L’enfant des camps, Francine Christophe et Pierre Marlière

l'enfant des camps

Le récit bouleversant de Francine Christophe, rescapée des camps de concentration. Un témoignage sur ce dont l’homme est capable de pire comme de meilleur. A lire ABSOLUMENT.

Déportation à Bergen-Belsen

Francine Christophe et sa maman, de confession israélite, fuyaient en train en juillet 42, pour trouver refuge chez un oncle près de Grenoble, quand elles ont été arrêtées. Francine n’est alors âgée que de 8 ans ½. Son père est prisonnier de guerre. Commence alors pour la fillette et sa mère un long cauchemar. Emprisonnées à Angoulême, elles sont ensuite envoyées dans un camp près de Poitiers. La peur, la puanteur, la faim, l’insalubrité, la promiscuité avec des hordes de rats les attendent. Une étape terrible avant un nouveau départ dans des wagons à bestiaux, entassés debout les uns contre les autres, sans eau, sans pouvoir s’asseoir ni aller aux toilettes des heures et des heures durant. Direction Drancy cette fois, puis le camp de Pithiviers, avant un nouveau départ pour Beaune-la-Rolande cette fois. Francine s’agrippe à sa mère, son repère, son pilier, sa raison de vivre. « La séparation était notre hantise. Je sais que je n’aurais jamais survécu sans Maman. Elle était tout pour moi, tout ce qui me restait dans ce monde de haine. »

Un an et dix mois passent ainsi. Jusqu’au jour où elles apprennent qu’elles font partie des prisonniers sélectionnés pour une déportation au camp de Bergen-Belsen. Francine a alors tout juste dix ans. Il leur faut alors survivre à l’humiliation, la déshumanisation, le froid, la faim. L’enfer.

Un témoignage essentiel et digne

Francine Christophe a quitté l’enfer des camps de concentration depuis 75 ans. Avec beaucoup de courage, de dignité, elle met ici des mots sur ce qu’elle et sa mère ont vécu, vu. Ce à quoi elles ont survécu. Dans L’enfant des camps, paru aux éditions Grasset, elle raconte la mort, la déshumanisation, la terreur, les cadavres entassés. La faim, l’horreur. Mais elle évoque aussi les miracles de la vie : comme ce bébé qui a pu voir le jour en cachette des nazis au sein du camp et a survécu à la déportation, ces chansons qu’elle a entonnées accompagnée au piano par sa maman au camp de Beaune-la Rolande, la force surhumaine que leur procure l’amour qui les lie (Francine et sa maman) et leur permet de surmonter leurs inhumaines conditions de vie.

Alors certes, Francine a survécu. Mais les blessures aussi.

« Le camp s’est installé en nous, les survivants. Il est là, on reste dedans toute sa vie, on pense à lui chaque jour. Il suffit d’un bruit, d’une parole, d’n nom, d’une histoire, pour qu’on saute à pieds joints parmi les barbelés et les miradors. »

Parce qu’on ne guérit pas de pareilles horreurs.

« La guerre s’est installée en nous, laissant dans son sillage une mémoire douloureuse, des lieux et des noms, qui ont pour nous une couleur différente, teintés de tragique et de souffrance. On dit que le temps guérit toutes les blessures, qu’un jour où l’autre, on finit par oublier. Ce n’est pas vrai, certaines plaies ne cicatrisent jamais. Je suis et resterai marquée par ce que j’ai vécu. Rien ne pourra panser le passé qui fut le mien. »

Un témoignage essentiel. Un devoir de mémoire. A lire absolument. Pour ne pas oublier. Pour ne pas laisser l’Histoire se répéter.

Informations pratiques

L’enfant des camps, Francine Christophe et Pierre Marlière – éditions Grasset, janvier 2021 – témoignage – 118 pages – 12,90€

Rentrée littéraire : La putain du califat, Sara Daniel et Benoît Kanabus

La putain du califat
Copyright Karine Fléjo

Le récit poignant d’une chrétienne irakienne enlevée, vendue et revendue douze fois par des djihadistes, pour servir d’esclave sexuelle. Un témoignage aussi terrible qu’essentiel.

