Citation du jour

Contrairement à certaines idées reçues, un romancier n’est pas un intellectuel. Sa pensée n’a rien d’abouti, d’affirmé, ses doutes le font avancer sur le magma informe de son imaginaire et de sa sensibilité. Son oeuvre se bâtit à l’instinct. Le flou et l’inachevé de sa réflexion sont le lieu où se construit son récit, le tohu-bohu où ses personnages prennent vie. Les idées claires donnent des romans insipides. L’auteur avance dans son roman, aveugle à la propre histoire qu’il raconte. Il capte le sens de son travail à la seconde où il écrit le mot fin. L’instant d’après le vertige le reprend, il ne reconnait plus les lieux qui semblaient avoir forgé son identité. Une fois imprimé, le livre est comme un oiseau mort.

Laurent Seksisk – Un fils obéissant (flammarion, 2018)

A8D72FF8-7591-4E73-BDAF-B005D59DD0A5

Publicités

Rencontre avec Nina Bouraoui : « L’écriture est mon destin »

En cette rentrée littéraire, les éditions Jean-Claude Lattès publient le nouveau roman de Nina Bouraoui : Tous les hommes désirent naturellement savoir. Tous les hommes désirent naturellement savoir est l’histoire des nuits de sa jeunesse, de ses errances, de ses alliances et de ses déchirements. C’est l’histoire du désir de l’auteur qui est devenu une identité et un combat.

Comment va-t-on à la rencontre de soi-même ?

Il y a plusieurs façon de prendre le chemin qui permet de savoir qui nous sommes : l’amour, la psychanalyse ou la littérature. Ici, j’ai choisi la littérature.

Un retour en Algérie

J’ai cherché à savoir qui j’étais en me rendant dans les années 70 dans cette Algérie éblouissante, aveuglante, sublime, et déjà je sentais une forme de brutalité naitre ou revenir, juste après la guerre d’indépendance, puisque je suis arrivée en Algérie à l’âge de 2 mois en 1967 et j’y suis restée jusqu’à l’âge de 14 ans. C’est l’Algérie de la sensualité, d’une femme allongée sur les rochers, de ma mère cette blonde française qu’on appelait la suédoise et qui a épousé mon père algérien et qui a épousé un pays, l’Algérie, qu’elle s’est promis de nous faire connaître à ma sœur et moi. Elle nous a emmenée dans sa GS bleue vers le Sahara jusqu aux frontières du Niger.

L’écriture est mon destin

Aux frontières du Niger, j’ai eu la chance de dormir dans des grottes où il y avait des dessins préhistoriques. Avoir dormi au pied de dessins qui sont à l’origine de ce que nous sommes, de peurs, de la violence, mais aussi du plaisir,  cela m’a accompagné et m’a porté bonheur.

J’ai voulu savoir qui j’étais

J’ai voulu savoir qui j’étais, car je viens d’un mariage mixte, je suis le fruit d’un métissage, celui d’un français musulman et d’une jeune française. J’ai svt pensé que ma sœur et moi étions les symboles de la paix, de l’amitié franco-algérienne. Dans ce livre j’ai interrogé d’où venait ma mère, quels étaient ses secrets d’enfance, je les ai effleurés parce que je ne pratique pas une littérature de la dénonciation, mais je les ai suffisamment embrassés pour comprendre que je viens d’un chaudron pas évident, compliqué mais tout aussi fascinant.

Etre homosexuelle n’est pas toujours un chemin très facile et très poétique

Je me suis interrogée sur mon identité. Je me suis rendu compte qu’être homosexuelle n’est pas toujours un chemin très facile et très poétique. Pas dans l’enfance car l’enfance est innocente. Un enfant homosexuel ne profite que de la beauté, de la sensualité et de l’esthétisme et j’en ai profité amplement. Quand je suis arrivée en France à 14 ans, j’ai dû me réapproprier ma nationalité française, puisque je n’avais vécu qu’en temps qu’algérienne même si j’avais été élevée par une mère française. Cela a été un second voyage de m’approprier ces racines que je ne connaissais pas.

A 18 ans, j’ai exploré cet autre chemin de mon identité amoureuse

A 18 ans, j’ai exploré cet autre chemin de mon identité amoureuse, de mon identité sexuelle, avec beaucoup de courage parce que j’étais la plus jeune. J’habitais rue Notre-Dame des Champs dans le 6ème, et je me suis rendue 3 fois par semaine dans un club exclusivement réservé aux femmes, le Katmandou, où j’ai rencontré des femmes que je n’aurais jamais rencontrées dans la vie et qui m’ont peut-être appris les soubassements, les souterrains de l’existence, qui m’ont forgée. Pendant cette période de transition, j’ai commencé à écrire. J’avais 18 ans, l’écriture était mon destin.

