L’albatros, de Nicolas Houguet

l'albatros, livre de Nicolas Houguet

Autobiographie musicale, poétique et anticonformiste, L’Albatros est un hymne à la liberté insufflée par une Pythie des temps modernes, Patti Smith.

« Ecrire. Ecrire en permanence même quand on n’écrit pas. Pour tenir le choc. Pour ne pas abandonner. Pour encaisser. Se souvenir des livres qui nous ont inspirés, qui nous ont grandis, qui nous ont même parfois tirés de la léthargie et de la détresse des grands chagrins. Se souvenir des pages que l’on tournait d’une main molle et exsangue. Des mirages littéraires qui nous ont ranimés comme d’une sortie de coma. »

Nicolas Houguet est un amoureux des mots. Ceux qui naissent de sa plume. Ceux des autres dont il se nourrit. Ceux avec lesquels il partage ses lectures sur son blog littéraire. Ceux sur les ailes desquels il s’envole, loin du carcan de son corps. Les mots ont un pouvoir salvateur, libérateur. Et ceux des textes des chansons de Patti Smith au concert de laquelle il assiste, ont une résonance particulière. Particulièrement forte même.

En ce soir d’octobre 2015, Nicolas Houguet est à l’Olympia. Seul. Ou presque. Quelque part dans le public, la femme qu’il a follement aimée, qui l’a aidée à repousser ses limites. A oser. Et sur scène, cette chanteuse électrisante, Patti Smith, dont les textes et les chants habillent de mots sur mesure le corps des émotions de l’auteur, épousent en tout point son âme.

Au fil des chansons, Nicolas Houguet égrène la partition de ses souvenirs. Sa naissance prématurée, ses amours, ses émerveillements artistiques, sa famille, son corps qui ne lui obéit pas, les heures solitaires à l’école, les joies, le pouvoir transcendant de la musique et de la poésie. Il rend un hommage vibrant à ses parents, qui ont su rendre possible l’impossible, lui permettre de vivre ses rêves, de monter à cheval, de skier, de plonger, de voyager. Comme tout un chacun. Comme si son corps n’était pas un obstacle, du moins pas de ces insurmontables obstacles. Car l’amour de ses parents est tel, depuis le premier jour, qu’ensemble ils ont tout surmonté.

« Sans l’écriture je crois que je n’aurais jamais su qui j’étais, ce que je ressentais et ce que j’avais dans le ventre. Je n’avais rien expérimenté par moi-même. On ne pouvait me connaître que par les papiers que je semais, et connaître également ce qu’il y avait dans mes silences. Sans l’écriture, mon existence au monde était presque à remettre en cause, gravement complexée, atrophiée. »

Sans l’écriture de ce livre, nous n’aurions pas vécu cette lecture lumineuse, emplie d’amour et de gratitude, de courage et d’émerveillements.

« J’écris pour que ça résonne. Pour que quelqu’un me prenne au vol et m’accompagne. Le temps que ça sonnera juste. »

Et cela résonne. Fortement. Magnifiquement. Un hymne à la liberté, une invitation à prendre son envol.

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Rentrée littéraire : Vigile, Hyam Zaytoun (Le tripode)

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Vigile, Hyam Zaytoun

Editions Le Tripode, janvier 2019

Rentrée littéraire

Le combat d’une femme et mère, Hyam Zaytoun, dont le compagnon fait un arrêt cardiaque à ses côtés. Face à la mort qui menace, comment tenir debout, garder espoir, être là pour ses enfants ? Un récit intense, émouvant.

Vigile : personne dont la mission est de surveiller. C’est ce nouveau rôle que la vie a imposé à Hyam Zaytoun sur la scène conjugale. Elle qui est actrice de théâtre, n’a cette fois pas choisi son personnage, ni anticipé les situations, l’enchaînement des scènes, pas plus que les rebondissements de cette pièce noire. Elle la découvre brutalement, quand au cœur de la nuit elle se rend compte qu’Antoine, son mari et père de ses enfants, ne respire plus.

Dès lors, elle plonge cœur et âme dans sa mission de vigile, puise en elle des ressources insoupçonnées pour combattre la peur qui la tenaille, le doute quant aux chances d’Antoine de s’en sortir sans séquelles voire vivant. Massage cardiaque pendant trente minutes jusqu’à l’arrivée des secours, journées passées entre les enfants et Antoine plongé dans le coma en service de réanimation. Elle court toujours. Reste debout malgré la terreur qui la ronge. Mais la culpabilité la rattrape. Aurait-elle dû prêter une plus grande attention aux douleurs thoraciques dont il souffrait la soirée où il a fait cet infarctus ? Aurait-elle dû le ménager davantage, lui épargner la fatigue des jeunes enfants qu’ils ont eu ensemble tandis qu’il a seize ans de plus qu’elle ?