Esclave sexuelle de Daech

Marie est une chrétienne née en Irak. Une célibataire qui se destine à devenir professeur d’anglais au lycée de Qaraqosh en septembre. Solitaire, fière. Une femme moderne. « Ne plus vivre sous l’inquisition de sa mère; échapper à l’oppression de ses frères; se défaire des chaines communautaires. » Une volonté d’émancipation qui va tourner court en juillet 2014. Marie a alors 35 ans quand les djihadistes entrent dans les maisons des chrétiens d’Orient de la ville de Khidir, bien décidés à éradiquer cette population de « mécréants ». Parmi ces hommes qui pénètrent dans son village, dans sa maison, détruisent et tuent, des visages connus de Marie et de sa famille. D’anciens employés devenus bourreaux.

Marie est enlevée et offerte à un vieil imam salafiste. Un vieil homme repoussant, violent, qui la rue de coups et la viole, aidé par le Viagra qu’il consomme. Ces violences ne sont que la première étape d’un parcours de deux ans d’esclavage sexuel, au cours desquels Marie sera revendue douze fois… Un témoignage terrible.

Un témoignage édifiant et bouleversant

La journaliste grand reporter Sara Daniel et le chercheur Benoit Kanabus donnent la parole à une survivante au courage admirable, esclave sexuelle de Daech. Celle qu’ils rebaptisent Marie, a été une « sabiya » (esclave sexuelle) du 7 août 2014 au 16 octobre 2016. Deux années d’horreur absolue. Deux années de combat pour survivre aux violences innommables des djihadistes à son endroit. Marie est animée par une volonté de vivre inébranlable. Pour tenir et s’aider dans cette horreur, elle a appris par cœur le manuel d’esclavage et n’hésite pas à poursuivre ses bourreaux devant le juge en cas de manquements aux lois énoncées par ledit manuel. Un manuel dont un des articles stipule par exemple « qu’il est licite d’acheter, de vendre ou de donner en cadeau les prisonnières et les esclaves car ce sont de simples propriétés dont on peut disposer à son gré. » Comme l’écrivent les auteurs, « Le manuel de l’esclavage. C’est un peu la Convention de Genève du djihadiste, écrite par une génération qui  croit vivre dans l’Arabie du VIIème siècle tout en regardant des épisodes de Game of Thrones où les scènes de bordels servent d’intermèdes aux décapitations.« 

Un livre courageux, essentiel. Un témoignage rare, de l’intérieur. Il y a indéniablement un avant et un après la lecture de ce livre. On ne peut pas sortir indemne de pareille lecture, vivre comme si on ne savait pas.

Informations pratiques

La putain du califat, Sara Daniel et Benoit Kanabus – éditions Grasset, janvier 2021- Récit – 208 pages – 18,50€

Merci qui? Merci mon chien, Jean-Louis Fournier

Merci mon chien, Jean-Louis Fournier
Copyright photo Karine Fléjo

Jean-Louis Fournier rend grâce aux animaux, ces êtres fidèles, dévoués, aimants, qui enchantent notre vie. Et auxquels les hommes, ingrats que nous sommes, ne disent jamais merci. C’est chose faite dans ce recueil de textes courts savoureux.

Ce que l’homme doit aux animaux

Accompagné de sa chatte Artdéco sur les genoux, Jean-Louis Fournier s’est interrogé sur l’ingratitude des hommes à l’égard de la gent animale.

