Citation du jour

Les lecteurs forment une communauté, comme les voyageurs… Quand on lit, on est seul et pourtant, on communique incessamment – avec les pensées, avec l’auteur, avec les autres lecteurs, les amis à qui on voudrait donner le livre… Idem pour le voyage, on est embarqués ensemble, on vit un trajet collectivement, c’est une expérience à plusieurs sans que cela n’entame le désir de solitude.

Mazarine Pingeot

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Origami, Patricia Oszvald : un thriller implacable

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Origami, Patricia Oszvald

Editions du net, avril 2018

Un thriller qui se lit en apnée. Et si la vengeance était un plat qui se mangeait froid?

Michael Conrad est un avocat connu et reconnu, qui s’est notamment forgé une solide réputation grâce à une affaire très médiatisée dix ans plus tôt, à Seattle: l’affaire Harris Finnley. Cet individu, surnommé l’équarrisseur, était accusé de l’enlèvement et du meurtre de trois adolescentes. Alors que tout semblait l’accabler, en raison des traces de sang et des cheveux des victimes retrouvés dans sa voiture, Michael Conrad est parvenu non seulement à semer des doutes dans l’opinion publique mais, plus fort encore, à obtenir la disculpation de Finnley. Un dénouement heureux pour l’accusé, qui laisse les familles des victimes accablées, elles qui croyaient qu’on tenait le coupable…

Dix ans plus tard, Michael est installé à Boston et continue à briller dans ses plaidoiries, charismatique et redoutablement efficace. Il est en couple avec Elisabeth, maman d’une adolescente nommée Lucy. Tout semble lui sourire.

Jusqu’au jour où Lucy, partie passer le week-end chez une amie, disparaît. S’agit-il d’un accident ? D’une fugue ? Son petit ami, prénommé Ron, qu’elle leur a récemment présenté, a-t-il quelque chose à voir dans sa disparition ? Il faut dire que Ron n’a pas particulièrement fait bonne impression ni à Michael ni à Elisabeth, lesquels savent au final très peu de choses à son sujet. Ce jeune homme aurait-il des choses à cacher ?

Si Ron semble avoir des zones d’ombre, Michael est loin d’être aussi lumineux qu’il n’y paraît. Pourquoi cette phobie de la couleur rouge ? Que veut dire le mystérieux maître chanteur avec ses petits mots : « je sais qui tu es » ? Pourquoi son ancien collègue, Qui ne l’avait pas vu depuis 10 ans, a-t-il le sentiment que Michael a foncièrement changé ?

Dès les premières pages Patricia Oswald nous embarque dans son intrigue et ne nous lâche plus avant la toute dernière page. Ce thriller se révèle redoutablement efficace, fascinant. Rythmée par des chapitres très courts, l’enquête entraîne le lecteur sur des pistes multiples, lui laisse croire le dénouement proche, tandis qu’un nouveau rebondissement se profile. Quant à la chute, elle est vertigineuse…

Les robes magiques de Pôdane (Nathan), Françoise Boucher : une version très drôle (et détournée ) du célèbre conte

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Les robes magiques de Pôdane, Françoise Boucher

Editions Nathan, mai 2018

Dès 5 ans

Françoise Boucher réinterprète très librement, avec féerie et humour, le célèbre Peau d’âne. Jubilatoire!

Je dois vous avouer qu’à première vue, je n’ai pas accroché à la couverture du livre, avec ces dessins crayonnés, à l’aspect volontairement bâclé, du genre dessin fait par un enfant. Mais m’arrêter à cela eût été une erreur. Car à peine le livre ouvert, je me suis engouffrée dans cette version détournée et ô combien drôle du célèbre conte de Charles Perrault, jubilant des trouvailles de l’auteur.

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Imaginez une fillette, Pôdane , portant des tenues étranges dès le plus jeune âge, comme ces couches magiques avec massage des fesses intégré. Elle possède une armoire avec des robes extraordinaires. Mais qui dit robes extraordinaires, dit mésaventures pas ordinaires. Ainsi sa robe voiture qui démarre sans elle et la laisse toute nue, ou encore sa robe grand soleil qui le soir venu…se couche à l’horizon. Et la laisse fort déconvenue.

Décidément, ses robes n’en font qu’à leur tête alors certes, elles sont extraordinaires, mais… ne pourraient-elles pas être juste « normales »?

Un conte jubilatoire, coloré, un humour déjanté, c’est vraiment une chouette histoire qui amusera les enfants… et leurs parents!

La playlist de… Mélanie Taquet!

