Rentrée littéraire : La revanche des orages, Sébastien Spitzer

la revanche des orages

Comment vivre avec une térébrante culpabilité, celle d’avoir participé à la mort de 60 000 personnes, lors du bombardement d’Hiroshima ? Le portrait d’un pilote de bombardier américain, embarqué dans une tragédie qui le dépasse. Un magnifique roman inspiré de faits réels.

Pilote bombardier à Hiroshima

Anna, jeune comédienne italienne, est amoureuse d’un pilote bombardier de l’aviation américaine, Eatherly. Un homme qui a tout d’un héros shakespearien, se dit Anna. Et d’imaginer leur vie, tandis qu’il reviendra du combat bardé de gloire et d’honneurs, dans une jolie maison de la côte Ouest avec un beau jardin. Pour l’heure Eatherly n’est qu’un simple pilote dont les missions se déroulent toujours loin du front, à sa grande déception. Jusqu’à ce jour où, avec une poignée de collègues, il est embarqué dans l’opération la plus importante de sa vie. La plus marquante de l’Histoire. Mais les teneurs de cette opération sont gardées secrètes. Tout juste sait-il que l’armée américaine a mis au point un « gadget » redoutable. Une arme monstrueuse.

Et pour cause, il s’agit de la première bombe atomique, celle qui sera larguée sur Hiroshima.

Pendant ce temps, Anna est venue habiter au Texas, dans la ferme de ses beaux-parents. Une vie bien loin des applaudissements de la scène, des grands auteurs qui la font rêver, de son mari pilote envoyé en mission. Mais elle consent à ce sacrifice, convaincue qu’l va revenir en héros et que le meilleur les attend.

Or quand le major Eatherly rentre de mission, que tous célèbrent la reddition du Japon, il s’effondre intérieurement. Le début de la descente aux enfers commence pour un héros qui se sent davantage un zéro.

Survivre avec le remords

C’est un magnifique roman que nous offre Sébastien Spitzer en cette rentrée littéraire des éditions Albin Michel, avec La revanche des orages. Une fois encore, avec un talent fou, l’auteur inscrit l’histoire d’un homme dans la grande Histoire. Celle d’un pilote embarqué dans une mission qui le dépasse, rattrapé par le remords à peine cette mission exécutée. Ces 60 000 morts le hantent jour et nuit, comme cette voix d’une victime d’Hiroshima qui s’infiltre dans ses pensées. Était-il nécessaire de commettre tous ces crimes ? Comment survivre avec le remords, avec tous ces cadavres sur la conscience ? Comment continuer à vivre avec un doute aussi corrosif ? Comment les autres peuvent-ils en voir en lui qu’un héros alors qu’il est un voleur de vies ?  Mutique, prostré, sujet à des hallucinations auditives, il passe des années au dispensaire militaire de Waco à son retour d’Hiroshima. Avec beaucoup de finesse, l’auteur nous entraine dans cette bascule, celle d’un pilote traumatisé mais aussi celle de sa famille dont l’image de héros se brise pour ne laisser que souffrance et désillusions.

Un roman passionnant. Magnifique.

Informations pratiques

La revanche des orages, Sébastien Spitzer – rentrée littéraire – éditions Albin Michel, aout 2022 – 21,90€- 395 pages

Autres romans de Sébastien Spitzer

Retrouvez en cliquant sur le titre, les autres romans de Sébastien Spitzer chroniqués sur ce blog :

Citation du jour

Il faut tenter sa chance, affronter le hasard. La pensée fige. La vie remue. Les rêves enragent. Les jours diluent. Dire, c’est renoncer à ce qui n’a pas pris forme. Laisser faire, c’est inviter le mystère à tromper l’inattendu.

Sébastien Spitzer – La revanche des orages – Albin Michel 2022

la revanche des orages

Rentrée littéraire : Viola Ardone, Le choix

Viola Ardone Le choix

Après Le train des enfants (article ici), Viola Ardone nous revient avec un roman tout aussi intense et beau : Le choix. Le parcours d’une jeune fille sicilienne décidée à ne pas subir le sort réservé aux femmes dans les années 60.

