au départ très fragile, poursuivi par ses fantômes, peu confiant en lui-même, en la vie. Mais déterminé à avancer. Avec l’amour de la famille qu’il s’est constituée, un long travail réalisé en psychanalyse, il a avancé pas à pas, trébuché parfois. Mais s’est relevé toujours. C’est ce long et émouvant chemin de résilience qu’il nous livre ici.

Témoigner pour aider

Après son premier livre en 2018, Je suis né à 17 ans, dans lequel Thierry Beccaro révélait la violence physique de son père et la violence psychologique de sa mère à son endroit, il témoigne à nouveau dans Ma résilience à moi, paru aux éditions Plon. C’est un témoignage intime et pudique à la fois. L’auteur ne cherche nullement à s’apitoyer sur son sort ni à verser dans le pathos. Au contraire, il se sert de son enfance traumatisante et douloureuse, physiquement comme psychologiquement, pour montrer que malgré ce mauvais départ dans la vie, il est possible de connaitre, adulte, l’amour et l’épanouissement professionnel. Il partage avec le lecteur son long cheminement vers la reconstruction, chemin parsemé d’embuches, de tâtonnements, de joies et de dépassement de soi, non pas pour dicter aux êtres marqués par la vie le chemin à suivre, car chacun a un vécu propre et une voie propre à trouver. Mais pour transmettre un message d’espoir : oui, il est possible de dépasser son passé.

C’est indiciblement émouvant, courageux, altruiste. Une main d’encre et de papier tendue aux autres. Certes, un enfant fracassé deviendra un adulte fragilisé, mais l’important est de faire de ses cicatrices des balafres réussies. Des obstacles surmontés un exemple pour encourager les autres. Afin qu’ils se sentent moins seuls dans leur combat. Afin qu’ils osent libérer la parole et sortir de leur écrasante culpabilité. Et réapprennent à sourire à la vie.

Un livre nécessaire.

« S’apitoyer c’est se réduire c’est s’arrêter d’avancer, c’est disparaitre en soi, sans avoir plus d’explications. »

Informations pratiques

Ma résilience à moi, Thierry Beccaro avec Bénédicte des Mazery- éditions Plon, novembre 2021 – 207 pages – 18€

Baptiste Beaulieu : La joie et le reste

la joie et le reste

Il y a la joie de découvrir un nouveau livre de Baptiste Beaulieu et le reste. Une parenthèse enchantée à ouvrir en soulevant la couverture. Un moment de douceur à s’offrir et à offrir.

Un magnifique recueil de poésie

C’est dans un nouvel exercice de style que Baptiste Beaulieu revient vers nous. La joie et le reste est en effet non pas un roman, mais un superbe recueil de poésie, de textes courts d’une grande puissance évocatrice.

Avec un style concis, d’une justesse chirurgicale, l’auteur aborde des thèmes qui lui sont chers, des thèmes intimes qui touchent à l’universel : l’amour, la mort, la maladie, l’homosexualité, la rupture, la nature, la foi.  Avec pudeur, il se dévoile, évoque ce qui le blesse comme ce qui l’émerveille, ce qui le console comme ce qui le désespère.

Un concentré d’émotions

Ceux qui suivent ce blog savent combien j’apprécie la sensibilité à fleur de plume de Baptiste Beaulieu. Un romancier que j’ai plébiscité à plusieurs reprises, avec notamment Toutes les histoires d’amour du monde ou La balade de l’enfant gris. Cette fois, c’est le poète que je mets à l’honneur, celui qui écrit pour ajouter des mots au grand livre du monde. Dans ce recueil La joie et le reste, paru chez l’excellente maison d’édition L’Iconoclaste en ce mois d’octobre, je retrouve tout ce qui me touche tant chez Baptiste Beaulieu. Une profonde humanité, une sensibilité exacerbée, une capacité d’émerveillement pour les bonheurs les plus infimes du quotidien et une peine aussi grande face aux injustices de ce monde. Autrement dit : un concentré d’émotion dans toutes ses acceptions.

Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous l’un de ces poèmes.

Savez-vous qu’il n’existe

que deux saisons par an ?

La joie et le reste.

La joie reviendra bientôt

Tapisser de sourires

Le doux-dur visage

De nos sombres amants

Savez-vous qu’il n’existe

que deux saisons par an ?

Ta joie, debout, de dos

Contre tout le reste.

Je vous laisse découvrir les autres poèmes, tous plus vibrants es uns que les autres.

