Se le dire enfin, Agnès Ledig

Se le dire enfin par Agnès Ledig

©Karine Fléjo photographie

Une vie lancée sur des rails et soudain, une lettre qui dévie du chemin qui semblait pourtant tout tracé. Un roman profondément humain et émouvant, dans lequel on accompagne des êtres à l’aube de leur renaissance.

Tout quitter

Que s’est-il passé dans la tête d’Edouard, pour qu’il plante sa femme sur le quai de la gare au retour des vacances ? Une dispute ? Même pas. Rien ne semblait laisser présager un tel rebondissement dans la vie de ce couple de quinquagénaires. Edouard, qui depuis toujours s’est laissé guider par Armelle, conciliant, spectateur de sa vie bien plus qu’acteur, est lui-même étonné de son audace. Pourquoi, après avoir aidé Suzann, une vieille romancière anglaise, à monter dans le bus, lui a-t-il emboîté le pas ?

C’est ainsi qu’il arrive avec Suzanne au cœur de la forêt de Brocéliande, un océan de verdure propice à l’introspection et au repos. Il est accueilli au débotté par Gaëlle, artiste qui loue en saison quelques chambres d’hôtes et élève seule son fils Gauvain, devenu muet suite à une blessure secrète. En ces lieux accueillants, où le temps semble adopter un rythme plus lent, en accord avec celui de la nature environnante, où le téléphone est banni, où seuls l’essentiel et l’authenticité ont leur place, Edouard fait la connaissance de Platon le chat philosophe et espiègle, d’Adèle une jeune écuyère très réservée, mais aussi de Raymond avec son vocabulaire d’un autre siècle.

Mais surtout, Edouard va faire sa propre connaissance, tandis qu’il se retrouve seul à cheminer, pieds nus, sans téléphone ni sollicitations, au milieu des arbres centenaires, des sentiers de mousse et des tapis d’herbe tendre. Seul face à lui-même. La vie qu’il a menée jusqu’ici avec Armelle lui convient-elle ? Peut-il continuer à subir la vie encore longtemps, ou trouvera-t-il dans la nature apaisante et l’authenticité des êtres qui l’entourent, l’élan de se ressaisir, de prendre enfin son destin en main ? Et cette mystérieuse lettre qu’il a reçue deux semaines avant son départ en vacances, va-t-elle peser dans la balance et infléchir son choix ?

Se reconnecter à la nature pour renouer avec sa vraie nature

Si comme moi, vous suivez Agnès Ledig depuis ses débuts, vous aurez certainement noté l’importance de la nature dans ses romans. « Se le dire enfin » rend ici grâce à ce lieu magique qu’est la forêt de Brocéliande (ne m’accusez pas d’être chauvine, hein ? 😉 ) et plus largement, aux pouvoirs merveilleux de la nature en matière d’apaisement, de reconnexion à soi, de régénération. C’est alors qu’il se retrouve confronté à lui-même au sein de cette foisonnante nature, qu’Edouard prend le temps de se poser les bonnes questions, d’identifier ses besoins réels, ses envies. A défaut de pouvoir refaire le passé, peut-il faire du reste de sa vie la plus belle partie de son existence? Il se rend compte à cette occasion, non seulement qu’il n’est pas le seul à avoir des secrets, des blessures, mais aussi du pouvoir libérateur et cicatrisant des mots.

Un roman émouvant, dont les personnages sont aussi authentiques que la nature qui les entoure. Des êtres magnifiques, dans le sillage desquels on chemine au fil des pages et que l’on quitte à regret.

Informations pratiques

Se le dire enfin, Agnès Ledig – Editions Flammarion, février 2020 – 425 pages – 21,90€.

Glissez Agnès Ledig dans votre poche!

 

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Je vous avais parlé avec émotion de ce roman lors de sa sortie chez Albin Michel en 2018. Il parait désormais aussi aux éditions du Livre de poche.  N’hésitez plus!