« On ne dit jamais merci aux animaux. Pourtant, on devrait. On a beaucoup de raisons de le leur dire, on leur doit beaucoup… »

Alors, avec son inénarrable humour et sa concision légendaire, l’auteur s’est employé à les remercier. Et de rédiger ce guide du savoir-vivre, dans lequel il élabore un nouveau pacte entre les hommes et les animaux, nous invitant à changer d’attitude à leur endroit. Il revient sur les animaux qui l’ont aidé à vivre, de son premier chat à l’âge de 7 ans à sa chatte Artdéco aujourd’hui, en passant par Bijou le cheval de labour ou encore l’oie de la maisonnée. Il s’interroge sur la différence entre les hommes et les animaux, les premiers se plaignant de tout, tout le temps. Les seconds affichant une politesse silencieuse en tout temps. Comment écrire une lettre de remerciement à un chien d’aveugle? Un chasseur peut-il assister à l’enterrement d’un oiseau qu’il a tué? Pourquoi les hommes sont-ils obsédés par l’argent alors que les animaux sont capables d’un désintérêt total pour tout ce qui est matériel? Quels sont les avantages d’un animal de compagnie sur un enfant de compagnie?

Dans de courts textes, Jean-Louis Fournier apporte des réponses tendres, non dénuées d’humour et de profondeur, à ces questionnements et à bien d’autres.

Un livre drôle, pertinent, tendre

Justice est rendue aux animaux par Jean-Louis Fournier, dans ce savoureux guide du savoir-vivre « Merci qui? Merci mon chien« , aux éditions Buchet-Chastel. On retrouve ici cette écriture qui fait la signature de l’auteur : une écriture à l’os. Pas de mot ni même de virgule en trop, les mots vont à l’essentiel. Percutants. Vifs. Drôles.

Un livre qui recense des textes courts, incisifs et se dévore d’une traite. Pour tous les amoureux des animaux et, plus largement, pour tous les hommes dotés d’un cœur. Car comme l’a écrit Jules renard : « On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme et l’autre pour l’animal. On a un cœur ou on n’en a pas. »

Jean Louis Fournier
Extrait

Informations pratiques

Merci qui ? Merci mon chien, Jean-Louis Fournier – éditions Buchet-Castel, octobre 2020 – 272 pages – 16€

Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson

Un certain Paul Darrigrand
Copyright photo Karine Fléjo

Dans « Un certain Paul Darrigrand », Philippe Besson continue l’exploration de ses premières amours avec une infinie délicatesse et une sensibilité à fleur de plume. Des expériences compliquées, cachées, qui n’en sont pas moins initiatiques.

Dépendance affective

Nous sommes à la rentré universitaire 1988. Philippe Besson, 22 ans, vient poursuivre ses études à Bordeaux. Lors d’une pause, il fait la connaissance d’un autre étudiant, un certain Paul. Ce même étudiant fait montre d’un certain culot en s’installant face à lui à la cantine un peu plus tard, feignant qu’il s’agit là de sa place. Philippe Besson l’interprète comme un appel du pied. Et tombe alors instantanément et éperdument amoureux.

Mais il découvre alors non seulement que Paul est hétérosexuel, mais qu’il est marié. Il se dit par conséquent que cette relation amoureuse sera impossible. S’est-il fait des illusions sur les intentions de Paul? Ou Paul n’a-t-il pas réussi à contrer sa réelle attirance? Cette relation sera t-elle impossible ou clandestine?

Alors qu’il tombe amoureux, il vit une autre chute : il tombe malade. Une maladie du sang (thrombopénie), qui lui fait courir un risque hémorragique permanent. Et si son corps exprimait une souffrance que son esprit refusait de prendre en compte? Et s’il y avait un bénéfice secondaire à être malade, comme celui de retenir Paul à son chevet alors qu’il s’apprête à quitter Bordeaux pour Paris?

Des amours dissimulées

Philippe Besson a attendu 17 ans avant de se lancer dans l’autofiction et d’évoquer cette relation amoureuse qui a tellement compté pour lui. Il lui a fallu tout ce temps pour sortir du silence, pour continuer à faire vivre cet amour sur le papier. Pour « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais« . Et ce livre est en effet extraordinairement vivant, vibrant.

