La femme nue, Elena Stancanelli (Stock)

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La femme nue, Elena Stancanelli

Traduction de l’italien par Dominique Vittoz

Editions Stock, mai 2017

 

Anna est en couple avec Davide depuis cinq ans. Et depuis quelques mois, la magie n’opère plus. Mais aucun n’envisage pour autant la séparation. Jusqu’au jour où un téléphone mal raccroché permet à Anna de surprendre les propos de son conjoint avec un collègue. Et de l’entendre, sonnée, évoquer ses maitresses, dont une certaine Chien. Anna qui jusqu’alors ne s’était jamais montrée méfiante ni jalouse, voit sa vie basculer. Désormais, elle n’a plus qu’une obsession : démasquer et humilier sa rivale, lui faire passer l’envie de lui voler Davide.

« Je voulais tout savoir sur Davide : ce qu’il écrivait, ce qu’il faisait, où il était, où il dormait, avec qui il couchait. » Elle pirate sa boîte mails, son compte Facebook, se crée un faux profil sur les réseaux sociaux, le piste grâce à la géolocalisation du téléphone, bien déterminée à tout apprendre sur Chien. Afin de mieux l’anéantir. Plus rien d’autre ne compte. Au point de se négliger, de ne plus s’alimenter ni se laver ou même dormir.

La femme nue raconte l’histoire d’une femme trahie, blessée dans son amour propre, qui peu à peu va verser dans la folie. Une femme dont l’obsession de vengeance devient à ce point dévorante qu’elle en perd tout contrôle sur sa vie. Un roman qui m’a embarquée au début, tant la tension est palpable, le rythme soutenu, les situations crédibles, mais qui m’a perdue en chemin. J’ai eu de la peine avec la redondance des scènes érotiques qui alourdissent et ralentissent le récit, le caractère glauque que prend l’histoire, l’esprit résolument dérangé de l’héroïne. Je vous laisse donc juge, après une lecture mitigée pour ma part.

Un homme dangereux, de Emilie Frèche : envoûtant!

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Un homme dangereux, de Émilie Frèche

Éditions Stock, parution le 19 août 2015

Rentrée Littéraire

En couple depuis 15 ans, la narratrice s’estime heureuse avec son mari Adam. « C’était une vie douce, riche, gaie, sans souffrances, qui me laissait la tête libre et le cœur entier pour faire mille choses. » Entre son travail de romancière et scénariste, ses interventions dans les écoles pour dénoncer l’antisémitisme, ses deux filles Suzanne et Léa, ses journées sont remplies. Et la comblent. Ou lui donnent le sentiment de la combler. Car entre Adam et elle, il n’y a plus de désir, plus de rapports sexuels. Mais elle s’en accommode. Jusqu’à ce premier écart avec Benjamin, écart qui ne remet nullement en cause ses sentiments pour Adam, mais crée une première brèche. Une parenthèse secrète et enchantée, qu’elle refermera. Pour en rouvrir une autre avec Benoît…

Benoît est un écrivain talentueux, en mal de succès en librairie ces dernières années, mais toujours très influent dans le sérail des prix littéraires et par ailleurs critique littéraire reconnu dans de nombreux journaux. Un compliment bien troussé sur son film et la narratrice sent son cœur chavirer. Quelle est cette brutale envie d’entrer dans le jeu de séduction de cet homme ? Que se passe-t-il en elle pour risquer de mettre en péril son couple ? Elle l’ignore. A croire que c’est une autre qui s’est emparée de son cerveau, qui pilote ses actes et ses pensées. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle a un besoin impérieux de s’approcher du feu. C’est plus fort qu’elle.

Mais il est plus fort qu’elle.

Car le feu est comme le soleil : il vous éclaire mais ne se laisse pas regarder. Aveuglée par l’image lumineuse qu’il lui renvoie, elle se laisse éblouir. Sûr de son charisme, de son charme, il n’hésite pas quant à lui à lui annoncer d’emblée : «  Nous allons vivre une grande histoire d’amour et tu vas foutre ta famille en l’air. » Des propos sur lesquels elle ne s’attarde pas sur le moment. Or ce n’est que la première des nombreuses flèches toxiques qu’il décochera. Telles des termites, ses propos détruiront la belle sérénité de la narratrice, la rongeront jour et nuit et menaceront son couple d’effondrement. Mais quand bien même la partie soit extrêmement difficile, la jeune femme n’entend pas laisser sa vie aux commandes de cet homme. Les mots pourront-ils être ses armes ?

