Christine Orban, Soumise

Christine Orban Soumise

Tout le monde connait le brillant Blaise Pascal. Mais sa sœur Jacqueline, dont l’intelligence n’avait rien à envier à celle de son frère, est demeurée méconnue. Christine Orban la sort de l’ombre dans ce portrait d’une femme hors du commun.

La sœur de Blaise Pascal

Il n’est pas facile de perdre sa mère quelques mois après sa naissance, cinquième enfant d’une fratrie qui compte déjà deux défunts. Il n’est pas facile non plus d’être la sœur d’un génie, aussi grand soit leur amour l’un pour l’autre et l’admiration qu’ils se vouent. C’est dans ce contexte que Jacqueline Pascal vient au monde, en 1623. Elevée par son père, instruite par ce dernier et par sa sœur ainée Gilberte, elle montre très vite des dispositions exceptionnelles pour la langue française et plus particulièrement poésie. La famille Pascal a ainsi deux prodiges : Blaise, mathématicien, physicien et inventeur de génie et Jacqueline, sa cadette, aussi douée pour les lettres que Blaise l’est pour les chiffres. Jacqueline, un fort tempérament, est bien décidée à égaler son frère par ses propres moyens, dans son domaine de prédilection. Elle se bat pour ne pas rester dans son ombre, dans un siècle où les femmes sont reléguées au second plan. Elles est d’ailleurs très vite remarquée, invitée à déclamer des vers devant la reine Anne d’Autriche.

Mais, soumise à son père, à son frère à la santé si fragile qu’elle doit jouer à l’infirmière jour et nuit, elle se détourne peu à peu de la cour, du monde du paraître, de la flatterie et de la fête, pour se consacrer à sa foi. Pour se soumettre à Dieu. Pour Jacqueline, Blaise doit se détourner de sa science pour la suivre sur la voie de la foi. Pour Blaise, la foi n’a pas à être exclusive, et peut très bien cohabiter avec a recherche scientifique. Entre le frère et la sœur, si fusionnels, c’est le déchirement…

Une femme soumise à son père, à son frère et à la religion

C’est une mise en lumière très intéressante que nous offre Christine Orban avec Soumise, aux éditions Albin Michel. Elle nous brosse le portrait d’une femme paradoxalement forte de caractère, déterminée, brillante, à contre-courant de la place de second plan réservée aux femmes à cette époque, mais soumise au désir de son père, soumise au devoir de porter assistance à son frère, soumise à sa pratique extrémiste de la foi. Une femme à qui la célébrité tendait les bras, dont la présence était recherchée par les plus grands, mais qui a choisi l’effacement et le renoncement avec cette vie de religieuse janséniste.

C’est un livre très documenté sur la famille Pascal, et plus largement, sur le contexte historique et social de ce XVIIème siècle. L’occasion de découvrir une femme hors du commun, celle que Blaise Pascal aimait le plus au monde.

Informations pratiques

Christine Orban, Soumise – éditions Albin Michel, janvier 2023 – 292 pages – 20,90€

Le mentalisme, vous connaissez ?

hack ton cerveau Charlie Haid

Et si vous glissiez dans la peau du héros de la série Mentalist, Simon Baker, et deveniez capable de hacker le cerveau des autres ? C’est ce que vous propose, entre autres, Charlie Haid dans son livre. Fascinant !

Apprendre à bien utiliser son cerveau pour améliorer sa mémoire

Et si vous deveniez le maître du monde ? Bon, sans aller jusque-là, imaginez que l’on vous donne des astuces pour mieux exploiter votre potentiel cérébral, développer votre mémoire, de même quepour mieux percevoir ce que pensent vos interlocuteurs. Autrement dit, pour faire de votre cerveau un allié puissant. C’est ce que nous propose Charlie Haid, lequel s’est rendu célèbre par ses vidéos de mentalisme.