Et à Baptiste Beaulieu qui écrit « J’aime et je veux que tout le monde soit heureux », je dis merci, pari réussi, tant est grand le bonheur de le lire.

Informations pratiques

Baptiste Beaulieu : La joie et le reste- Recueil de poésie, éditions de L’Iconoclaste, octobre 2021 – 13€

Derrière l’épaule, Françoise Sagan

derriere l'épaule

Les éditions Stock republient l’autobiographie sensible et drôle de Françoise Sagan, Derrière l’épaule, initialement parue en 1998. L’occasion pour l’auteure de nous faire voyager à travers ses œuvres.

Voyage à travers les œuvres de Sagan

Françoise Sagan avoue n’avoir jamais relu aucun de ses romans. « Ce n’est pas la médiocre qualité de mes œuvres, qui m’amène à cet autodédain, mais la conscience que de nombreux livres m’attendent encore sur quelque étagère, des inconnus que je n’aurai sûrement pas le temps de lire avant ma mort. Alors relire un livre de moi (moi qui connais la fin en plus), quel temps perdu!« . Un exercice auquel elle accepte pourtant de se prêter dans Derrière l’épaule, autobiographie rédigée six ans avant sa mort.

C’est à travers la publication de ses romans que la romancière nous embarque dans l’histoire de sa vie. Un regard sans complaisance, sensible, drôle parfois, jeté sur ses livres, de Bonjour tristesse à Des bleus à l’âme, en passant notamment par Aimez-vous Brahms?, La chamade, ou encore Un chagrin de passage.

Une autobiographie de Françoise Sagan

Voilà un exercice de style bien particulier que celui d’être une critique de ses propres œuvres. Et le moins qu’on puisse dire est que Françoise Sagan ne manque pas d’autodérision ni ne fait montre de complaisance envers elle-même. Pour preuve, elle n’hésite pas à dire d’Un profil perdu : « La lecture m’apparait comme une corvée. C’est une histoire qui ne tient pas debout, qui est assommante, entre deux héros également sans intérêt. Je me demande même comment j’ai pu écrire cela pendant des mois et comment mon éditeur ne m’en a pas signalé les défauts. » Pour chaque roman, elle évoque le contexte, l’accueil qui lui fut réservé, sa vie en somme. Des anecdotes savoureusement drôles émaillent ses propos, enrichissent le regard que l’on porte sur tel ou tel roman, comme le bégaiement d’un journaliste lors de sa première interview, qui provoqua son bégaiement involontaire en retour.

Un livre passionnant qui donne envie de découvrir les œuvres de Françoise Sagan pour ceux qui ne les connaissent pas toutes, et de les relire pour les autres.

Informations pratiques

Derrière l’épaule, Françoise Sagan – éditions Stock, octobre 2021 – 200 pages – 19 €

L’enfant réparé, Grégoire Delacourt

L'enfant réparé

Pour la première fois, ce n’est pas un roman mais un récit que nous offre Grégoire Delacourt. Un livre très intime sans jamais être impudique.

Une enfance fracassée

Ce livre est un livre à part, pour ceux qui suivent l’auteur de roman en roman. Pour la première fois, Grégoire Delacourt ne se cache pas derrière des personnages et se livre. Touche par touche, comme sur une toile de Seurat, il peint son parcours de vie, de sa prime enfance, avant l’âge de 5 ans, ces 5 années où les rires et la légèreté faisaient encore partie du quotidien, jusqu’à aujourd’hui, en passant par ses premières amours, ses débuts dans la publicité, ses séances chez la psy, sa rencontre déterminante avec la femme de sa vie, son tuteur, son roc, son oxygène : Dana.

Un père souvent absent, qui laissait le petit Grégoire en proie à une térébrante question : ne les aimait-il pas? Sinon pourquoi lui, sa mère, son frère et sa sœur restaient-ils seuls à la maison? Pourquoi sa maman semblait vouloir l’éloigner, comme en atteste la migration forcée de Grégoire dans la chambre du grenier ou encore le pensionnat dans lequel on l’envoie dès l’âge de dix ans? Désamour ou au contraire, désir de protection de son fils? Le protéger de quoi? De qui? Que sait-elle ou que soupçonne-t-elle? Quels sont les secrets qui entourent l’écrivain de la famille? Dans cette maison où on ne voyait que le bonheur, l’horreur avait sa place dans l’ombre. Faute d’être nommée, dénoncée, elle a grandi tapie dans un coin de la conscience, a hanté l’auteur toutes ces années, guidé ses actes, ses choix, a failli le perdre. Jusqu(à ce que ce roman, Mon père, joue un rôle de détonateur. Fasse voler les apparences en éclats.