Un roman brillant et captivant sur la perversité, l’emprise, la dépendance affective, la perte. Perte des repères, perte des illusions, perte du contrôle de soi. Mais aussi une histoire sur la capacité à reprendre son destin en mains, à éviter que l’Histoire ne se réécrive à l’infini. Avec une tension extrême, une analyse d’une finesse chirurgicale, un suspense haletant, Emile Frèche dissèque les relations entre les personnages au scalpel de sa sensible plume. Elle prend son lecteur en otage dès la première page et ne le lâche plus avant la dernière ligne. Une construction brillante, où le roman devient lui-même sujet du roman.

Un très gros coup de cœur !

P.148 : Il n’y a pas de violence plus grande que d’aller fouiller en soi.

Citation du jour

« Nous ne sommes pas ce que nous désirons être. Nous sommes ce que la société exige. Nous sommes ce que nos parents ont choisi. Nous ne voulons décevoir personne, nous avons un immense besoin d’être aimés. Alors nous étouffons le meilleur de nous-mêmes. Bientôt, ce qui était la lumière de nos rêves devient le monstre de nos cauchemars. Ce sont les choses non réalisées. Les possibles non vécus. »

Paolo Coelho dans Adultère (Flammarion)

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Adultère, de Paolo Coelho (éditions Flammarion)

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Adultère, de Paolo Coelho

Éditions Flammarion, mai 2014

Linda, 31 ans, a de son propre aveu tout pour être heureuse. Un mari aimant, patron d’un fonds d’investissement qui le hisse chaque année dans le palmarès des 300 personnes les plus riches de Suisse. Deux enfants qui sont « sa raison de vivre ». Un travail de journaliste passionnant. Tout semble aller pour le mieux.

Semble seulement. Car l’interview d’un écrivain va ébranler ses certitudes. Quand ce dernier lui répond «  Je m’en moque totalement d’être heureux. Je préfère est d’être toujours amoureux, ce qui est dangereux car on ne sait jamais ce qu’on va trouver au delà », elle se met à douter. Une phrase qui, telle une termite, va fragiliser ses fondations. Et de se rendre compte qu’elle ne prend jamais aucun risque, attend que la vie décide pour elle au lieu de s’interroger sur son cours et prendre les décisions qui s’imposent.

Au fil des mois, une terreur la gagne. Terreur que sa vie s’écoule ainsi comme un long fleuve tranquille jusqu’à la fin de ses jours. Terreur tout aussi grande de changer et de risquer de perdre les siens, ses repères, ses acquis. Un dilemme qui peu à peu la mène vers la dépression. Ce besoin impérieux de changer va la conduire à entamer une relation adultérine avec un ex-petit ami d’adolescence, Jacob König, aujourd’hui avocat et homme politique de renom. « La vie retrouve son sel, parce que l’apathie des jours passés est remplacée par la peur. Quelle joie d’avoir peur de rater une occasion! »

Mais la machine s’emballe. Mensonges, manipulation, perversion, la joie n’est qu’éphémère. Sans compter la culpabilité de trahir la confiance indéfectible que son mari place en elle…

P. 168: Nous ne sommes pas ce que nous désirons être. Nous sommes ce que la société exige. Nous sommes ce que nos parents ont choisi. Nous ne voulons décevoir personne, nous avons un immense besoin d’être aimés. Alors nous étouffons le meilleur de nous-mêmes. Bientôt, ce qui était la lumière de nos rêves devient le monstre de nos cauchemars. Ce sont les choses non réalisées. Les possibles non vécus.

P. 231 : l’amour n’est pas seulement un sentiment, c’est un art. Et comme tous les arts, l’inspiration ne lui suffit pas, il faut aussi beaucoup de travail.

Glissez Catherine Charrier dans votre poche!

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L’attente, de Catherine Charrier

Editions Pocket, juin 2014

 

Juste un strapontin…

 

      « Si cela continue, dans un an, je la quitte et je t’épouse ». Quand son amant prononce cette phrase, ce possible amour tous deux qui ne soit plus un strapontin dans son coeur mais une vraie place, LA place, Marie sent ses résistances fondre. Certes, elle est mariée et mère de famille. Lui aussi est en couple et père. Mais… Mais si le temps lui donnait raison? Si au terme de cette attente, la clandestinité faisait place à une union au grand jour?