En dix étapes, il vous donne des procédés simples, directement applicables ou nécessitant un peu d’entrainement (grand système, table de rappel) pour booster votre cerveau et décoder les pensées des personnes face à vous, leur sincérité. Détecter si une personne vous ment, vous manipule, si son sourire est authentique ou pas sera pour vous un jeu d’enfant. Et manipuler les pensées des autres et influencer leurs choix sera à votre portée ! Incroyable non ?

Mais pas seulement : Charlie Haid vous apprend comment lire rapidement (dévorez un livre entier en deux heures !), comment retenir facilement des listes de chiffres et de mots grâce aux secrets enfin dévoilés d’une extraordinaire mémoire.

Apprendre à décrypter les autres

C’est un ouvrage fascinant que nous offre Charlie Haid, avec Hack ton cerveau et celui des autres ! aux éditions Albin Michel. Non seulement le contenu est captivant, mais le livre lui-même (couverture, mise en page) est très esthétique. Et, pour parfaire le tout, l’humour de l’auteur ne vous laissera pas indifférent !

Le langage non verbal, verbal et paraverbal n’aura plus de secrets pour vous. Votre mémoire pourra se démultiplier et engranger facilement les informations qui vous sont nécessaires grâce à des techniques développées de façon claire et concises. La communication avec les autres sera simplifiée : vous saurez interpréter leurs attitudes et propos, apprécier leur sincérité, de même que les influencer dans leurs décisions. Pour chaque thème, les explications sont accessibles à chacun, illustrées d’exemples pratiques. Et les résultats sont bluffants.

Alors, tentés ?

Informations pratiques

Hack ton cerveau, Charlie Haid-éditions Albin Michel, octobre 2022 – 14,90€ – 160 pages.

Le café du temps retrouvé, Toshikazu Kawaguchi

Le café du temps retrouvé

Un livre nippon entre roman et conte, tout en subtilité et en douceur. Si vous pouviez remonter le temps, à quel moment de votre vie souhaiteriez-vous être transporté ?

Remonter le temps

Dans une rue de Tokyo se trouve un café d’un genre très particulier. D’aucuns affirment qu’en consommant une tasse de café en ces lieux, vous pouvez remonter le temps et même choisir à quelle date vous souhaitez être transporté. Mais attention, à certaines conditions. Vous devez revenir de votre voyage dans le temps avant que votre tasse de café ne refroidisse sous peine d’être transformé en fantôme et donc de ne jamais revenir. Mais aussi : de retour dans le passé, quoi que vous fassiez, vous ne pourrez changer la réalité. Et trois autres règles tout aussi strictes encore.

Informés des règles, quatre personnes se succèdent pour vivre l’expérience. Un homme qui souhaite annoncer à son vieil ami décédé une nouvelle bouleversante, un fils qui souhaite dire à sa défunte mère son regret de n’avoir pas été davantage à ses côtés, un autre qui désire retrouver la femme qu’il a tant aimée et regrette de n’avoir pas épousée. Ou encore un policier qui tient à célébrer l’anniversaire de sa défunte épouse un bijou pour son anniversaire.

Un roman délicat l’importance de vivre pleinement au présent

Avec Le café du temps retrouvé, paru aux éditions Albin Michel, Toshikazu Kawaguchi nous offre un roman d’une sensibilité toute nippone et d’une infinie subtilité. Nous ne pouvons pas bénéficier comme les personnages du livre d’une deuxième chance de dire aux êtres chers combien ils comptent pour nous. Nous n’avons pas le pouvoir de rembobiner notre vie en changeant nos décisions et nos choix passés. Aussi l’auteur nous invite-t-il à savourer chaque instant pleinement, entourés des êtres chers, à leur dire et à leur manifester tout notre amour avant qu’il ne soit trop tard. Pour ne pas avoir de regret. Car notre deuxième vie commence quand on réalise que nous n’en avons qu’une.

Un livre dépaysant, doux, poétique. Un tendre voyage dans le temps et dans l’espace.