Naitre fille dans un monde d’hommes

Oliva Denaro est une jeune fille qui vit en Sicile au début des années 60. Elle a un frère jumeau, Cosimino. Très vite, elle réalise combien naître femme est un fléau dans ce monde fait par les hommes pour les hommes. Et cette différence de traitement entre les sexes lui apparait encore plus flagrante dès lors qu’elle est en âge d’avoir ses règles. Selon des principes ancestraux, désormais il lui est interdit d’aller jouer avec ses copains masculins, d’accompagner son père à la recherche d’escargots. Elle doit marcher en regardant ses pieds si elle croise un garçon et être accompagnée par quelqu’un de sa famille sur le chemin de l’école, chemin qu’elle empruntait jusqu’alors seule. Le reste du temps, elle doit rester à la maison. Oliva n’accepte pas ce qu’elle vit comme une injustice : pourquoi son frère, contrairement à elle, demeure-t-il libre de ses mouvements ? Pourquoi ne se range-t-on pas à l’opinion de son institutrice, laquelle affirme que les hommes et les femmes sont égaux et que les femmes doivent avoir la même liberté ?

Quand un drame survient, Oliva sent la révolte gronder en elle. Non, cette fois elle ne se soumettra pas. Non, elle n’encaissera pas en silence. Elle combattra. Demandera justice. Quel qu’en soit le prix.

Le combat des femmes

Avec Le choix, paru en cette rentrée littéraire aux éditions Albin Michel, Viola Ardone nous montre combien le combat des femmes reste d’actualité, combien leurs acquis demeurent fragiles. A travers l’obstination d’Oliva, une héroïne inoubliable, ce sont les luttes que nombre de femmes ont dû mener qu’elle évoque, luttes sans cesse renouvelées tant leurs droits sont constamment remis en cause. Droit à l’avortement, droit de choisir son mari, droit de poursuivre son agresseur en cas de viol, sont quelques-unes des luttes menées.

Pour Oliva, il est inconcevable de se soumettre au principe seriné par sa mère « une fille c’est comme une carafe, qui la casse la ramasse ». Autrement, si un homme agresse sexuellement une femme, ce dernier doit l’épouser et cela le dispense de toute poursuite, selon la loi italienne. Or Oliva et sa copine Liliana sont convaincues qu’il est temps que les mentalités changent et que le changement doit venir des femmes.

« Un non isolé peut changer une vie, un grand nombre de « non » rassemblés peut changer le monde. »

A l’image du Train des enfants, Viola Ardone inscrit avec un talent fou la petite histoire dans la grande, nous offre des personnages indiciblement attachants, nous emporte dans le tourbillon de son intrigue. C’est le roman de l’appel de la liberté, de la non résignation. Un roman sociétal magnifique.

A lire absolument !

Informations pratiques

Le choix, Viola Ardone – rentrée littéraire des éditions Albin Michel, août 20222 – 22,90€- 385 pages

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine

le guerrier de porcelaine

Le roman le plus intime de Mathias Malzieu, lequel retrace l’enfance de son père, Mainou, à la fin de la de la deuxième guerre mondiale, en territoire occupé. Un livre d’une grande poésie, d’une indicible sensibilité, écrit à hauteur d’enfant.

Juin 1944, Montpellier. La grand-mère de Mathias Malzieu, mère de Mainou, décède en couches. Le bébé, une petite fille qui devait se prénommer Mireille, n’a pas non plus survécu. Tandis que son père est rappelé pour combattre, Mainou, alors âgé de neuf ans, est emmené chez sa grand-mère maternelle, au delà de la ligne de démarcation, caché dans une charrette de foin. C’est réfugié dans une ferme du Bas-Rhin, en territoire occupé, avec sa grand-mère, son oncle Emile et sa tante Louise, que Mainou va tenter de faire le deuil et de surmonter le vide de l’absence de père.

Il va aussi expérimenter la peur, quand les bombes sifflent, que les meubles tremblent, que le jardin se jonche de cratères d’obus et qu’il faut se réfugier en urgence à la cave. Heureusement, il y a l’oncle Emile et son amoureuse aux grenadines, Sonya, l’amie juive de sa maman planquée au grenier et ses poèmes, l’amour des siens et la belle relation qu’il entretient avec la cigogne qu’il a vue naître et qu’il a baptisée Marlène Dietrich. Mais aussi et surtout, il y a le formidable pouvoir de l’écriture, de l’imaginaire, qui lui permet de tenir, tandis que chaque jour il communique par écrit avec sa défunte mère, évoque avec elle en détail ses journées.