Hyam Zaytoun nous relate cinq ans après les faits, ces jours de cauchemars, mais de lumière aussi. La lumière venue des enfants, de la famille, des amis, tous soudés autour d’elle et d’Antoine. La lumière de l’espoir qu’elle a su entretenir envers et contre tout. La lumière de son courage et de sa combativité. Pas de pathos ici, mais un témoignage émouvant, sincère, une mise à nu de ces peurs, de ces doutes qui nous assaillent quand se dessine le spectre de la perte d’un être cher. D’une intensité magnifique.

Ici les femmes ne rêvent pas, Rana Ahmad : un témoignage édifiant

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Ici, les femmes ne rêvent pas, Rana Ahmad

Récit d’une évasion

Editions Globe, octobre 2018

Un témoignage édifiant, un combat magnifique, bouleversant et inspirant, pour accéder à la liberté et au respect de soi.

Quand on est une petite fille puis une femme, en France, on trouve naturel et normal de pouvoir sortir les cheveux au vent, le visage offert au soleil, comme on veut, quand on veut et sans chaperon masculin. Naturel d’aller au cinéma, à des concerts, à des sorties entre amies. Naturel encore d’apprendre à conduire une voiture, de faire des études. De même que nous n’imaginerions pas vivre privées de cette liberté d’être et de nous déplacer, Rana, qui a grandi à Ryad en Arabie Saoudite, n’imagine pas les femmes autrement que soumises au diktat des hommes et de l’interprétation par les hommes de la religion. Être une femme en Arabie saoudite, c’est avoir pour tout horizon la cuisine, le ménage, les cinq prières quotidiennes et une totale soumission au mari qu’on vous a imposé.

Là-bas, les femmes ne rêvent pas.

La simple rêverie dans un coin de sa tête d’une sortie sans hijab dans la rue, d’une escapade entre femmes est jugée impure. Et expose au risque de s’attirer les foudres d’Allah. Ainsi le leur a-t-on dit et répété depuis toutes petites. Ainsi s’en sont-elles laissées convaincre.

Après des études avortées et un mariage forcé qui s’est terminé dans la violence, Rana sombre dans la dépression. De retour chez ses parents, elle étouffe sous le poids des contraintes religieuses, des discriminations sexistes et de la tradition. Seul son père lui témoigne affection et soutien. Alors, faute de pouvoir s’évader physiquement, elle s’évade en surfant sur le net sur des sites interdits dont Twitter.

Et c’est la révélation. Une fenêtre ouverte sur d’autres femmes, d’autres modes de vie si éloignés du sien. Tellement plus libres et respectueux de l’intégrité humaine que le sien. Tellement incroyables vus de Ryad. Désormais, elle le sait, elle veut gagner sa liberté, même si cela doit se faire au prix de terribles sacrifices et au péril de sa vie.

Ce récit est un témoignage édifiant et fascinant sur le parcours d’une femme qui se libère du joug de la tradition et de la religion. Une femme admirable de courage, de pugnacité. Ce témoignage est un encouragement pour toute femme et tout homme privé de liberté, non respecté, à prendre son destin en mains.

 

Rentrée littéraire : La nuit se lève, Elisabeth Quin (Grasset)

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La nuit se lève, Elisabeth Quin

Editions Grasset, janvier 2019

Rentrée littéraire – Récit

Un récit touchant, sincère, un compte à rebours effrayant contre une possible nuit totale, celle qui se dessine à cause d’un double glaucome.

« La vue va de soi, jusqu’au jour où quelque chose se détraque dans ce petit cosmos conjonctif et moléculaire de sept grammes, objet parfait et miraculeux, nécessitant si peu d’entretien qu’on le néglige. » Voir est un sens dont il nous paraît normal, naturel, légitime de bénéficier. Presque un dû. Nous ne prenons bien souvent conscience de notre chance de voyant, comme de notre chance tout court, que le jour où cette chance n’est plus nôtre ou menace de ne plus l’être…

Quand Elisabeth Quin consulte un spécialiste de renom dans un centre hospitalier, le couperet tombe, tranchant, sans anesthésie : « Vous avez un double glaucome, chère Madame. » Comme son père quelques années plus tôt. A l’indélicatesse totale et à la désinvolture ignominieuse de l’annonce s’ajoute la gravité de la pathologie : le risque, à terme, de perdre complètement la vue si les tentatives pour maintenir la pression intra-oculaire sous son niveau dangereux pour le nerf optique, échouent. Le glaucome est en effet la deuxième cause de cécité dans les pays développés.

