Et les plus gros vendeurs de romans en 2015 sont…

 

Palmarès exclusif Le Figaro littéraire/GFK : fait notable cette année, des écrivains comme Michel Houellebecq, Jean-Christophe Rufin et Delphine de Vigan s’invitent au milieu des auteurs de «best sellers», Guillaume Musso et Marc Levy.

Le classement des dix auteurs français qui vendent le plus, établi par Le Figaro littéraire en partenariat avec le cabinet GFK, vient d’être dévoilé. On peut en tirer trois enseignements.

-1- Une photographie de ce que les Français lisent vraiment

Ce classement est une photographie de ce que les Français lisent vraiment. Il est le seul à tenir compte des nouveautés, mais aussi des ventes en format de poche qui représente près du tiers des livres vendus. Et, point important, on ne comptabilise que les ventes réelles, c’est-à-dire les ouvrages effectivement achetés par les clients et non les tirages communiqués par les maisons d’édition. Le poids de ces dix premiers du classement est phénoménal: ils vendent un livre sur quatre dans la catégorie fiction française, soit près de 8,5 millions d’exemplaires et 106 millions d’euros de chiffre d’affaires.

-2- Le podium: Musso/Levy/Bussi en tête

Ce n’est pas une surprise: Guillaume Musso garde toujours la première place et n’est visiblement pas près de la perdre avec 1,7 million d’exemplaires au total. Il est indétrônable depuis 2011. Marc Levy est deuxième, et Michel Bussi troisième. Michel Bussi, c’est l’auteur à succès qui monte, un profil atypique, il écrit des polars mais son vrai métier, qu’il exerce toujours, est professeur d’université, chercheur au CNRS, spécialiste de géographie électorale. Le point commun de ces trois romanciers est de publier un livre par an sans compter l’édition de poche de leur titre précédent. D’ailleurs, ils seront en librairie dès le mois prochain.

-3- Surprise: les «littéraires» débarquent en force

Longtemps, ce palmarès que réalise chaque année Le Figaro littéraire depuis 2005, prêtait à ce genre de commentaires: «Ce sont toujours les romanciers grand public qui monopolisent les classements des meilleures ventes.» Certains s’autorisaient même un jugement de valeur: «Même pas des écrivains, ces auteurs-là!» Eh bien, il va falloir trouver d’autres arguments. Pour cette nouvelle édition, les «littéraires» débarquent en force : on y retrouve un Prix Goncourt (Michel Houellebecq), un Prix Renaudot (Delphine de Vigan), un Grand Prix du roman de l’Académie française (Joël Dicker), une intellectuelle qui fait du roman policier (Fred Vargas) et, même, tenez-vous bien, un académicien (Jean-Christophe Rufin, également Prix Goncourt).

C’est tout simplement la preuve que les Français ont un goût éclectique.

 

Prix Goncourt des lycéens 2015 :Delphine de Vigan!

Delphine de Vigan s’est vue décerner le Goncourt des lycéens pour son roman D’après une histoire vraie, paru chez les éditions Lattès.

Le jury, composé de 13 lycéens, était réuni ce mardi à l’opéra de Rennes. Il a décidé de récompenser D’après une histoire vraie, le roman de Delphine de Vigan paru aux éditions Lattès. Le président du jury des lycéens, Corto Courtois, lui a annoncé la nouvelle par téléphone. «Merci, je suis très heureuse et très surprise, merci beaucoup aux lycéens qui ont voté pour moi. C’est un très beau prix», a commenté Delphine de Vigan.

Delphine de Vigan qui a également eu le prix Renaudot cette année succède à David Foenkinos pour Charlotte, en 2014.Delphine de Vigan s’était également vue décerner le prix de Renaudot il y a quelques semaines.

Retrouvez avec ce lien la chronique que j’avais consacrée au roman il y a deux mois : D’après une histoire vraie

Félicitations Delphine!!!

Prix Interallié 2015 : Laurent Binet

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Laurent Binet est le lauréat du prix interallié 2015 pour son second roman, La Septième Fonction du langage, publié chez Grasset.
Il succède au palmarès à Mathias Menegoz (Karpathia). Dans son roman aux allures de thriller loufoque, et qui file sur les chapeaux de roue, Laurent Binet nous conte avec humour, dérision, érudition et pédagogie l’histoire de la sémiologie et de ses satellites à travers ses grandes icônes des années 1970: Roland Barthes au premier chef, Michel Foucault, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, …
Dès les premières pages, il embarque le lecteur dans les méandres intellectuels et littéraires de la vie parisienne, à travers les tribulations rocambolesques d’un inspecteur et d’un jeune thésard, de Paris à New York, en passant par Bologne, Venise et Naples. On y croise également de mystérieux espions bulgares, des dealers et des gigolos, la faune glauque ou dorée du Palace, alors au faîte de sa gloire, sans oublier Valéry Giscard d’Estaing ou François Mitterrand. Les «Trente Glorieuses» tiraient alors leur révérence. La Septième Fonction du langage a aussi été couronné par le Prix du roman Fnac, en septembre dernier.