Cette maudite guerre prendra-t-elle fin un jour comme le lui a dit son oncle Emile? Pourra-t-il sortir librement dans la forêt, faire du vélo jusqu’au village sans crainte d’être arrêté? Et surtout, son père sortira-t-il indemne de ses combats et viendra-t-il le rechercher?

La guerre vue par un enfant

En cette rentrée littéraire 2022, c’est un livre plein de sensibilité, de tendresse, d’humour, que nous offre Mathias Malzieu aux éditions Albin Michel avec Le guerrier de porcelaine. L’auteur réussi à se glisser dans la tête d’un enfant de neuf ans avec une justesse sidérante. Et touchante. Il nous restitue admirablement bien la candeur, la douceur, l’émerveillement et les questionnements de l’enfance. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour le petit Mainou, sa cigogne Marlène Dietrich et son hérisson Jean Gabin. Impossible de refermer le livre et de l’oublier. Dans chaque livre, il y a dans l’écriture et dans le regard de Mathias Malzieu une poésie qui fleure bon l’enfance, avant que les années parfois n’érodent notre capacité à nous émerveiller de tout, à nous intéresser à tout, à nous réjouir du plus infime bonheur du quotidien. Il y a cette fraicheur et cette beauté réconfortantes qui sont une signature de l’auteur, qu’il est bon de retrouver de livre en livre, comme des étoles de mots dans lesquelles on aime s’envelopper l’hiver venu.

Informations pratiques

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine- éditions Albin Michel, janvier 2022 – 19,90€ -296 pages

Madeleine St John : Rupture et conséquences

rupture et conséquences

Un roman sur la rupture amoureuse, avec des dialogues so britsh et un humour délicieux.

L’amour et la perte

Quand Jonathan décide d’emménager avec Nicola, trentenaire, c’est la surprise pour son entourage. Jusqu’alors, ils n’avaient jamais imaginé qu’il pût se caser un jour. Quant à Nicola, si elle l’avait trouvé séduisant lors de leur premier rendez-vous, elle n’y eût pas donné suite s’il n’avait pas insisté. Elle l’avait en effet trouvé relativement ennuyeux.

Mais au fil des rendez-vous, tous deux se rendent à l’évidence : ils semblent faits l’un pour l’autre. Et d’emménager dans le quartier de Notting Hill, cocon de leur amour. Mais à la place de la love story façon « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » qu’ils avaient imaginée, ce fut : ils se séparèrent avant d’en avoir. Pour Nicola qui n’avait rien vu venir – ou à bien y réfléchir, avait refusé de voir- c’est la sidération. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de ses proches.

Après l’abattement, l’heure est à la riposte.

Rupture amoureuse

Avec Rupture amoureuse et conséquences, Madeleine St John, auteure du très remarqué Petites robes noires, nous plonge dans l’intimité d’un couple en pleine séparation. Avec finesse, elle analyse les différentes phases du deuil. La sidération, la tristesse, la colère et la paix sont autant d’étapes nécessaires par lesquelles Nicola passe, à la suite de l’annonce brutale de Jonathan. En soi, rien de très novateur dans le thème traité. Non, ce qui séduit chez cette romancière, c’est davantage son ton, le côté rafraichissant, envolé, pétillant des dialogues. Et cet humour délicieusement british pour cette anglaise d’adoption.

Un roman rafraichissant et pétillant comme un perrier citron en plein été.

Informations pratiques

Madeleine St John : Rupture et conséquences- Editions Albin Michel, septembre 2021- 283 pages- 19,90€

L’épouse et la veuve, Christian White

l'épouse et la veuve

Deux femmes que tout semble opposer, liées par des crimes et des secrets enfouis. Un huis-clos haletant.

Mensonges et disparition

Abby, son mari Ray et leurs enfants vivent à l’année sur l’île de Belport, au large de l’Australie. Passionnée de taxidermie, Abby se fait la main sur les animaux morts que lui ramène son mari lors de ses activités de jardinage et d’entretien dans les propriétés avoisinantes. Elle a installé à cette fin un atelier dans son garage. Ces derniers temps, tandis qu’elle manie le scalpel, elle ne peut que s’interroger sur le comportement étrange de Ray. Pourquoi a-t-il tenté de se débarrasser de vêtements tachés de sang ? Pourquoi s’est-il caché pour pleurer dans la salle de bain ? Pourquoi lui ment-il sur les clients chez lesquels il s’est soi-disant rendu ?