Un récit bouleversant

Quand on découvre L’enfant réparé, paru en cette fin de septembre aux éditions Grasset et qu’on a lu les précédents romans de Grégoire Delacourt, on réalise que ses romans portaient en eux le germe du récit à venir. Comme un terreau que l’auteur a travaillé, semant des graines ici et là, sous le masque de la fiction. Jusqu’au jour où il se sentirait prêt à laisser son enfance et ses blessures éclore au grand jour et non plus enfouis dans la terre fictionnelle. L’écrivain de la famille, La liste de mes envies, La première chose qu’on regarde, On ne voyait que le bonheur, Les quatre saisons de l’été, Danser au bord de l’abime, La femme qui ne vieillissait pas, Mon père, ou enfin Un jour viendra couleur orange, il aura fallu neuf romans pour que le lecteur comprenne à quel point les livres l’ont effectivement sauvé.

Le véritable tour de force ici, est double. Le livre est on ne peut plus personnel, intime et pourtant, il reste toujours très pudique. le récit évoque des sujets graves, terribles et pourtant, Grégoire Delacourt ne force jamais le trait, ne verse jamais dans le pathos ni dans le voyeurisme malsain.

Il effleure et on reçoit pourtant les mots comme des uppercuts. Car la portée des mots ne tient pas dans la force du trait mais dans leur justesse.

Ce n’est pas de la pitié que l’on éprouve à la lecture de ce livre, mais une profonde empathie, l’envie de prendre le petit blondinet de 5 ans dans les bras et de lui dire qu’il arrivera à s’en sortir, malgré tout. Malgré ça. Empathie et admiration aussi. car pareilles blessures auraient pu faire naitre de l’aigreur, un dégout des autres, de la vie. Or grâce à l’écriture, Gregoire Delacourt a su transcender ses blessures, faire de ses cicatrices des balafres réussies. Donner dans ses livres cet amour qui lui a tant manqué pendant si longtemps.

« Je découvrais qu’écrire c’était se rencontrer. C’était redresser un corps de traviole. »

« J’ai compris ce qui motiverait mon chemin d’écrivain. présenter à l’adulte que je suis devenu l’enfant que je fus. »

Informations pratiques

L’enfant réparé, Grégoire Delacourt – récit – Editions Grasset, septembre 2021 – 230 pages – 19€

Brassens, Jeanne et Joha, Maryline Martin

Brassens, Jeanne et Joha

Pipe à la bouche et la guitare à la main, tout le monde connaît Georges Brassens, le chanteur. Mais que sait-on de l’homme? Peu de choses. Maryline Martin nous emmène alors coté coulisses, rencontrer les deux femmes de sa vie. Ses deux amours.

Brassens côté coulisses

En août 1981, alors qu’il se sait condamné et le cache à ses amis et au public, Brassens vient trouver le repos et l’inspiration dans ce petit village de Bretagne où il a une maison, près de Paimpol. A ses côtés, l’aimante et dévouée Joha, surnommée affectueusement Püpchen par Brassens. Une femme qui le suit partout, en concert, en vacances, mais qui ne partage pas son toit à Paris ni n’apparait sur un contrat de mariage entre eux. Une femme à laquelle il voue un amour infini. Sa déesse de la Baltique depuis 34 ans.

Tandis que le temps lui est désormais compté, le chanteur rembobine le fil de sa vie. Ses doutes face aux refus multiples des éditeurs de musique en 1940. Le soutien sans faille de celle qui a cru en lui du haut de ses 65 ans et l’a aimé passionnément, bien que mariée et de 30 ans son aînée : Jeanne. Il se remémore ses débuts sous la protection de Patachou qui a su immédiatement déceler en lui un talent rare. Mais aussi sa rencontre avec Joha, sa relation à la paternité, sa passion de toujours pour les livres et la littérature, tout particulièrement pour la poésie. Ses amis, ses succès.

Les amours de Georges Brassens

En octobre, nous fêterons le centenaire de la naissance de Brassens et le 40ème anniversaire de sa disparition. Aussi, Maryline Martin nous offre la chance de découvrir l’homme derrière le chanteur. Un homme que l’on connait peu et dont on connait encore moins les deux femmes qu’il a aimées : Jeanne et Joha.