Dès lors, Elisabeth Quin ne voit plus comme elle respire, mais voit avec sursis. Avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et de chercher des solutions dans les traitements médicaux et dans les médecines parallèles, dans les sciences occultes, pour retarder voire éviter l’échéance de la nuit. Et de s’interroger sur ce que serait sa vie au cœur de cette nuit : Quel rapport conserve-t-on au corps, à son image, quand aucun miroir ne peut plus vous refléter, quand vous ne savez plus à qui ou à quoi vous ressemblez, quand le choix de vos vêtements n’est plus guidé par la quête d’une harmonie ? Le désir dans le couple en est-il affecté ? Et qu’en est-il des dommages collatéraux :  si le conjoint devient aveugle, l’autre devient invisible à ses yeux, comment le vit-il ? Questionnements et aussi tâtonnements : dans la vie de tous les jours, Elisabeth essaie de se projeter en fermant les yeux pour prendre sa douche, en assistant à un concert à l’opéra sans ouvrir les paupières. Mais pour l’heure, elle a encore cette chance de pouvoir mettre un terme à ces nuits mimées.

Ce récit personnel a une dimension universelle : il évoque sans pathos, avec une grande sincérité et un profond courage, les peurs, les questionnements, les forces insoupçonnées qui sont nôtres, quand on perd ou que l’on est menacé de perdre l’une de nos facultés. Que ce soit à l’issue d’une maladie, d’un accident, il nous faut repenser notre vie, nos priorités. Il nous faut vivre autrement. Avec la maladie. Une épreuve douloureuse, effrayante, mais aussi riche en enseignements, en sagesse. Un récit indiciblement émouvant, touchant, celui d’une course contre la montre. D’une course contre la nuit.

La démesure, de Céline Raphaël, aux éditions Max Milo : Quand à la violence des coups s’ajoute celle de la passivité de l’entourage…

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La démesure.Soumise à la violence d’un père.

De Céline Raphaël

Editions Max Milo, janvier 2013

 

      « Tu es pire qu’un chien. » Ces mots cinglants comme des coups de ceinture resteront à jamais tatoués sur son esprit. Des bleus à l’âme pire que ces hématomes dont son corps est recouvert. Invisibles mais ô combien douloureux.
Tout a commencé par l’achat d’un piano. Instrument fascinant pour une fillette de deux ans et demi. Instrument de torture quand il lui faut bientôt y consacrer jusqu’à 45 heures par semaine. Car Céline Raphaël a « la malchance » d’avoir un don pour la musique. Et son père de voir en elle un futur prodige, d’exiger à cette fin qu’elle atteigne la perfection. Quel qu’en soit le coût. Quels qu’en soient les coups..portés sur son corps à renfort de ceinture, de savate, de poings.

      Humiliations, privation de sommeil, de nourriture, à la moindre fausse note dans l’exécution d’un morceau, la partition des sévices s’écrit. Pas de cris, pas de larmes, pas de supplications. La terreur que son père lui inspire balaie toute velléité de rébellion.  » Je découvrais progressivement la peur de l’après et prenais conscience à cet instant là qu’à tout moment je pouvais mourir. Mourir d’angoisse, mourir de douleur, mourir sous les coups. » La jeune fille se réfugie dans un silence soumis. Peur que le moindre mot ne dégoupille la grenade vivante qu’est le père, peur de ne pas être crue si elle parle, peur de décevoir son bourreau. Alors une arme ultime lui parait à même d’alerter son père, de lui faire prendre conscience du mal qu’il lui inflige: l’anorexie. Mais c’est sans compter sur le déni farouche qui anime l’homme.
      Autour d’elle c’est l’omerta. Personne à l’extérieur ne soupçonne ou ne veut voir que l’enfant prodige est victime de telles violences, que chaque concours de piano est remporté au prix d’inhumaines souffrances. Surtout dans un milieu aussi bourgeois que celui où elle grandit. Il faudra la bienveillance et la grande délicatesse d’une infirmière scolaire au lycée pour que le voile se lève peu à peu sur la vérité, pour que la jeune fille brise le silence. Fin du calvaire pour autant? Non. Procédures de justice, hospitalisation, placements divers, il faut à la jeune fille une détermination et un courage inouïs encore et encore. Le parcours d’une résiliente.

Dans ce récit, c’est une sonnette d’alarme que tire Céline Raphael. La maltraitance sur les enfants n’est pas le fait de milieux défavorisés uniquement. Elle sévit partout. Alors pour éviter que deux enfants meurent en France chaque jour des suites directes de la maltraitance, pour briser le silence sur ce tabou, elle crie, elle écrit.  » A présent vous saurez mieux entendre la petite voix qui appelle au secours, la petite musique de la souffrance cachée. »

 

     Pour que la cécité et la surdité feintes cessent chez les témoins d’actes de maltraitance.  Pour qu’à la violence des coups ne s’ajoute pas celle de la passivité de l’entourage.