Avec une infinie délicatesse et beaucoup de sensibilité, de sensualité, Philippe Besson évoque les montagnes russes de cette relation amoureuse en particulier, et de toute dépendance affective en général. L’autre a le pouvoir de vous faire passer d’une joie extrême à un désespoir infini selon qu’il répond ou pas à vos espoirs, qu’il se manifeste ou pas. Il vous met dans l’attente permanente et parfois insoutenable d’un signe. Il devient le centre de votre monde. Il vous condamne à l’ombre, au mensonge, à la duplicité et à la clandestinité.

Un livre très intime mais jamais impudique. Le partage d’une expérience personnelle à caractère universel : celle d’un amour fou, dévorant, qui trouvera un écho puissant chez nombre de lecteurs.

Un coup de coeur!

Informations pratiques

Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson – éditions Pocket, septembre 2020 – 166 pages – 6,50€

L’art d’échouer, Elizabeth Day

©Karine Fléjo photographie

Elisabeth Day, journaliste et auteure du Podcast « How to fail », nous livre avec sincérité et humour ses déboires, mais aussi ceux des invités de son podcast. Le but ? S’ériger contre les diktats de la perfection. « Quand rien ne va plus, c’est que tout va bien » Une autre vision de la notion d’échec.

Le diktat de la réussite

A l’heure d’internet et des réseaux sociaux, difficile d’échapper aux jeunes femmes toutes plus parfaites les unes que les autres, parfaitement manucurées, parfaitement sveltes, parfaitement épanouies en couple et dans leur travail, parfaitement souriantes du lever au coucher. Du moins en apparence. Aussi, quand dans sa propre vie, les obstacles et déceptions s’accumulent, que le physique n’est pas celui d’une femme de magazine, que l’enfant tant désiré tarde alors que l’horloge biologique tourne dangereusement, que l’homme qu’on aime demande le divorce, que le travail n’apporte pas de grande satisfaction, on se sent un boulet. On se sent à l’écart. A l’écart des autres, ceux qui réussissent. On a le sentiment de cumuler les échecs là où tant d’autres semblent collectionner les succès et les joies, ce qui accroit encore notre charge mentale. Et notre sentiment d’échec.

 Il n’y a pas d’échec, mais des apprentissages

« How to fail » est un podcast où Elisabeth Day interroge les gens qui ont réussi (artistes, écrivains, sportifs, acteurs…) sur ce qu’ils ont retenu de leurs échecs. L’idée ici n’est pas de promouvoir l’échec, mais d’essayer de ne pas le craindre comme une calamité dont il est impossible de se remettre, de muscler notre capacité de résilience en partageant nos expériences.

Avec beaucoup d’humilité, d’authenticité, la journaliste partage sa propre expérience, sans s’ériger en experte, sans prétendre détenir une quelconque solution magique. Si Elisabeth Day partage son expérience, c’est dans l’espoir que ses propos résonneront chez certains lecteurs et les aideront à se sentir moins seuls. Et surtout, elle invite le lecteur à modifier son regard : il n’y a pas d’échec, mais des apprentissages.

« J’ai retenu au moins une chose de cette aventure extraordinairement belle qu’on appelle la vie : Mes échecs m’ont offert des leçons que je n’aurais jamais comprises sans eux. J’ai plus évolué grâce à ce qui s’est mal passé, que lorsque tout semblait bien aller. Des crises surgit la lumière, et parfois même la catharsis. »

Un ouvrage très intéressant, non dénué d’humour, qi s’adresse à tous ceux qui ont connu l’échec. Autrement dit, à tout le monde!

Informations pratiques

L’art d’échouer, Elizabeth Day – éditions Belfond, mars 2020 – 332 pages – 21,90€

J’ai hâte d’être à demain, Sandrine Sénès

©Karine Fléjo photographie

Sandrine Sénès nous offre des tranches de vie savoureuses, pleines d’humour et d’émotion, sur un sujet qui nous concerne tous : le rapport amoureux. Et quand on est célibataire, ce sujet devient obsessionnel...