Anaëlle, secrétaire médicale et romancière, est une ancienne élève du procureur de la République Hervé Leclerc. Un événement grave a stoppé net sa carrière mais n’a pas coupé sa faim de vivre, de se battre. Car Anaëlle est une fragilité forte, savoure le moindre petit bonheur du quotidien. Quand elle a besoin d’éléments juridiques pour s’assurer de la véracité et de la justesse du roman qu’elle rédige, elle pense spontanément à s’adresser au procureur. Mais cet échange épistolaire ne va pas rester unique. Au motif premier de recevoir des informations, se substituent des raisons plus floues, de l’ordre de la curiosité, puis d’une certaine forme de séduction. Un jeu dangereux auquel le procureur, marié, se livre avec autant de ferveur que la jeune Anaëlle, réalisant au fil de ces échanges combien elle ensoleille son existence routinière, combien elle bouscule ses certitudes.

De son côté, Thomas, menuisier, est très proche de la nature, calé sur son rythme, sa respiration. Il est « né avec l’âme d’un arbre ». Une passion qu’il partage avec son petit frère Simon, la sève de sa vie. Mais Simon est aujourd’hui hospitalisé suite à une leucémie. Le pronostic vital est engagé. Avec ce type de maladie, il a une chance sur deux de s’en sortir. Cependant Thomas se doit d’être un chêne face au courage et à la volonté inouïe de l’enfant. Tel un roseau Simon ploie mais jamais ne casse sous la lourdeur des traitement, les douleurs, l’enfermement en chambre stérile. Et Thomas de lui raconter ses dernières découvertes en forêt. Et de lui parler des promenades qu’ils feront à sortie. Parce qu’il faut espérer, toujours. Même si le soir venu, dans la solitude de la forêt qu’il rejoint, Thomas se sent l’âme d’un saule pleureur davantage que celle d’un chêne.

Jusqu’au jour où Anaëlle, en quête d’un menuisier pour aménager sa nouvelle maison, croise la route de Thomas, l’homme des forêts et des bois. Sera-t-elle la lumineuse clairière de sa vie ?

Dans ce roman absolument poignant, les mots battent comme des pulsations cardiaques, cognent, caressent, étreignent, consolent, émeuvent, empruntant toute la palette des émotions. Avec une infinie beauté, en évitant avec brio l’écueil du pathos, l’auteur nous fait vivre au diapason de ces êtres résolument positifs, humains, courageux, dont on se sent riche d’avoir croisé le chemin.

Le cimetière des mots doux, Agnès Ledig (texte) et Frédéric Pillot (illustrations)

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Le cimetière des mots doux, Agnès Ledig

Illustrations Frédéric Pillot

Editions Albin Michel jeunesse, janvier 2019

 Agnès Ledig réussit un véritable tour de force : celui d’écrire un conte lumineux sur un sujet sombre : la mort d’un enfant. Poétique, émouvant, infiniment doux et délicat. 

Annabelle adore jouer avec Simon, son petit amoureux, celui avec lequel elle échange des mots doux. Pour lui, elle est « Annamabelle ». Tous deux ont le même âge, vivent dans le même village, partagent cette même passion pour la nature en général et pour les arbres en particulier. Surtout le grand chêne, l’arbre auquel Simon aime se confier.

Mais un jour, la maîtresse annonce que Simon ne viendra pas à l’école. Il a une maladie dont le nom est un mot pas doux du tout : leucémie.

Et Annabelle de ressentir un terrible manque. Elle adresse à Simon à l’hôpital des mots doux. Mais cela ne suffit pas à pallier le manque de sa présence, de leurs échanges, de leur bonheur à être ensemble.

La maladie emporte alors Simon.

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Pour ne pas se noyer dans son chagrin, Annabelle décide de continuer à écrire à Simon, à l’envelopper de mots doux, comme s’il était là, puis d’enterrer ces pensées de soie au pied du chêne de Simon, dans ce qui devient le cimetière des mots doux. Un lieu où extérioriser sa peine.