Laurent Binet n’est pas un inconnu. Son premier roman, publié il y a cinq ans, HHhH, centré sur l’assassinat à Prague du dirigeant nazi Reinhard Heydrich, en 1942, a rencontré un grand succès, aussi bien en France qu’à l’étranger. Vendu à plus de 220.000 exemplaires (dont 155.000 en poche), ayant attiré plus de 100.000 lecteurs en Grande-Bretagne, 75 000 en Espagne et 40 000 aux États-Unis.

Depuis,  il a abandonné l’Éducation nationale, après avoir enseigné le français pendant dix ans en Seine-Saint-Denis. Aujourd’hui, à 42 ans, il vit de sa plume.

Créé en 1930 le Prix Interallié a couronné par le passé des auteurs comme Michel Déon, Dominique Bona, Jean-Christophe Rufin, Michel Houellebecq, Philippe Djian, ainsi que les journalistes Éric Neuhoff et Christophe Ono-dit-Biot.

Prix de Flore 2015 : Jean-Noël Orengo!

La devanture du

 Le jury présidé par Frédéric Beigbeder a couronné ce mardi l’écrivain Jean-Noël Orengo pour son premier roman La Fleur du capital, un livre polyphonique de près de 800 pages au cœur de la capitale mondiale de la prostitution en Thaïlande. 

Vrai choc de la rentrée littéraire, La fleur du capital (Grasset), le premier roman de Jean-Noël Orengo, l’a emporté au 2ème tour par 8 voix contre 4 à Emilie Frèche (Un homme dangereux , Stock).

Déjà lauréat du prix Sade 2015, c’est donc la deuxième récompense pour l’auteur.

Le livre :

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Pattaya, en Thaïlande, station balnéaire familiale la plus populaire d’Asie du Sud-Est, est aussi le paradis des transsexuels, noctambules, bandits, expatriés venus des quatre coins du globe.
Sexe, mort et argent cohabitent avec la spiritualité la plus intense. Le gros roman (768 pages) de Jean-Noël Orengo, publié chez Grasset, est conçu comme un gigantesque théâtre où se déploie la danse frénétique de l’Occident décadent et de l’Orient renaissant. Il met en scène cinq personnages perdus à travers la multitude des rues et des bars de la cité.


Créé en 1994, le prix de Flore est doté de 6.000 euros. Le lauréat se voit en outre offrir un verre de Pouilly-fumé, à déguster au Flore, chaque jour de l’année.
Le jury du prix de Flore, présidé par Frédéric Beigbeder, est composé de Jacques Braunstein, Manuel Carcassonne, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, Jean-René Van Der Plaetsen, François Reynaert, Jean-Pierre Saccani, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison, Philippe Vandel et Arnaud Viviant.
L’an dernier, le prix avait été attribué à Aurélien Bellanger pour « L’Aménagement du territoire » (Gallimard).

Prix Médicis 2015 : Nathalie Azoulai

Nathalie Azoulai, le 7 octobre 2015 à Paris.

Le prix Médicis a été attribué à Titus n’aimait pas Bérénice, de Nathalie Azoulai (P.O.L). Le Médicis étranger distingue Encore, du turc Hakan Günday (Galaade) et le Médicis essai, Sauve qui peut la vie, de Nicole Lapierre (Seuil).

Titus n’aimait pas Bérénice est le sixième livre de Nathalie Azoulai, après cinq textes ancrés dans notre époque au point de prendre l’allure de romans « sociétaux » – qu’ils évoquent la maternité, comme Mère agitée(Seuil, 2002) et Les Filles ont grandi (Flammarion, 2010), ou qu’il y soit question de racisme et d’antisémitisme, comme dans Les Manifestations (Seuil, 2005).

Dans ce nouvel ouvrage, en revanche, l’ancienne normalienne et agrégée imagine une femme d’aujourd’hui, quittée par son amant, marié et décidé à rester avec sa femme en dépit de son amour pour sa maîtresse. S’abreuvant aux vers de Racine, elle décide de « quitter son temps, son époque », et de se plonger dans la vie de l’écrivain pour « construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes » : « Si elle comprend comment ce bourgeois de province a pu écrire des vers aussi poignants sur l’amour des femmes, alors elle comprendra pourquoi Titus l’a quittée », écrit Nathalie Azoulai.

