Prix Renaudot 2014 : David Foenkinos pour Charlotte (éditions Gallimard)!!!

Prix Goncourt 2014

Le prix Renaudot 2014 est décerné à David Foenkinos, pour son roman magistral Charlotte, aux éditions Gallimard!!! L’écrivain a obtenu le prix au 6e tour par 5 voix contre 3 à Jean-Marc Parisis et une à Kamel Daoud.

Un livre plébiscité sur ce blog le mois dernier, dont vous retrouverez la chronique ci-dessous :

Charlotte est un livre à part dans l’œuvre de David Foenkinos. Un livre à part tout court. Puissant, bouleversant. D’une force vitale époustouflante.

C’est presque par hasard que l’auteur va découvrir l’artiste, il y a 8 ans, à la faveur d’une exposition. Et là, c’est un choc artistique. Une rencontre. LA rencontre. « La connivence immédiate avec quelqu’un. La sensation étrange d’être déjà venu dans un lieu. J’avais tout cela avec l’œuvre de Charlotte. Je connaissais ce que je découvrais. » (P.70) Et de se sentir appelé par ces toiles et par celle qui les a peintes. Et d’investiguer. Et de se rendre sur ses lieux de vie, d’interroger les témoins.

Ce qu’il découvre sur cette femme au talent bien trop méconnu achève de le bouleverser. Car Charlotte Salomon n’est pas seulement une artiste d’exception, mais une femme d’exception. Une fragilité forte habitée par son art. Charlotte a grandi à Berlin dans une famille frappée par une succession de drames. Sa tante, sa mère, sa grand-mère ont toutes mis fin à leur jour. A croire qu’une malédiction les frappe. Sera t-elle la prochaine sur la liste? Ce serait mal connaître la force de vie qui l’anime. Malgré l’extrême solitude affective qui est sienne, malgré le vide laissé par les absents, malgré la montée du nazisme qui l’exclut de toutes les sphères de la société, Charlotte tient debout. Car elle a trouvé sa planche de salut, car elle a trouvé sa voie : la peinture. Là est sa survie. Là est sa raison de vivre. Exilée dans le sud de la France de 1940 à 1942, après avoir quitté son père, sa belle-mère, son grand amour, ses amis, ses lieux chers, elle va se donner corps et âme à son art et peindre plus de 1300 gouaches comme autant de témoignages de ce qu’elle a vécu, enduré, surmonté. Celle qui chantait si souvent et empruntait à son chant son inspiration scripturale, va faire jaillir de la noirceur de son histoire la lumière de la création.

Un exemple de résilience magistral.

Des œuvres qu’elle confiera dans une valise à son médecin avant d’être déportée et de mourir dans un camp de concentration en 1943 à tout juste 26 ans. Et de préciser à cet homme en lui tendant ledit bagage: « C’est toute ma vie. »

Toute une vie dans cette valise, écrin de son talent, témoin de son courage et de sa capacité extraordinaire à sublimer sa vie et à transcender ses souffrances par l’art.

Dès lors, on comprend aisément combien il fut délicat pour David Foenkinos de rendre hommage à cette femme admirable en tout point sans craindre d’être en deçà de l’émotion et de la fascination qu’elle exerce sur lui. Pendant des années, il va porter ce roman en gestation, jusqu’au jour où il trouvera les mots sur mesure à même de revêtir le corps de ses émotions.

Et le résultat est juste éblouissant.

Le style, avec ces phrases courtes, des passages à la ligne après chaque point, porte les émotions véhiculées par le texte avec une puissance phénoménale. Le lecteur est catapulté au cœur de la vie de Charlotte Salomon, de ses œuvres, désireux, à l’image de David Foenkinos quelques années plus tôt, de découvrir plus avant celle dont la vie fut un exemple de dépassement de soi.

Un coup de cœur de cette rentrée littéraire!

 

P. 60 : Il existe un point précis dans la trajectoire d’un artiste.

Le moment où sa propre voix commence à se faire entendre.

La densité se propage en elle, comme du sang dans de l’eau.

 

P.173 Une révélation est la compréhension de ce que l’on sait déjà.

C’est le chemin qu’emprunte chaque artiste.

Ce tunnel imprécis d’heure ou d’années.

Qui mène au moment où l’on peut enfin dire : c’est maintenant.

Prix Goncourt 2014 : Lydie Salvaire pour Pas pleurer (éditions du Seuil)

Lydie Salvayre a été couronnée ce mercredi par le Goncourt, le plus connu des prix littéraires français, pour « Pas pleurer », un roman sur la guerre d’Espagne hanté par la figure de l’écrivain Georges Bernanos et la voix de sa propre mère.

« Pas pleurer » (Seuil) a été choisi par les jurés au 5e tour, par 5 voix contre 4 à l’Algérien Kamel Daoud, auteur de « Meursault contre-enquête ».

Le livre :

Deux voix entrelacées.

Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ».

Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie.

Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Première sélection du Prix de la closerie des Lilas 2014

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Le Prix de la Closerie des Lilas, créé en 2007, poursuit avec toujours autant d’enthousiasme sa mission : soutenir et faire connaître une littérature féminine de qualité. Par souci d’indépendance et d’ouverture, la volonté des fondatrices a été d’instituer un jury invité différent chaque année qui rassemble des femmes du monde des arts, des lettres, de la presse, des sciences et de la politique. Le Prix de la Closerie des Lilas est d’abord une histoire d’amitié, de passion partagée pour la littérature.

 

Le jury invité en 2014 :

     Cécilia Attias, Roselyne Bachelot, Lydia Bacrie, Mireille Darc, Anne Michelet, Mazarine Pingeot, Daphné Roulier, Amanda Sthers, Karine Tuil.

 

Le jury permanent :

     Emmanuelle de Boysson (journaliste, romancière), Adélaïde de Clermont Tonnerre (Point de Vue, romancière), Carole Chrétiennot (cofondatrice du Prix de Flore), Stéphanie Janicot (Muze, romancière), Jessica Nelson (Au Field dans la Nuit, TF1), Tatiana de Rosnay (romancière).

     Mardi 28 janvier 2014, le jury du Prix de La Closerie des Lilas s’est réuni afin d’établir une première sélection de 11 romans de femmes parus à la rentrée de janvier 2014.

Première sélection :

Le colonel et l’appât 455, de Fariba Hachtroudi (Albin Michel)

Buvard, de Julia Kerninon (Editions du Rouergue)

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon (Actes Sud)

L’Entaille, de Nadine Diamant (La Grande Ourse)

Quatre murs, de Kéthévane Davrichewy (Sabine Wespieser)

Calcutta, de Shumona Sinha (L’Olivier)

Trois jours à Oran, d’Anne Plantagenet (Stock)

Dans la remise, d’Inès Benaroya (Flammarion)

Karina Sokolova, d’Agnès Clancier (Arléa)

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal (Verticales)

Un tout petit rien, de Camille Anseaume (Kero)

 

La seconde liste sera rendue publique le 11 mars 2014. Le Prix sera remis le mardi 8 avril 2014.