Chaque semaine, un auteur nous livre les musiques de sa playlist, celles qui ont accompagné ses heures d’écriture, celles qui ont nourri son livre, celles qui l’ont inspiré, celles qui ensoleillent sa journée. Aujourd’hui, c’est au tour de Mélanie Taquet.

Mélanie Taquet est l’auteur de Reste aussi longtemps que tu voudras, aux éditions Eyrolles. Un roman qui vous emmène en voyage en Italie. Sous le soleil de Florence, la vita n’est pas si dolce. Si la douceur de vivre florentine est propice aux tendres rencontres, la lumière du soleil italien éclaire aussi les parts sombres et les blessures de chacun. Brûle même parfois. Un thriller psychologique captivant, qui vous tient en otage du début à la fin.

Retrouvez la chronique que je lui avais consacrée ici : Reste aussi longtemps que tu voudras .

La playlist de Mélanie Taquet : 

  • La musique qui vous accompagne au quotidien : Photomatondes Jabberwocky, j’adore l’atmosphère planante et un peu mélancolique, la voix qui parait sortir d’un vieux transistor.
  • La musique idéale pour écrire  :  pour le premier roman, c’était ma playlist de chansons italiennes avec du Brunori Sas, du Tiziano Ferro, du Paolo Conte, du Jovanotti… Pour la suite, je me sens moins obligée de rester dans cet univers. J’ai une playlist deezer très éclectique avec plus de 600 chansons, et je la joue en aléatoire. d’ailleurs pour ceux que ça intéresse, on peut me suivre sur deezer : Ariell87, la playlist s’appelle ❤ .
  • La musique qui pourrait illustrer votre dernier roman : j’ai envie de répondre une musique italienne, forcément ! La dédicace du livre, c’est la chanson Lei, lui, Firenze de Brunori Sas, alors je pense que c’est un bon début !

… La semaine prochaine, nous avons rendez-vous avec la playlist de Jean-Pierre Brouillaud ! D’ici là, bonne semaine en musique!

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Le squale, Francine Kreiss

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Francine Kreiss est apnéiste et fait des reportages sous-marins en  apnée pour des magazines. En 2014, dans un café, un inconnu entame la discussion avec elle. Il lui apprend alors que quand il était en Corse, un homme plongeait en apnée à plus de 100 mètres et ramenait des paniers entiers de corail rouge. Voilà qui intrigue Francine Kreiss, car descendre en apnée à plus de 100 m, sans pallier au cours de la remontée, c’est risquer au mieux le caisson de décompression et au pire, la morgue. Et l’inconnu d’ajouter :  » Cet homme était de la famille Recco, un proche du commandant Cousteau. Il purge aujourd’hui une peine à perpétuité dans une prison de Haute-Corse pour des meurtres en série. Sa famille est une famille de criminels, originaire de Propriano. »

Sauf que l’inconnu s’est trompé dans le prénom. Le plongeur en apnée était Toussaint Recco, le frère du meurtrier en série. Et non  Tommy Recco, l’auteur de sept meurtres et nageur de combat. Aussi, quand l’auteur veut contacter l’homme aujourd’hui emprisonné, afin de partager avec lui ses expériences de plongée, son amour de la mer, afin de tenter de comprendre comment cet homme survit en cellule depuis 50 ans sans la mer, elle tombe sur la mauvaise personne. 

Loin de la faire fuir et bien qu’elle ait réalisé qu’il ne s’agit pas du plongeur corailleur, Francine se sent fascinée par lui. Il la supplie de prouver son innocence, clame qu’il s’agit d’une erreur judiciaire. Et lui demande de rédiger un livre qui le prouvera. Même si Francine réalise qu’il se ment à  lui-même, tout comme il ment aux autres, même si elle se dit qu’elle devrait éprouver de la répulsion ou de la frayeur face à ce meurtrier et non cette fascination, force est d’admettre qu’au fil des échanges, un lien d’amitié se tisse entre la sirène et le squale.

Ce roman nous fait nager en eaux troubles, côtoyer un squale octogénaire qui par bien des côtés est séducteur et séduisant, mais aussi tueur à ses heures. Mieux vaut nager à ses côtés qu’à contre-courant, sauf à risquer sa vie. J’ai apprécié le style, fluide, les métaphores inédites, mais aussi l’histoire de cette fascination entre la blanche sirène et le squale à la réputation redoutable. Par contre, je me suis un peu noyée parfois dans les longueurs, ai bu la tasse en attendant une vague qui redonnerait du rythme. Mon sentiment sur ce roman est donc mitigé.