      Alors elle attend.

      Alors elle se donne des raisons d’attendre.

      Alors elle lui trouve des raisons d’attendre.

      Mais la peur est là qui la tenaille, qui l’étreint lui aussi.. Attend t-elle vainement? Le temps s’écoule, la barre de l’année est allègrement franchie, et Roch n’a toujours pas sauté le pas. Mais si la frustration chez l’un et la peur chez l’autre grandissent, croit chez tous deux un même addictif besoin l’un de l’autre. Besoin de l’entendre, de le toucher, de le sentir, de rire avec lui, de lui parler.

      Une impossibilité à se passer l’un de l’autre dont l’attente se repaît avec délice. Le dilemme reste entier. « L’attente, c’est une histoire de s’autoriser et de s’interdire. L’attente est souveraine. On s’y soumet, ses contingences s’imposent. En son nom, on renonce, on accepte. L’attente est reposante car elle annule toute possibilité de choix. Tout ce qu’on a à faire c’est attendre. L’attente agit comme une grille de sélection sévère et implacable des éventualités de la vie. »

      Un confort pourtant inconfortable. L’attente transporte autant qu’elle achève, sublime autant qu’elle enlaidit, nourrit autant qu’elle sèvre. L’attente est une maitresse draconnienne.

      Jusqu’où Marie ira t-elle? Quels renoncements Roch sera réellement prêt à faire? Vient-il un moment où les illusions deviennent illusoires?

 

      On pourrait penser que ce récit d’un quatuor femme-mari-amant-maîtresse est un sujet rebattu dont on n’a plus rien à apprendre. A tort. Catherine Charrier nous offre ici un magnifique livre. En véritable chirurgienne des âmes et des sentiments, elle dissèque avec une justesse, une délicatesse et une force émotionnelle sidérantes les tourments de l’attente. Et de l’amour tout court.

      A lire sans plus…attendre!

 

Coup de coeur pour La femme éclaboussée, de Dominique Dyens (éditions Héloïse d’Ormesson)!

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La femme éclaboussée, de Dominique Dyens.
Éditions Héloïse d’Ormesson, collection Suspense au féminin, mai 2014.

 

Ce polar aux accents érotiques confirme le talent de Dominique Dyens pour jouer avec nos nerfs. Le montage diabolique de cette reine du suspens nous entraine sur un territoire délicieusement vénéneux, en droite ligne des films de Claude Chabrol.

Madame a 45 ans. D’une beauté rare et distinguée. Pour autant, elle n’a pas conscience du magnétisme qu’elle exerce sur les hommes. Elle prend soin d’elle certes, mais juste par habitude, parce qu’une femme de son rang se doit d’être parfaitement habillée, coiffée, manucurée. Elle glisse sur la vie contrairement aux regards qui s’attardent sur elle. Elle glisse sans bruit, sans remous. Sans véritable envie. Seulement guidée par le souci de bien faire, de ne pas déplaire, de préserver le paraître quand l’être fait défaut. Elle glisse sur la vie comme un funambule sur son fil. En fragile équilibre…

Originaire de province, issue d’un milieu modeste, elle a épousé il y a plus de vingt ans un homme de la haute bourgeoisie parisienne, avec lequel elle a eu deux enfants. Une famille parfaitement unie en apparence, mais en apparence seulement. Car à y regarder de plus près, Madame et Monsieur font chambre à part depuis longtemps. Ils cohabitent plus qu’ils ne vivent ensemble. Monsieur a d’ailleurs une maitresse. Mais personne ne le sait ou plus exactement personne ne feint le savoir. Dans la famille Salernes, on ne voit rien, on n’entend rien, on ne dit rien. Dans la famille Salernes, on vit mécaniquement, sans se poser de questions ni surtout en poser. Ainsi leur fille Virginie reste prisonnière d’un traumatisme dont l’origine reste taboue. Le fils Franck, quant à lui, entretient des rapports difficiles avec son père et vit en secret son homosexualité. Reste la belle-mère acariâtre qui n’a jamais accepté les origines sociales modestes de sa bru. Mais chacun compose.