Informations pratiques

Le café du temps retrouvé, Toshikazu Kawaguchi – éditions Albin Michel, novembre 2022 – 222 pages

Mélissa da Costa : La doublure

Melissa da Costa La doublure

Virage à 360 degrés pour Mélissa da Costa, qui cette fois nous offre un roman sombre et analyse avec brio la face obscure de l’âme humaine.

Devenir le double de quelqu’un

Par amour pour Jean, Evie a mis sa vie entre parenthèse, tout quitté pour s’établir près de son marin à Marseille. Supporté ses absences plusieurs mois par an quand il embarquait. Jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il nourrissait d’autres projets. Sans elle.  La claque est si grande qu’elle décide de tout quitter : son appartement, son travail précaire, la ville de Marseille. Son idée : se faire embaucher comme hôtesse à bord d’un yacht. Alors qu’elle démarche les propriétaires de bateaux sur le port, elle est interpelée par un certain Pierre Manan. Il a un travail à lui proposer : seconder sa femme artiste peintre pour tout ce qui est organisation des vernissages et expositions, cocktails, réponses au courrier et appels. Juste quelques heures par jour, logée chez le couple, pour le salaire appréciable de 4000€ nets par mois, dans le si charmant village de Saint-Paul-de-Vence. Pour Evie c’est presque trop beau pour être vrai. Et d’accepter.

Quand elle débarque dans la somptueuse villa du couple, elle est saisie par l’univers pictural sombre de l’artiste. Clara est en effet admirative du romantisme noir, un genre né en Grande-Bretagne à la fin du XVIIIème siècle et s’en inspire dans ses toiles. Scènes de souffrance, de mort, d’agonie, de viol, de cannibalisme, la violence est partout. Partout, et pas que sur les toiles. C’est ce qu’Evie va découvrir à ses dépens…

Les limites de l’emprise

Avec La doublure, paru aux éditions Albin Michel en ce mois de septembre, Melissa da Costa, qui nous avait habitués à des romans lumineux, positifs, viscéralement humains, prend un virage à 360 degrés. Cette fois, elle dissèque la noirceur de l’âme humaine au scalpel de sa plume, pointe les plaies béantes crées par l’humiliation et la cruauté d’une femme sur ceux qu’elle approche. Jusqu’où peut aller une emprise toxique et véritablement destructrice?  Quand Evie a accepté ce travail, elle n’imaginait pas un seul instant qu’elle serait la doublure au sens propre de l’artiste, sa facette lumineuse et saine d’esprit, son double symbolique, à l’image d’Eve et de Lilith.

Mélissa da Costa surprend ses lecteurs avec ce nouveau roman et en cela, on ne peut que saluer la capacité de la romancière à se renouveler, à prendre le risque de sortir de sa zone de confort. Le climat malsain, violent, destructeur qui règne chez le couple est extrêmement bien rendu, au point que le lecteur lui-même ressent le malaise d’Evie, son oppression. Pour autant, ce roman manque à mon sens de tension narrative dans les premières parties, contrairement à la dernière partie, plus rythmée, qui tient le lecteur en haleine. Quant à ce climat malsain, pervers, il est retranscrit avec brio, mais encore faut-il avoir envie de s’y plonger, ce qui n’est pas vraiment mon cas. C’est donc un sentiment mitigé pour ma part, en raison de mes attentes et non de la qualité intrinsèque du roman.

Informations pratiques

La doublure, Mélissa da Costa – éditions Albin Michel, septembre 2022 – 566 pages – 20,90€

Rentrée littéraire : La revanche des orages, Sébastien Spitzer

la revanche des orages

Comment vivre avec une térébrante culpabilité, celle d’avoir participé à la mort de 60 000 personnes, lors du bombardement d’Hiroshima ? Le portrait d’un pilote de bombardier américain, embarqué dans une tragédie qui le dépasse. Un magnifique roman inspiré de faits réels.