Kate, elle, vit avec son époux John et leur petite Mia à Melbourne.  Ils viennent régulièrement en vacances sur l’île de Belport, dans la maison familiale dont a hérité John. Cette fois, Kate y remet les pieds pour tenter de retrouver la trace de son mari. Ce dernier a en effet soudainement disparu. Enlèvement ? Accident ? Départ volontaire ? Meurtre ? Quand elle a découvert qu’il avait quitté son poste de médecin en soins palliatifs quelque temps plus tôt, sans se confier à elle, elle se demande ce qu’il peut encore bien lui avoir caché.

Deux femmes, une même île et des rebondissements à foison

Un page-turner magistralement mené

Soyez prévenus : quand vous commencerez L’épouse et la veuve, de Christian White, attendez-vous à ne pas pouvoir le reposer avant d’avoir éclairci le mystère. Car l’auteur a le don de ménager le suspens de chapitre en chapitre, alternant les points de vue de Kate et d’Abby, multipliant les pistes pour mieux égarer le lecteur, semant les indices et les rebondissements pour maintenir la tension narrative à son comble. Bien malin celui ou celle qui découvrira avant la toute fin la clé de l’énigme.

Je me suis laissée complètement embarquer par l’intrigue et cueillir par la chute. J’ai beaucoup aimé la fluidité du style, l’extrême maitrise de la construction, mais aussi les thèmes évoqués : Jusqu’où est-on prêt à aller par amour pour ses enfants ? Mensonge, dissimulation, sacrifice, voire meurtre, jusqu’où iriez-vous pour protéger les vôtres ?

Un livre fascinant impossible à lâcher !

Informations pratiques

L’épouse et la veuve, Christian White – éditions Albin Michel, septembre 2021- 21,90€ – 330 pages

Les 3 prochains livres sur le blog!

Demandez le programme! La semaine prochaine, comme chaque semaine, je vous parlerai de mes lectures en littérature adulte comme jeunesse.

Au programme en littérature adulte

  • Je vous parlerai d’un livre hors du commun, une autobiographie de Françoise Sagan, publiée aux éditions Stock : Derrière l’épaule. Françoise Sagan avoue n’avoir jamais relu aucun de ses romans. « Ce n’est pas la médiocre qualité de mes œuvres, qui m’amène à cet autodédain, mais la conscience que de nombreux livres m’attendent encore sur quelque étagère, des inconnus que je n’aurai sûrement pas le temps de lire avant ma mort. Alors relire un livre de moi (moi qui connais la fin en plus), quel temps perdu!« . Un exercice auquel elle accepte pourtant de se prêter dans Derrière l’épauleautobiographie rédigée six ans avant sa mort.
  • Autre voyage cette fois, non pas dans le temps mais en Australie avec le thriller de Christian White, paru aux éditions Albin Michel : L’épouse et la veuve. Deux femmes que tout semble opposer, liées par des crimes et des secrets enfouis. Un huis-clos haletant.

Au programme en littérature jeunesse

N’oublions pas nos chères têtes blondes pendant les vacances! Il sera question cette fois d’un voyage à travers les siècles, que dis-je , à travers les millénaires, à la rencontre des animaux disparus : Les animaux disparus, Virginie Jobé-Truffer (texte) et Benjamin Carré (illustrations), collection La grande imagerie, aux éditions Fleurus. La terre est une vieille dame. Pensez donc, elle est âgée de 4,5 millions d’années! Elle a donc vu passer et disparaitre de nombreuses espèces d’animauxVariations climatiques (glaciation, réchauffement ou refroidissement climatique), activité volcanique intense, collision entre la terre et une énorme météorite, ces bouleversements ont eu un impact conséquent sur la survie des espèces.

Dans l’attente de ces publications, je vous souhaite un excellent dimanche!

Géraldine Dalban-Moreynas : Elle voulait juste être heureuse

Un roman au style incisif sur les relations amoureuses dans notre société actuelle, mais aussi sur le courage d’entreprendre. Percutant. Pertinent.

Famille recomposée, femme décomposée

Tout commençait pour le mieux. Elle a eu beau se répéter qu’elle ne devait pas s’emballer, elle n’a pas pu résister à l’envie prégnante d’y croire. Et il ne lui donnait d’ailleurs que des raisons d’y croire. Trois mois après leur rencontre, les deux quadras décident d’emménager ensemble. Elle avec sa fille, lui avec ses fils. Une famille recomposée, comme il y en a tant de nos jours. Mais très vite la réalité la rattrape. Elle se débat avec les lessives, le ménage, les courses, les repas pour 5, n’a plus de temps libre pour elle, se perd, s’oublie. Mais en silence. Elle accepte son sort, ne veut pas écorner cette image de famille idéale.