Ceux qui ont aimé notamment le roman-récit de Maryline Martin autour de la Goulue, vont se réjouir de retrouver sa si délicate plume ! Les autres, de la découvrir. Pas de voyeurisme ici, ni de révélations croustillantes, ce serait mal connaître l’auteure. Non, c’est un portrait intimiste, touchant, respectueux que nous offre Maryline.

Avec pudeur, elle lève le voile sur un pan méconnu de la vie du chanteur : ses amours. Deux femmes qui l’ont nourri, ont nourri son inspiration, ses textes, ses chansons. Deux femmes qui ont énormément compté pour celui qui était si à l’aise ne public et si réservé en privé, si embarrassé pour exprimer ses sentiments.

Un récit entre passé et présent, d’une grande sensibilité. Un très bel hommage à ses deux muses.

Informations pratiques

Brassens, Jeanne et Joha, Maryline Martin – éditions du Rocher, septembre 2021 – 16,90€- 170 pages

Ma mère avait ce geste, Alain Rémond

Ma mère avait ce geste

Un livre autobiographique, d’une beauté bouleversante, sur l’amour que l’auteur porte à sa mère. Une œuvre magistrale.

Portrait d’une mère aimante et aimée

De son père, il garde le souvenir d’un homme dont il avait peur de la violence. Une violence exacerbée par l’alcool. De sa mère, cette femme qu’il a aimée d’un inconditionnel amour, il a souhaité nous faire un portrait, touche par touche comme sur une toile de Seurat. Souvenir après souvenir. Anecdote après anecdote. Sourire après sourire.

Une mère aimante, chaleureuse, bienveillante, souriante.

« Rien ne pouvait m’arriver me disais-je, ma mère est là, elle a confiance en moi, elle m’aime, elle est indestructible. ». Comme cette fois où elle l’a défendu séance tenante contre les accusations fausses du recteur, au sujet d’un vol de pommes de terre.

Une femme qui a dû élever ses dix enfants dans le petit village breton de Trans, avec peu de moyens financiers. Mais avec de l’amour à foison. Alain Rémond égrène les souvenirs de son enfance. Des parfums, des couleurs, des petits et grands évènements, des choses infimes mais marquantes. Cet amour si fort entre les membres de la fratrie. Un amour qui pansait les blessures, la honte et les chagrins.

« J’ai appris la vie, j’ai appris la mort. Et l’amour de ma mère, qui me faisait tenir. Après, quand on est grand, on se débrouille avec ce bagage. On se débrouille comme on peut, avec ce qu’on a dans son cartable. On est heureux, on est malheureux. On aime, on est aimé. On gagne, on perd. On se fait sa propre vie. Mais tout vient de l’enfance. C’est incrusté dans ma peau. Le bonheur, le malheur, les miracles et la honte. Les épiphanies et le noir désespoir. « 

Un livre autobiographique MAGNIFIQUE

Après le magnifique Chaque jour est un adieu, publié il y a une vingtaine d’années, dont la beauté, la profondeur et la sensibilité m’avaient émerveillée, j’attendais avec impatience de lire le nouveau livre autobiographique d’Alain Rémond. Il nous revient avec Ma mère avait ce geste, publié aux éditions Plon en cette rentrée littéraire.

Un morceau de bravoure.

Difficile de parler d’un livre aussi beau, sans être à court de mots. Sans paraitre fade. J’ai presque envie de vous dire : « Lisez-le, vous verrez! Ne passez pas à côté de cette œuvre! « 

Et de m’en tenir là.

Ce témoignage intime concourt à l’universel. Cet amour d’un fils pour sa mère est déchirant de beauté, vibrant d’authenticité. Quel bel hommage ! Par ce livre, l’auteur, aujourd’hui âgé de 74 ans, tente de faire revivre cette femme décédée quand il n’était âgé que de 25 ans. De prolonger le temps qu’il n’a pas pu passer auprès de celle partie trop tôt, trop jeune. De lui prêter la voix de son encre. La chair de ses mots. De lui redonner vie. Et le défi est relevé : il a su la rendre si vivante, qu’en refermant le livre, le lecteur a le sentiment de l’avoir croisée, connue.

A lire ABSOLUMENT !

Informations pratiques

Ma mère avait ce geste, Alain Répond – éditions Plon, septembre 2021 – 147 pages.