Pilote bombardier à Hiroshima

Anna, jeune comédienne italienne, est amoureuse d’un pilote bombardier de l’aviation américaine, Eatherly. Un homme qui a tout d’un héros shakespearien, se dit Anna. Et d’imaginer leur vie, tandis qu’il reviendra du combat bardé de gloire et d’honneurs, dans une jolie maison de la côte Ouest avec un beau jardin. Pour l’heure Eatherly n’est qu’un simple pilote dont les missions se déroulent toujours loin du front, à sa grande déception. Jusqu’à ce jour où, avec une poignée de collègues, il est embarqué dans l’opération la plus importante de sa vie. La plus marquante de l’Histoire. Mais les teneurs de cette opération sont gardées secrètes. Tout juste sait-il que l’armée américaine a mis au point un « gadget » redoutable. Une arme monstrueuse.

Et pour cause, il s’agit de la première bombe atomique, celle qui sera larguée sur Hiroshima.

Pendant ce temps, Anna est venue habiter au Texas, dans la ferme de ses beaux-parents. Une vie bien loin des applaudissements de la scène, des grands auteurs qui la font rêver, de son mari pilote envoyé en mission. Mais elle consent à ce sacrifice, convaincue qu’l va revenir en héros et que le meilleur les attend.

Or quand le major Eatherly rentre de mission, que tous célèbrent la reddition du Japon, il s’effondre intérieurement. Le début de la descente aux enfers commence pour un héros qui se sent davantage un zéro.

Survivre avec le remords

C’est un magnifique roman que nous offre Sébastien Spitzer en cette rentrée littéraire des éditions Albin Michel, avec La revanche des orages. Une fois encore, avec un talent fou, l’auteur inscrit l’histoire d’un homme dans la grande Histoire. Celle d’un pilote embarqué dans une mission qui le dépasse, rattrapé par le remords à peine cette mission exécutée. Ces 60 000 morts le hantent jour et nuit, comme cette voix d’une victime d’Hiroshima qui s’infiltre dans ses pensées. Était-il nécessaire de commettre tous ces crimes ? Comment survivre avec le remords, avec tous ces cadavres sur la conscience ? Comment continuer à vivre avec un doute aussi corrosif ? Comment les autres peuvent-ils en voir en lui qu’un héros alors qu’il est un voleur de vies ?  Mutique, prostré, sujet à des hallucinations auditives, il passe des années au dispensaire militaire de Waco à son retour d’Hiroshima. Avec beaucoup de finesse, l’auteur nous entraine dans cette bascule, celle d’un pilote traumatisé mais aussi celle de sa famille dont l’image de héros se brise pour ne laisser que souffrance et désillusions.

Un roman passionnant. Magnifique.

Informations pratiques

La revanche des orages, Sébastien Spitzer – rentrée littéraire – éditions Albin Michel, aout 2022 – 21,90€- 395 pages

Autres romans de Sébastien Spitzer

Retrouvez en cliquant sur le titre, les autres romans de Sébastien Spitzer chroniqués sur ce blog :

Citation du jour

Il faut tenter sa chance, affronter le hasard. La pensée fige. La vie remue. Les rêves enragent. Les jours diluent. Dire, c’est renoncer à ce qui n’a pas pris forme. Laisser faire, c’est inviter le mystère à tromper l’inattendu.

Sébastien Spitzer – La revanche des orages – Albin Michel 2022

la revanche des orages

Rentrée littéraire : Viola Ardone, Le choix

Viola Ardone Le choix

Après Le train des enfants (article ici), Viola Ardone nous revient avec un roman tout aussi intense et beau : Le choix. Le parcours d’une jeune fille sicilienne décidée à ne pas subir le sort réservé aux femmes dans les années 60.