Envie d’aimer

C’est une célibataire d’aujourd’hui qui a une folle envie d’aimer. Seulement voilà, entre le bel inconnu dans le café pour lequel elle demeure transparente, le type qui ne parle que de lui, le poète envahissant, le gros rougeaud édenté avec ses lunettes réparées au scotch marron, le beau garagiste hélas trop timide, il ne reste guère que Babar le zonard alcoolique à lui scander des mots doux. Et la solitude comme compagne.

Où qu’elle aille, son regard est aimanté par les couples, jeunes, moins jeunes, par ces gens qui vivent un bonheur qui lui reste inaccessible. Pas comme sa copine Céline qui enchaine les flirts avec des princes charmants. Mais allez savoir, « il existe peut-être une caverne secrète dont elle a le code, qui, une fois ouverte, laisse entrevoir des hommes assis sur de grands fauteuils, attendant gentiment que Céline les libère » ?

Mais est-ce si grave le célibat?

« Je crois que je m’en fous pace que je me rends compte que je n’ai pas besoin d’un homme dans ma vie pour me sentir femme. »

Et en même temps…

« Il y a quand même des jours où je pense tout le contraire et où je serais prête à payer pour avoir le cœur qui bat, donner un peu de sens à ma vie, un peu de joie dans le merdier quotidien »

Un livre sensible et plein d’humour

Après « Je regarde passer les chauves », Sandrine Senès nous offre un deuxième livre composé d’une centaine de scènes du quotidien : « J’ai hâte d’être à demain ». Un livre sur le célibat, l’amour, la solitude, à une heure où un tiers des français, soit 18 millions de personnes, sont des âmes solitaires. Un livre qui se déguste comme un bonbon, acidulé parfois, sucré à d’autres moments, tendre au cœur toujours. Avec concision et beaucoup de justesse, elle croque des tranches de vie et évoque le quotidien d’une célibataire d’aujourd’hui cernée par les couples. Son regard aiguisé, son humour savoureux, son humanité, nous font vibrer au diapason d’un cœur de célibataire, entre tristesse, rire, soulagement, cynisme et tendresse.

A lire!

Informations pratiques

J’ai hâte d’être à demain, Sandrine Sénès – éditions de L’Iconoclaste, juin 2020 – 189 pages – 16€

Sur le chemin du cœur, Mary Laure Teyssedre


Un roman émouvant, positif, lumineux, sur le cheminement de deux êtres indiciblement attachants. Une rencontre karmique, qui va aider chacun à évoluer vers un mieux-être, à dépasser sa problématique. A se dépasser.

Secret

Claire élève seule sa fille Camille. Après une carrière dans le marketing, elle a décidé à 35 ans de suivre une voie plus en harmonie avec ses aspirations profondes. Après 4 ans d’études, elle s’est installée comme psycho-énergéticienne. Un métier qui la comble.

Une sérénité pourtant mise à mal lors d’un déjeuner de famille. Sa grand-mère, alors âgée de 90 ans, fait en effet une révélation inouïe : à 15 ans, elle a été victime d’un viol. Un viol que, faute de la moindre éducation sexuelle à l’époque, elle était incapable de qualifier. Et de tomber enceinte de son violeur. Et de mettre au monde une petite fille, la tante de Claire. Plus fou encore : sans argent, à une époque où être fille-mère attirait l’opprobre, sa grand-mère a fini par épouser son violeur. Ce grand-père qu’elle a tant chéri est donc en réalité un agresseur…

Elle réalise alors combien cette agression demeurée dans l’ombre a influencé sa propre vie, une vie peuplée d’épisodes abusifs de toutes sortes. Et si les révélations de sa grand-mère étaient la pièce manquante de son puzzle intérieur ?