J’ai appris à occuper mon homosexualité comme on occupe un territoire

J’ai fréquenté des prostituées, des anciennes détenues, des femmes beaucoup plus âgées que moi. J’ai appris l’amour des femmes mais aussi la soumission, la violence. J’ai appris à occuper mon homosexualité comme on occupe un territoire. J’ai appris à devenir ce que j’étais dans l’enfance. Ce n’a pas été facile, c’était au début des années 80. Ces thèmes je les ai abordés de nombreuses fois dans Garçon manqué, dans Poupée Bella, dans La vie heureuse, etc, j’avais pensé en avoir fini avec cette écriture de soi. Là c’est autre chose, c’est un livre de résistance.

C’est un livre de résistance

Parce que je trouve qu’en 2018 nous devons toujours entendre la violence sourde du monde. Je sais que dans certains pays, en 2018, être homosexuel n’est pas aisé mais dangereux. Si tout correspond dans mon livre, l’Algérie, cette quête de poétique, l’amour pour ma mère cette femme française tellement courageuse, si je me remémore les premières montées de l’islamisme à la fin des années 70, où tout d’un coup les femmes portaient plus de hidjabs que de tailleurs, de pantalons ou de shorts, si je me souviens qu’il y avait déjà une police des mœurs qui patrouillait et qui vérifiait qui fêtait noël et quel musulman buvait de l’alcool, si dans ce livre pour la toute première fois j’évoque la décennie noire des années 90 algériennes, c’est pour faire un parallèle : je pense que mon homosexualité a été à la fois assombrie et éclairée par la violence de ces extrémismes.

Si la littérature a une mission ce sera toujours de dénoncer la fin des libertés

Et si la littérature a une mission ce sera toujours de dénoncer la fin des libertés, ce sera toujours de rentrer dans la chambre d’un adolescent solitaire. Alors si je peux aider à ça, en effet, l’écriture est mon destin.

Mon cahier Montessori de lecture

EDB57FD5-73BA-4C28-AED5-55E1293D6817

Mon cahier Montessori de géographie, Marie Eschenbrenner et Sabine Hofmann

Edition Nathan, juillet 2018

Pour les enfants de 4 à 6 ans

Les cahiers Montessori s’inspirent directement du matériel utilisé dans les écoles Montessori. Il s’agit de méthodes particulièrement gratifiantes pour les enfants, méthodes qui leur donnent confiance en eux.

 

Avec mon cahier Montessori de lecture, conçu par deux éducatrices Montessori, il s’agit d’aider les enfants à lire en les exerçant à distinguer les sons qui composent les mots. Puis à apprendre le son des lettres et à former des mots avec des lettres. La lecture vient alors tout naturellement, de manière sensorielle, au rythme de l’enfant.

 

À qui s’adresse ce cahier Montessori de lecture? 

Il est destiné à l’enfant :

  • Qui connait le son des lettres
  • ou qui sait utiliser un alphabet mobile pour composer des mots
  •  ou qui pose beaucoup de questions et s’amuse à essayer de déchiffrer les mots écrits autour de lui.

 

Cette méthode est progressive. Elle propose à l’enfant de lire ses premiers mots, en commençant par des mots simples de deux lettres, puis trois, puis quatre, puis cinq lettres. De même, l’enfant est invité à coller des mots sous les images de son cahier, à poser des étiquettes sur les objets qui l’entourent dans la maison.

Grâce à cette méthode, l’enfant sera encouragé et stimulé dans ses progrès. Il prendra confiance en lui.

La playlist de Julien Aranda

Chaque semaine, un auteur nous livre les musiques de sa playlist, celles qui ont accompagné ses heures d’écriture, celles qui ont nourri son livre, celles qui l’ont inspiré, celles qui ensoleillent sa journée. Aujourd’hui, c’est au tour de Julien Aranda. 

En 2014, Julien Aranda nous livre un premier roman : « Le sourire du clair de lune » (City Éditions) qui a le parfum nostalgique des histoires que lui racontait son grand-père. Le livre a été traduit en anglais (2017), espagnol (2016), italien (2016) et en coréen (2017). Vous pouvez retrouver la chronique que je lui ai consacrée ici : Le sourire du clair de lune
Encouragé par ses lecteurs, conforté dans sa vocation, il publie en 2016 « La simplicité des nuages », roman plus contemporain décrivant les turpitudes d’un cadre parisien en quête de sens.

En 2018, il publie son troisième roman « Le jour où Maman m’a présenté Shakespeare » (Éditions Eyrolles) qui raconte la trajectoire enchantée d’une Maman comédienne de théâtre éprise d’absolu et de son petit garçon qui n’a d’yeux que pour elle. Un coup de coeur pour moi dont vous pouvez retrouver la présentation ici : Le jour où maman m’a présenté Shakespeare

Avec beaucoup de gentillesse, Julien Aranda s’est prêté au jeu de la playlist, nous faisant découvrir son univers musical.