« Empoigner le marbre »

Ainsi se lance-t-elle dans le récit (romancé) de l’existence de Racine, ses années de formation à Port-Royal, l’enseignement de ses maîtres jansénistes, la découverte de la traduction du latin, où il va progressivementforger sa propre langue si étonnante, jusqu’à finir par donner, au fil de ses douze tragédies, « un idiome à la France ». Elle imagine comment Racine a réussi à devenir « l’endroit où le masculin s’approche au plus près du féminin » en inventant des sortes de séances de confession, sans dimension religieuse, où des femmes racontent au grand homme les effets sur elle du chagrin amoureux…

Il y a dans Titus n’aimait pas Bérénice quelques pages superbes, des phrases dépouillées et pourtant d’une grande force. Une volonté de fouiller l’histoire et la langue pour réussir à « empoigner le marbre » de la statue du tragédien, et lui donner chair, lui insuffler de la vie.

Un roman turc dans la peau d’un « passeur »

Distingué par le Médicis étranger, Hakan Günday, né en 1976, est l’auteur de huit romans. Il raconte que l’idée d’Encore (traduit par Jean Descat), paru en Turquie il y a deux ans, lui est venue en lisant dans un journal un article sur l’arrestation d’une bande qui fabriquait des faux gilets de sauvetage ne flottant pas, destinés aux clandestins qui tentent de gagner l’Europe sur des rafiots de fortune depuis la côte turque. Encore est donc un roman qui immerge le lecteur dans le milieu des passeurs et de leur « business », sur les pas de Gazâ qui, à 9 ans, a hérité de l’entreprise de son père « spécialisée » dans le transport de migrants

Avec Nicole Lapierre, plongée intime dans une famille

Directrice de recherche au CNRS, la sociologue et anthropologue Nicole Lapierre « prolonge » ses travaux sur les questions de mémoire et d’identité en se penchant sur sa propre histoire, ce qu’elle s’était toujours refusée à faire, dans un poignant récit littéraire. « Dans ma famille, on se tuait de mère en fille » est la première phrase de ce livre écrit pour évoquer le souvenir de sa grand-mère, de sa sœur et de sa mère, toutes mortes dans des conditions dramatiques : un accident dû à une fuite de gaz pour la première (selon la version autorisée), le choix du suicide pour la deuxième et la troisième. La pudeur et l’optimisme finissent partriompher de cette plongée intime au cœur d’une famille juive déchirée entre « semelles de plomb qui entraînent par le fond » et « ornements de plumes qui frémissent au vent ».

Prix Fémina 2015 : Christophe Boltanski, pour La cache (éditions Stock)

Christophe Boltanski a reçu le prix Femina le 4 novembre pour son livre "La Cache". (JOEL SAGET / AFP)

Le prix Femina 2015 a été attribué à Christophe Boltanski pour « La Cache»  a annoncé aujourd’hui le jury de ce prix exclusivement composé de femmes.

L’écrivain-journaliste a obtenu 7 voix au deuxième tour de scrutin pour ce roman sur sa famille juive qui vécut repliée sur elle-même après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale.

Le Femina étranger va à Kerry Hudson, et le Femina essai à Emmanuelle Loyer pour sa biographie de Levi-Strauss.

Le livre :

« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »
Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entre-deux », comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre
qui aurait pu tout engloutir ?
L
a Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite « Rue-de-Grenelle », de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur.


Prix Goncourt 2015 : le lauréat est Mathias Enard!

Avec son roman « Boussole » (Actes Sud), il succède à Lydie Salvayre, Goncourt 2014 avec « Pas pleurer ». Une élection obtenue dès le premier tour.

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Entre Hédi Kaddour, déjà couronné la semaine dernière par le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Les Prépondérants (éd. Gallimard), Tobie Nathan (Ce pays qui te ressemble chez Stock), Mathias Énard (Boussole aux éditions Actes Sud) et Nathalie Azoulai (Titus n’aimait pas Bérénice chez Pol), il était bien difficile de dégager un favori… C’est finalement Mathias Énard qui l’emporte dès le premier tour avec six voix contre deux à Tobie Nathan et une pour Hédi Kaddour, succédant à Lydie Salvayre (Pas pleurer, Seuil).

Les quatre finalistes du Goncourt, dévoilés le 27 octobre au musée du Bardo à Tunis, mettaient au coeur de leurs romans les relations compliquées entre l’Occident et l’Orient. Pour mériter le Goncourt, il faut « une histoire, une écriture, une ambition », avait résumé mardi matin Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt, sur France Inter. Le lauréat du Goncourt recevra un chèque de… 10 euros. Mais l’enjeu est ailleurs : un roman estampillé Prix Goncourt se vend en moyenne à environ 400 000 exemplaires.