Deux mois plus tard, elle fait la rencontre d’un homme prénommé Fred. Les révélations que Fred fait à Claire lui font l’effet d’un électrochoc. Son histoire, le sienne, se télescopent avec fracas. Elle est consciente qu’il va lui falloir dépasser la violence de ces synchronicités. Tous les deux ont besoin de temps, de distance, de s’éloigner pour espérer mieux se retrouver.

Que la vie les mette en présence l’un de l’autre était-il un hasard ? Vont-ils, chacun de leur côté, faire la paix avec leur part d’ombre, oser la mettre en lumière et l’aimer ?

Voyage intérieur et rencontre karmique

Impossible de reposer le livre une fois la lecture commencée. C’est un récit émouvant, passionnant, lumineux que nous offre Mary Laure Teyssedre. Celui du parcours de deux personnes que l’Univers a fait se rencontrer afin d’évoluer, de se guérir.

Avec beaucoup de sensibilité, d’humanité, l’auteure nous invite à balayer nos préjugés : personne n’est tout blanc ni tout noir, totalement victime ou totalement coupable. Nous avons tous des parts d’ombre, lesquelles nous hantent tant que nous les relayons dans les coulisses de notre conscience. Accepter de les mettre en lumière, de voir que toute situation y compris difficile, nous a permis de grandir, d’apprendre sur nous et sur les autres, est essentiel. Pour avancer. Pour évoluer. Pour mettre fin aux évènements répétitifs.

Un livre édifiant, riche en enseignements, qui invite à s’accepter tel que l’on est, avec ses qualités et ses défauts, ses parts d’ombre et de lumière. Et à accepter l’Autre tel qu’il est. Une invitation à la tolérance et à l’amour dans toutes ses acceptions.

Informations pratiques

Sur le chemin du cœur, Mary Laure Teyssedre – Editions Jouvence, juin 2020 – 272 pages

L’été où je suis devenue vieille, Isabelle de Courtivron

L'été où je suis devenue vieille

©Karine Fléjo photographie

Quand une femme réalise brutalement que la vieillesse l’a rattrapée. Un récit touchant, authentique, celui d’une femme résolument libre, féministe, influente, devenue invisible.

Vieillir

Isabelle de Courtivron est une femme au parcours très vivant, très riche.  Une femme de convictions qui a toujours défendu son indépendance envers et contre tout. De double nationalité franco-américaine, elle a quitté la France quand elle était enfant, pour suivre sa mère et son beau-père à travers le monde (Cameroun, Tunisie, Turquie, Etats-Unis …) avant de s’établir comme professeur de lettres pendant plus de trente ans à Boston. Riche de ses voyages, de son expérience, de ses lectures, de sa double culture, elle adorait partager, échanger avec des jeunes, élèves ou non.

Adorait. Car aujourd’hui, force lui est de constater qu’elle est devenue transparente, véritable passe-muraille dans le regard des autres. Ce qu’elle peut penser ou dire n’intéresse plus, est immédiatement étiqueté ringard ou réac, pour autant qu’elle soit encore écoutée ou sollicitée pour donner son avis.

C’est brusquement, lors d’une été, qu’elle a réalisé être rattrapée par la vieillesse. C’est son corps qui lui a envoyé les premiers avertissements, devenu moins souple, moins endurant. Puis son esprit, qui a emboité le pas au physique. Et dans ce sillage, une multitude de peurs : peur de vieillir, peur d’être malade, peur de la solitude.

Avec beaucoup de sensibilité, de sincérité, Isabelle de Courtivron fait le point sur ce qui a changé en elle, ses aspirations, ses regrets, ses envies. Une expérience singulière à caractère universel.