Jusqu’à cette fameuse nuit où lui ne va pas juste écorner mais déchirer cette image parfaite : « Nous. Nous deux. C’est fini. » Lapidaire. Assassin.

Il lui faudra du temps pour digérer la rupture, pour accepter de ne pas comprendre ce qui l’a motivée. C’est à Marrakech qu’elle se ressource, loin de lui et du souvenir de leur vie ensemble. Lasse de son poste dans la communication, poste où certes elle gagne bien sa vie mais ne s’épanouit pas, elle décide de prendre un nouveau départ professionnel comme personnel. D’aller chercher le bonheur au lieu de l’espérer à sa porte.

La violence de la société

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Géraldine Dalban-Moreynas, On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), et attendais avec impatience le deuxième. C’est aux éditions Albin Michel, en ce mois d’octobre, que j’ai pu avec bonheur le découvrir. Et mon enthousiasme est demeuré intact à l’issue de cette lecture.

J’ai retrouvé ce style si caractéristique qui m’avait séduite précédemment. Une grande concision, un franc-parler, une tension narrative palpable, une forme d’urgence à vivre, à écrire. Dans ce roman, comme dans le premier, il est question d’amour. Mais pas seulement. La romancière et entrepreneuse dresse de notre société amoureuse actuelle un constat lucide et pertinent : tout s’achète, se vend, sur un clic, une application de smartphone. Y compris les conquêtes. « On se rencontre à l’apéritif, on se dit je t’aime au dessert, on rompt au digestif ». On ne se donne plus le temps de découvrir l’autre, de donner à son couple une chance en cas de coup dur ou de désaccord. On prend, on jette. Et les applications de rencontres, les réseaux sociaux participent grandement à cette évolution, à ce sentiment d’urgence dévastateur.

Amour mais aussi courage d’entreprendre. Ce roman est une invitation à oser concrétiser ses projets, ses rêves, juste parce que l’on veut être heureux. Heureux et pas seulement « non malheureux ». Pas seulement, « plutôt satisfait ». Le parcours de l’héroïne est jalonné d’obstacles, le chemin vers le succès de son entreprise de décoration n’est pas linéaire, impose des prises de risque, des contretemps, des déceptions, mais le bonheur et l’épanouissement personnel sont au bout. Alors, même si le voyage comporte des turbulences, l’envol en vaut la peine, non ? Un roman qui pourrait bien donner l’impulsion aux personnes qui ne se sentent pas à leur place mais hésitent encore à sauter le pas.

Informations pratiques

Je voulais juste être heureuse, Géraldine Dalban-Moreynas – éditions Albin Michel, octobre 2021 – 218 pages – 17 €

Géraldine Dalban-Moreynas : « Méfiez-vous du sentiment de ne pas être malheureux »

Après l’énorme succès de son premier roman « On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), c’est aux éditions Albin Michel que Géraldine Dalban-Moreynas publie son deuxième livre en ce mois d’octobre : « Elle voulait juste être heureuse ». Rencontre avec la chaleureuse romancière dans le superbe cadre de l’Alcazar à Paris.

Comment est venue l’idée de ce deuxième livre « Elle voulait juste être heureuse » ?

Petit à petit, j’ai commencé à avoir beaucoup de monde à me suivre sur Instagram (compte Insta : Geraldinefromlabutte) et revenait souvent la remarque : « Vous, c’est facile, vous avez claqué des doigts, vous avez acheté un Riad à Marrakech, vous vous êtes mise à vendre des tapis et ça cartonne ». Je me suis dit que j’allais écrire pour démonter un peu ce mythe de petite fille née avec une cuillère en argent dans la bouche, pour laquelle tout a été facile, car ce n’est pas vrai. Et j’avais aussi beaucoup envie de répondre à ces gens qui m’écrivaient et qui me disaient ne pas oser quitter une situation qui ne leur convenait pas.