Jusqu’au jour où la funambuliste tombe dans les filets amoureux d’un autre homme. Catherine Salernes rencontre en effet la passion en la personne d’un jeune et séduisant professeur trentenaire, lequel devient son amant. C’est alors pour Catherine l’éveil à la sensualité, l’explosion des sens. Une renaissance. Une naissance en tant que femme. Si les siens comme à l’accoutumée ferment les yeux, il y en a un, son banquier, que cet amour terrasse. Depuis des années, elle incarne à ses yeux l’idéal féminin. Un idéal inaccessible. Aussi, qu’un autre que lui ait pu s’attirer ses faveurs suscite en lui une haine incommensurable. Après l’avoir vénérée en silence, il est bien décidé à la faire chanter… Jusqu’où un homme blessé peut-il aller?

Avec La femme éclaboussée, Dominique Dyens nous entraine en apnée dans une intrigue sur fond de secret adultérin. Quand un grain de sable s’immisce dans les rouages soigneusement huilés de cette famille bien sous tous rapports, c’est une véritable tempête de sable qui vient tout balayer sur son passage, fragilise l’équilibre de chacun, déterre les non-dits. Tour à tour les masques se fendillent, tombent, jusqu’à la chute finale. Une chute vertigineuse comme cette auteure en a seule le secret et le talent.

A lire absolument!

10294497_811743398853579_2516826961197508489_nDessin que m’a librement inspiré la lecture du roman de Dominique Dyens. Karine Fléjo

Lundi noir, de Dominique Dyens, aux éditions Héloïse d’ormesson: Puissance, impuissance, décadence. Et renaissance.

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Lundi noir, de Dominique Dyens

Éditions Héloïse d’Ormesson, mai 2013

Puissance, impuissance, décadence. Et renaissance.

A 55 ans, Paul Deshoulières est un homme d’affaires redoutable et redouté, qui allie réussite personnelle, professionnelle et familiale. Un homme à qui tout sourit. Du moins en apparence. Car à y regarder de plus près, les sourires sont grinçants. Une opération lourde qui l’a laissé impuissant – sa « première mort »-, une femme « barbiebotoxée » au coeur transformé en compte en banque qui collectionne les amants comme de délicieux desserts, une peur viscérale de la perdre malgré les incessantes humiliations qu’elle lui inflige, la famille parfaite vivant un amour parfait dans un cadre parfait est parfaitement imparfaite.

Abandonnique, convaincu qu’aucune autre femme qu’Alice n’acceptera de partager sa vie avec un homme atteint dans sa virilité, il s’accroche désespérément à elle. Et de remplir le coffre-fort de son coeur d’argent pour acheter sa présence à ses côtés, quitte à remettre en cause l’intégrité et la respectabilité qui le caractérisent. Quitte à aller de plus en plus loin pour satisfaire son caractère vénal. Trop loin. Et c’est le délit d’initié.

Licenciement, endettement, assignation en justice, AMF (Autorité des Marchés Financiers) aux trousses, c’est la descente aux enfers pour Paul. A trop vouloir garder sa femme, il a tout perdu. Et s’est perdu lui-même. C’est alors qu’un chèque providentiel de six millions d’euros lui parvient. Loin d’être soulagé, notre financier panique. Qui est l’auteur de ce chèque? Cherche t-on à l’aider ou à le piéger? Et pourquoi? Vite fuir. Direction New-York.

C’est à présent l’heure des bilans : les femmes de sa vie ne l’ont aimé que pour ce qu’il avait, non pour ce qu’il était. Toutes. Toutes sauf, la toute première, la douce Madeleine. Qu’est-elle devenue ses 40 dernières années? « Il me semblait qu’en savoir plus sur la vie de Madeleine me permettrait de comprendre ce que j’avais raté dans la mienne. » Une quête de sens commence. Prélude à une renaissance?

Avec Lundi noir, Dominique Dyens excelle une fois encore à entrainer le lecteur dans le tourbillon vertigineux de ses intrigues. Mensonge, adultère, puissance, mais aussi et surtout rédemption, sont les ingrédients délicieux de ce suspens psychologique hitchcockien. Un roman à dévorer de toute urgence!!! A moins que ce ne soit lui qui ne vous dévore…

P.111. : (La première femme) : Celle qu’on n’oublie pas et qui ne vieillit pas. Celle pour qui on éprouve une indulgence et une reconnaissance presque aussi grandes que pour une mère, car cette femme-là aussi fait naître en vous l’adulte que vous serez.

Informations pratiques :

Date parution : Mardi 7 mai 2013 donc…demain en librairie!!! Ruez-vous dessus!!!

ISBN : 978 2 350 872254

Prix éditeur : 17€

Nombre de pages : 206