« Je m’étais toujours enorgueillie d’avoir surmonté les défis physiques et psychologiques, j’étais fière de mon indépendance et de ma liberté, les fils conducteurs de ma vie. Je ne savais ni ne pouvais exister autrement. Il me fallait bien pourtant faire face à cette situation nouvelle. »

Un témoignage sans fard et émouvant

C’est un témoignage très personnel mais dans lequel beaucoup se retrouveront : car la vieillesse nous concernera tous un jour où l’autre, pour ceux qui auront la chance de vieillir. L’auteure fait le point sur ce qui évolue en elle, ces regrets qu’elle sent poindre, cette tristesse qui l’envahit, cette gratitude envers ceux qu’elle a aimés, ces envies de voyage émoussées, cette société qui évolue plus vite qu’elle et se dématérialise.

« Je n’ai jamais voulu être l’esclave du regard et du jugement des autres ; lorsque j’étais jeune, je me suis juré de refuser les injonctions de la société. Mais je dois l’avouer : depuis quelques années, je n’ai pas le courage de m’accepter telle que je suis devenue. Mon attitude équivaut à une forme d’autocensure. Décidément, je me déçois beaucoup. »

Une lecture émouvante sur l’inéluctable.

Une fille de passage, Cécile Balavoine

Une fille de passage, Isabelle Balavoine

©Karine Fléjo photographie

Une autofiction, peinture délicate de la relation particulière entre l’auteure et son illustre professeur de lettres à New-York : Serge Doubrovsky.

Amour ou amitié

Quand son professeur de lettres parisien avait évoqué le grand critique Serge Doubrovsky et ses textes devenus des références, Cécile, jeune étudiante, avait pensé que l’auteur en question était mort. Or quelques années plus tard, tandis qu’elle cherche à intégrer une université américaine, elle découvre que non seulement Serge Doubrovsky est bien vivant, mais qu’il y enseigne. Elle se précipite donc sur son œuvre. Et de découvrir qu’il raconte sa vie dans ses œuvres, qu’il est en fait le pape de l’autofiction. Quant à ses écrits, ils lui font l’effet d’une gifle magistrale.

De là à imaginer que quelques mois plus tard, non seulement elle assisterait à ses cours à l’université de New-York, mais aussi qu’elle vivrait dans son appartement de Manhattan, il y a un pas qu’elle n’imaginait pas un instant franchir.

Et pourtant. Pourtant, quand Serge Doubrovsky a cherché à louer son appartement new-yorkais pendant son absence, Cécile n’a pas hésité. Seule « contrainte » : lui faire suivre son courrier à son adresse parisienne. Des courriers auxquels peu à peu, se mêlent des petits mots plus intimes. Et Cécile de guetter les lettres comme une femme amoureuse un signe de l’être aimé.

« L’attente de ces lettres contenait, comme toute forme d’attente, une joyeuse espérance. Mais j’y sentais aussi un arrière-goût marécageux, limoneux. C’était un sentiment qui me tourmentait parfois et qui se mesurait au fait que je ne parlais jamais de cette correspondance. »

Amitié ? Relation paternaliste ? Amour ? Quand l’auteur rentre à New-York, la jeune femme de 25 ans et le septuagénaire se retrouvent régulièrement à l’appartement, au restaurant, entretiennent des rapports ambigus de l’ordre de l’amitié amoureuse ou de l’amour platonique.

Jusqu’au jour où Serge Doubrovsky désire aller plus loin et la demande en mariage. S’est-il fait des idées sur la nature des sentiments de Cécile ? Son amour pour celle qui pourrait être sa petite-fille, est-il partagé, réciproque ?

Une écriture très délicate

Après Maestro, Cécile Balavoine nous revient avec un deuxième livre sur l’amour : Une fille de passage. Avec délicatesse, touche par touche comme sur une toile de Seurat, elle évoque toutes les nuances de cette relation entre elle et son illustre professeur, à la fois pygmalion et figure paternelle, ami et amour, confident et mentor.