La playlist de Julien Aranda : 

  • Les musiques qui m’accompagnent en ce moment :

En ce moment, j’écoute pas mal Janis Joplin et surtout sa chanson « Maybe ». En général, je suis un peu obsessionnel et j’écoute une chanson en boucle jusqu’à m’en épuiser, un peu comme quand on essore une serpillière jusqu’à la dernière goutte !

Sinon, pour parler de musique actuelle, j’aime bien l’univers de Julien Doré ou Christine and The Queens, mais en général j’écoute beaucoup de musique d’après-guerre, avec entre autres Brassens, Brel, Gréco, Trénet, etc … des chansons dans lesquelles les textes sont aussi travaillés que les musiques.

  • La musique qui pourrait illustrer mon dernier roman :

« La mauvaise réputation » de Brassens.

J’ai écrit ce livre en pensant à Georges Brassens et j’ai imaginé des personnages haut en couleurs susceptibles de lui ressembler dans son côté poétique et mélancolique.

  • La musique idéale pour écrire :

Pour écrire, j’aime beaucoup écouter de la musique classique avec beaucoup de piano (Debussy) et, d’une manière générale, des musiques sans paroles comme celle de Yann Tiersen ou Ludivico Einaudi qui recèlent une pointe de nostalgie et stimulent mon penchant mélancolique et poétique propice à l’écriture.

Bonne semaine en musique!

notes-musicales-584412.jpg

Rentrée littéraire : Chien-loup, de Serge Joncour. Un roman d’une densité rare

img_4064

Chien-loup, Serge Joncour

Editions Flammarion, août 2018

Rentrée littéraire

L’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confronté à la violence, Serge Joncour nous montre avec brio que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées. Un roman d’une densité rare.

Lise est comédienne. Après son absence des écrans pour cause de cancer, son téléphone n’a plus beaucoup sonné. Mais Lise le prend avec philosophie, ses besoins sont désormais ailleurs, dans une quête d’une plus grande authenticité, loin de ce monde du cinéma, un monde du paraître. Aussi, quand sur internet elle a vu cette maison à louer en pleine nature, perchée sur une colline, loin de tout et de tous, elle a immédiatement su qu’elle y serait à sa place, au calme, en paix. Franck, son compagnon depuis 25 ans, est producteur. Et cet homme connecté en permanence, le pouce greffé à son téléphone portable, prend avec beaucoup de réserves cette envie de vacances dans ce coin paumé, sans même une connexion internet ou un réseau téléphonique.  Comment survivre dans un tel dénuement ? Mais par amour pour Lise, que ne ferait-il pas ?

Un siècle plus tôt, dans cette même bâtisse, un drame sanglant a eu lieu. La 1ère guerre mondiale faisait alors rage et le dompteur allemand réfugié sur la colline avec ses lions et tigres ne suscitait que méfiance. Sauf de la part de Joséphine, une veuve du village.

Deux époques éloignées d’un siècle mais si proches pourtant… Cette guerre où l’on s’entretue pour un bout de territoire, cette soif de pouvoir entre les hommes, cette sauvagerie, sont-elles si loin ? Sommes-nous réellement devenus civilisés, ou la violence continue-t-elle à sévir masquée, l’homme ne tirant aucune leçon des erreurs du passé ? L’homme cessera-t-il un jour d’être un loup pour l’homme ? Alors que Franck veut sauver une vision noble de son métier, ses associés aux dents longues ne jurent que par la rentabilité, Netflix, Amazon et sont prêts à tout pour y parvenir. La guerre a changé de terrain, mais sévit toujours.

Ce roman de Serge Joncour est d’une densité rare. Lire Serge Joncour, ce n’est pas faire glisser son regard sur l’encre des mots, c’est pénétrer dans l’épaisseur de la page, c’est sentir, voir, regarder, toucher, goûter, frémir, sourire. C’est bien davantage que de lire une histoire, c’est la vivre. Un roman magistralement rédigé, qui vous habite et vous envoute du début à la fin.

Citation du jour

J’avais toujours pensé que le présent ne s’accordait pas avec mon écriture. Jusqu’à sa dernière heure, un être humain s’améliore ou régresse, il s’en a jamais fini avec lui-même. Le coucher sur le papier grave son caractère dans le marbre, lui ôte cette capacité d’évoluer. Ecrire son histoire avant qu’elle ne s’achève lui interdit toute possibilité de réconciliation avec les autres et avec lui-même, ravit sa part d’humanité à venir. Cela revient à peindre un portrait auquel il manquerait une partie du visage. On juge à partir d’un faux témoignage. On enferme dans une prison de mots. A considérer ses contemporains comme des personnages de fiction, l’auteur se condamne à être une divinité de pacotille, un quart de demi-dieu grec scellant les destins, proférant les imprécations, jetant des malédictions définitives, semant la désolation autour de lui.

Laurent Seksik – Un fils obéissant (Flammarion 2018)

A8D72FF8-7591-4E73-BDAF-B005D59DD0A5