La notion de bonheur

J’avais envie de dire à travers ce livre : si à un moment donné, vous sentez que vous n’êtes pas à votre place, n’y restez pas. Méfiez-vous du sentiment de ne pas être malheureux. Si on demande aux gens : ça va ? Ils répondent que ça va, c’est une forme d’encéphalogramme plat. Mais si vous leur demandez s’ils sont heureux, ils ne sont pas capables de répondre, car s’ils s’interrogent vraiment, ils réalisent qu’ils ne le sont pas vraiment. Donc prenez le risque, même si c’est compliqué, raide parfois, pour atteindre cette place où vous pourrez vous dire « là je suis heureux ».

C’est aussi une histoire d’amour

J’avais aussi envie de raconter cette société où il est très difficile d’aimer, surtout passé 40 ans, car avant on est encore un peu naïf. Il y a une violence de la société amoureuse actuelle due aux applis de rencontres, aux réseaux sociaux, à cette société où on peut tout faire en cliquant sur son téléphone. Les sites de rencontre ont apporté une urgence tant dans la rencontre, dans le développement des sentiments que dans la rupture. Tout va hyper vite. On se rencontre beaucoup plus vite qu’avant, on se dit « je t’aime » au bout de 3 jours et on se désaime aussi rapidement.

Un livre qui peut accompagner les gens

Je vois dans les retours, que ce livre peut accompagner les gens, leur donner l’impulsion s’ils ont envie de changer mais n’osent pas sauter le pas en raison de la pression de leur entourage, de peurs diverses.

Au-delà de la mer, Paul Lynch

au delà de la mer Lyn
ch

Deux hommes en plein océan, au cœur d’une terrible tempête. Face à face entre deux personnalités que tout oppose et face à face avec soi-même.

Au cœur de la tempête

Dans ce petit port d’Amérique du Sud, Arturo, le patron, a bien tenté de faire entendre raison à Bolivar. En vain. Malgré la tempête annoncée et le fait que pratiquement tous les autres bateaux soient restés à l’ancre, il veut partir en mer. Entêtement ? Inconscience ? Cupidité ? Et comme si son entêtement ne suffisait pas, son acolyte, un pêcheur expérimenté comme lui, n’est pas là. Pour l’accompagner, il devra se contenter d’un jeunot novice, prénommé Hector. Un ado qui laisse derrière lui sa petite amie et son lycée pour une sortie en mer censée lui rapporter un peu d’argent de poche.

Tous deux prennent la mer, l’un confiant, l’autre tremblant. Mais les premières heures semblent donner raison à la détermination de Bolivar. Ils peuvent pêcher tranquillement. Jusqu’à cette nuit où les éléments se déchainent brusquement. Un terrible ouragan fonce droit sur leur embarcation. Le bateau est balloté comme une coquille de noix, submergé par les paquets de mer qui déferlent sans cesse et malmènent l’équipage. Sans plus de moteur, de radio ni de nourriture, commence alors une longue dérive au milieu de l’océan Pacifique. L’occasion pour les deux marins d’un face-à-face forcé, l’un avec l’autre, mais aussi avec leur propre conscience. Qu’ont-ils fait de leur vie ? Ont-ils des regrets ? Des remords ? Qu’est-ce que le bonheur ? La culpabilité? Autant de questions métaphysiques auxquelles leur longue dérive leur laisse le loisir de penser.

Rédemption

J’avais découvert Paul Lynch en 2014 avec son magnifique roman Un ciel rouge le matin (chronique en cliquant sur le titre). Je le retrouve avec bonheur dans Au-delà de la mer, paru aux éditions Albin Michel en cette rentrée littéraire.

C’est un roman dans lequel Paul Lynch cherche à mettre ses personnages face à eux-mêmes. Alors qu’il y a de grandes chances pour qu’ils n’en sortent pas vivants, qu’ils n’ont plus rien à perdre et ont tout à gagner au contraire à se montrer tels qu’ils sont vraiment, ils reviennent sur leurs choix de vie, leurs motivations, le sens de la vie, la notion de liberté, de vérité. Ils laissent tomber les masques. L’occasion pour Bolivar, si cynique, si indifférent aux autres jusqu’alors, de faire rédemption. De se métamorphoser sous la menace de la mort.

Un roman méditatif sur la condition humaine, où homme et nature s’affrontent. Une nature malmenée par l’homme avec cette mer jonchée de détritus, qui prend ici sa revanche et lui réclame des comptes.  Un roman d’une grande intensité et d’une grande puissance évocatrice.

Paul Lynch

Informations pratiques

Au-delà de la mer, Paul Lynch- rentrée littéraire – Editions Albin Michel, août 2021 – 232 pages – 19,90€