« Je comprenais maintenant que s’il n’avait été ni un amant ni vraiment un ami, ni un grand-père ni tout à fait un confident, que s’il n’existait pas de mot pour qualifier ce lien qui nous avait unis et qui continuerait probablement de nous unir, Serge était devenu un repère de ma vie. »

En voyant en lui davantage un ami qu’un amant, se leurre-t-elle ? Ce qui est certain, c’est que si elle ne fut que de passage dans son appartement, elle ne le fut pas dans sa vie. Et inversement.

Informations pratiques

Une fille de passage, Cécile Balavoine – Editions Mercure de France, mars 2020, 240 pages – 17€

 

La liberté n’est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh

La liberté n'est pas un crime, Shaparak Shajarizadeh

©Karine Fléjo photographie

Shaparak Shajarizadeh est devenue une figure de proue du mouvement pour le respect du droit des femmes en Iran. Pour avoir manifesté contre le port du voile et incité d’autres femmes à renoncer au port obligatoire du hijab, elle a été emprisonnée et torturée. Un témoignage édifiant.

Naître femme en Iran

« Je n’ai ni volé, ni tué, ni menti. Je n’ai fait de mal à personne. Je me suis exprimée pour dénoncer la condition des femmes dans notre pays. Mais en Iran, le régime n’aime pas les femmes qui revendiquent leurs droits. Le régime n’aime pas les femmes. Tout court. »

Shaparak est une jeune mère épanouie et une épouse aimante. Mais elle s’est sentie très vite en prison dans son pays. Si les femmes de la génération de sa mère ont connu une relative liberté, ont eu le droit de porter des robes colorées, de faire des études supérieures, de conduire, de laisser leurs cheveux voler au vent, de divorcer, d’avoir la garde de leurs enfants, la révolution de 1979 a changé diamétralement la donne. Les droits des femmes à l’égalité, à la dignité, à la liberté de croyance et d’expression ont été bafoués.

Mais Shaparak n’est pas femme à se résigner. Elle refuse de suivre aveuglément ce qu’on impose aux femmes au nom de grands principes religieux, de règles sexistes conçues pour écraser la moitié de l’humanité.

« Être femme en Iran, c’est sentir en permanence l’ombre de la peur sur ses épaules. C’est s’habituer à être surveillée par la police des mœurs. »

Inspirée par le mouvement des suffragettes, elle décide de se joindre au mouvement des « Mercredis blancs » contre le voile obligatoire : et de sortir tête nue dans la rue, un voile blanc accroché au bout d’un bâton. Et d’exhorter sur les réseaux sociaux, d’autres femmes à la suivre. Question de dignité et de liberté. Une revendication qui lui vaut une première arrestation, des tortures et une incarcération. Soutenue par la célèbre avocate Nasrin Sotoudeh, connue pour venir en aide aux femmes iraniennes bafouées, Sharapak sort de prison. Mais ne renonce pas à son combat. Une combattivité et un courage, qui mettent sa vie et celle de ses proches en péril. Son seul salut sera de fuir l’Iran.

Un témoignage édifiant sur la condition des femmes en Iran

Shaparak Shajarizadeh a trouvé l’exil au Canada l’an dernier, avec ses proches. Mais n’en oublie pas pour autant la bataille qu’elle a menée dans son pays pour faire respecter les droits des femmes, pour que cessent toutes ces atteintes à leurs libertés fondamentales. Avec ce livre témoignage, elle ouvre les yeux au monde entier sur ce qui se passe en Iran quand on naît femme aujourd’hui. Elle se fait la porte-parole de toutes celles qui n’ont pas le droit de s’exprimer, à commencer par son avocate, emprisonnée à Téhéran pour l’avoir soutenue dans sa cause. Elle alerte, informe, éveille les consciences.

« La liberté n’est pas un crime » relate son parcours hors du commun, celui d’une femme résolue à se battre jusqu’au bout, pour elle et toutes les autres femmes de son pays. En 2018, Shaparak Shajarizadeh a été distinguée par la BBC comme l’une des « 100 femmes les plus inspirantes au monde ». En février 2020, elle a été lauréate du Women’sRight Award .

Un témoignage édifiant.