Naitre fille dans un monde d’hommes

Oliva Denaro est une jeune fille qui vit en Sicile au début des années 60. Elle a un frère jumeau, Cosimino. Très vite, elle réalise combien naître femme est un fléau dans ce monde fait par les hommes pour les hommes. Et cette différence de traitement entre les sexes lui apparait encore plus flagrante dès lors qu’elle est en âge d’avoir ses règles. Selon des principes ancestraux, désormais il lui est interdit d’aller jouer avec ses copains masculins, d’accompagner son père à la recherche d’escargots. Elle doit marcher en regardant ses pieds si elle croise un garçon et être accompagnée par quelqu’un de sa famille sur le chemin de l’école, chemin qu’elle empruntait jusqu’alors seule. Le reste du temps, elle doit rester à la maison. Oliva n’accepte pas ce qu’elle vit comme une injustice : pourquoi son frère, contrairement à elle, demeure-t-il libre de ses mouvements ? Pourquoi ne se range-t-on pas à l’opinion de son institutrice, laquelle affirme que les hommes et les femmes sont égaux et que les femmes doivent avoir la même liberté ?

Quand un drame survient, Oliva sent la révolte gronder en elle. Non, cette fois elle ne se soumettra pas. Non, elle n’encaissera pas en silence. Elle combattra. Demandera justice. Quel qu’en soit le prix.

Le combat des femmes

Avec Le choix, paru en cette rentrée littéraire aux éditions Albin Michel, Viola Ardone nous montre combien le combat des femmes reste d’actualité, combien leurs acquis demeurent fragiles. A travers l’obstination d’Oliva, une héroïne inoubliable, ce sont les luttes que nombre de femmes ont dû mener qu’elle évoque, luttes sans cesse renouvelées tant leurs droits sont constamment remis en cause. Droit à l’avortement, droit de choisir son mari, droit de poursuivre son agresseur en cas de viol, sont quelques-unes des luttes menées.

Pour Oliva, il est inconcevable de se soumettre au principe seriné par sa mère « une fille c’est comme une carafe, qui la casse la ramasse ». Autrement, si un homme agresse sexuellement une femme, ce dernier doit l’épouser et cela le dispense de toute poursuite, selon la loi italienne. Or Oliva et sa copine Liliana sont convaincues qu’il est temps que les mentalités changent et que le changement doit venir des femmes.

« Un non isolé peut changer une vie, un grand nombre de « non » rassemblés peut changer le monde. »

A l’image du Train des enfants, Viola Ardone inscrit avec un talent fou la petite histoire dans la grande, nous offre des personnages indiciblement attachants, nous emporte dans le tourbillon de son intrigue. C’est le roman de l’appel de la liberté, de la non résignation. Un roman sociétal magnifique.

A lire absolument !

Informations pratiques

Le choix, Viola Ardone – rentrée littéraire des éditions Albin Michel, août 20222 – 22,90€- 385 pages

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine

le guerrier de porcelaine

Le roman le plus intime de Mathias Malzieu, lequel retrace l’enfance de son père, Mainou, à la fin de la de la deuxième guerre mondiale, en territoire occupé. Un livre d’une grande poésie, d’une indicible sensibilité, écrit à hauteur d’enfant.

Juin 1944, Montpellier. La grand-mère de Mathias Malzieu, mère de Mainou, décède en couches. Le bébé, une petite fille qui devait se prénommer Mireille, n’a pas non plus survécu. Tandis que son père est rappelé pour combattre, Mainou, alors âgé de neuf ans, est emmené chez sa grand-mère maternelle, au delà de la ligne de démarcation, caché dans une charrette de foin. C’est réfugié dans une ferme du Bas-Rhin, en territoire occupé, avec sa grand-mère, son oncle Emile et sa tante Louise, que Mainou va tenter de faire le deuil et de surmonter le vide de l’absence de père.

Il va aussi expérimenter la peur, quand les bombes sifflent, que les meubles tremblent, que le jardin se jonche de cratères d’obus et qu’il faut se réfugier en urgence à la cave. Heureusement, il y a l’oncle Emile et son amoureuse aux grenadines, Sonya, l’amie juive de sa maman planquée au grenier et ses poèmes, l’amour des siens et la belle relation qu’il entretient avec la cigogne qu’il a vue naître et qu’il a baptisée Marlène Dietrich. Mais aussi et surtout, il y a le formidable pouvoir de l’écriture, de l’imaginaire, qui lui permet de tenir, tandis que chaque jour il communique par écrit avec sa défunte mère, évoque avec elle en détail ses journées.