Quand votre enfant perd un camarade, un proche, vous vous trouvez parfois démuni pour lui expliquer ce qui s’est passé, pour apaiser son chagrin et ses peurs. Peur qu’il soit trop petit pour comprendre, peur de rendre son chagrin plus profond encore en lui disant la vérité, peur d’être submergé votre propre peine. Par désir de le protéger, vous êtes tenté de tricher avec la vérité, de la lui dissimuler. Et c’est l’inverse qui se produit. Car faute de mots sur ses maux, l’enfant ne peut pas gérer ses émotions, apprivoiser son chagrin, faire son deuil. Ce conte est donc un véritable outil pédagogique, il aide avec délicatesse l’enfant et les adultes qui l’entourent à apprivoiser la douleur de la perte, à passer du chagrin à la mélancolie. « La mélancolie, c’est comme la tristesse, mais avec de la douceur dessus. »

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Une mention spéciale à Frédéric Pillot dont les illustrations épousent à merveille la poésie, la luminosité et la douceur du texte et offrent au conte d’Agnès Ledig un écrin de douceur.

Citation du jour

« Dans le murmure des feuilles qui dansent, il y a des mots doux, des papillons, des yeux émerveillés, de la force, du courage, de la joie, beaucoup de joie.
Dans le murmure des feuilles qui dansent, il y a surtout les petits bouts d’âme de ceux qu’on aime mais qu’on ne peut plus prendre dans nos bras »

Agnès Ledig – Dans le murmure des feuilles qui dansent (Albin Michel)

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Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig : poignant…

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Dans le murmure des feuilles qui dansent, Agnès Ledig

Editions Albin Michel, avril 2018

Il m’a été difficile de vous rédiger un billet sur ce roman que j’ai terminé il y a plusieurs semaines…  Trop émue. Trop bouleversée par ces trajectoires de vie, ces êtres viscéralement humains et ô combien combatifs, pour trouver des mots à même d’habiller sur mesure le corps de mon émotion.

Anaëlle, secrétaire médicale et romancière, est une ancienne élève du procureur de la République Hervé Leclerc. Un événement grave a stoppé net sa carrière mais n’a pas coupé sa faim de vivre, de se battre. Car Anaëlle est une fragilité forte, savoure le moindre petit bonheur du quotidien. Quand elle a besoin d’éléments juridiques pour s’assurer de la véracité et de la justesse du roman qu’elle rédige, elle pense spontanément à s’adresser au procureur. Mais cet échange épistolaire ne va pas rester unique. Au motif premier de recevoir des informations, se substituent des raisons plus floues, de l’ordre de la curiosité, puis d’une certaine forme de séduction. Un jeu dangereux auquel le procureur, marié, se livre avec autant de ferveur que la jeune Anaëlle, réalisant au fil de ces échanges combien elle ensoleille son existence routinière, combien elle bouscule ses certitudes.

De son côté, Thomas, menuisier, est très proche de la nature, calé sur son rythme, sa respiration. Il est « né avec l’âme d’un arbre ». Une passion qu’il partage avec son petit frère Simon, la sève de sa vie. Mais Simon est aujourd’hui hospitalisé suite à une leucémie. Le pronostic vital est engagé. Avec ce type de maladie, il a une chance sur deux de s’en sortir. Cependant Thomas se doit d’être un chêne face au courage et à la volonté inouïe de l’enfant. Tel un roseau Simon ploie mais jamais ne casse sous la lourdeur des traitement, les douleurs, l’enfermement en chambre stérile. Et Thomas de lui raconter ses dernières découvertes en forêt. Et de lui parler des promenades qu’ils feront à sortie. Parce qu’il faut espérer, toujours. Même si le soir venu, dans la solitude de la forêt qu’il rejoint, Thomas se sent l’âme d’un saule pleureur davantage que celle d’un chêne.

Jusqu’au jour où Anaëlle, en quête d’un menuisier pour aménager sa nouvelle maison, croise la route de Thomas, l’homme des forêts et des bois. Sera-t-elle la lumineuse clairière de sa vie ?

Dans ce roman absolument poignant, les mots battent comme des pulsations cardiaques, cognent, caressent, étreignent, consolent, émeuvent, empruntant toute la palette des émotions. Avec une infinie beauté, en évitant avec brio l’écueil du pathos, l’auteur nous fait vivre au diapason de ces êtres résolument positifs, humains, courageux, dont on se sent riche d’avoir croisé le chemin.