Cette maudite guerre prendra-t-elle fin un jour comme le lui a dit son oncle Emile? Pourra-t-il sortir librement dans la forêt, faire du vélo jusqu’au village sans crainte d’être arrêté? Et surtout, son père sortira-t-il indemne de ses combats et viendra-t-il le rechercher?

La guerre vue par un enfant

En cette rentrée littéraire 2022, c’est un livre plein de sensibilité, de tendresse, d’humour, que nous offre Mathias Malzieu aux éditions Albin Michel avec Le guerrier de porcelaine. L’auteur réussi à se glisser dans la tête d’un enfant de neuf ans avec une justesse sidérante. Et touchante. Il nous restitue admirablement bien la candeur, la douceur, l’émerveillement et les questionnements de l’enfance. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour le petit Mainou, sa cigogne Marlène Dietrich et son hérisson Jean Gabin. Impossible de refermer le livre et de l’oublier. Dans chaque livre, il y a dans l’écriture et dans le regard de Mathias Malzieu une poésie qui fleure bon l’enfance, avant que les années parfois n’érodent notre capacité à nous émerveiller de tout, à nous intéresser à tout, à nous réjouir du plus infime bonheur du quotidien. Il y a cette fraicheur et cette beauté réconfortantes qui sont une signature de l’auteur, qu’il est bon de retrouver de livre en livre, comme des étoles de mots dans lesquelles on aime s’envelopper l’hiver venu.

Informations pratiques

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine- éditions Albin Michel, janvier 2022 – 19,90€ -296 pages

Madeleine St John : Rupture et conséquences

rupture et conséquences

Un roman sur la rupture amoureuse, avec des dialogues so britsh et un humour délicieux.

L’amour et la perte

Quand Jonathan décide d’emménager avec Nicola, trentenaire, c’est la surprise pour son entourage. Jusqu’alors, ils n’avaient jamais imaginé qu’il pût se caser un jour. Quant à Nicola, si elle l’avait trouvé séduisant lors de leur premier rendez-vous, elle n’y eût pas donné suite s’il n’avait pas insisté. Elle l’avait en effet trouvé relativement ennuyeux.

Mais au fil des rendez-vous, tous deux se rendent à l’évidence : ils semblent faits l’un pour l’autre. Et d’emménager dans le quartier de Notting Hill, cocon de leur amour. Mais à la place de la love story façon « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » qu’ils avaient imaginée, ce fut : ils se séparèrent avant d’en avoir. Pour Nicola qui n’avait rien vu venir – ou à bien y réfléchir, avait refusé de voir- c’est la sidération. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de ses proches.

Après l’abattement, l’heure est à la riposte.

Rupture amoureuse

Avec Rupture amoureuse et conséquences, Madeleine St John, auteure du très remarqué Petites robes noires, nous plonge dans l’intimité d’un couple en pleine séparation. Avec finesse, elle analyse les différentes phases du deuil. La sidération, la tristesse, la colère et la paix sont autant d’étapes nécessaires par lesquelles Nicola passe, à la suite de l’annonce brutale de Jonathan. En soi, rien de très novateur dans le thème traité. Non, ce qui séduit chez cette romancière, c’est davantage son ton, le côté rafraichissant, envolé, pétillant des dialogues. Et cet humour délicieusement british pour cette anglaise d’adoption.

Un roman rafraichissant et pétillant comme un perrier citron en plein été.

Informations pratiques

Madeleine St John : Rupture et conséquences- Editions Albin Michel, septembre 2021- 283 pages- 19,90€

L’épouse et la veuve, Christian White

l'épouse et la veuve

Deux femmes que tout semble opposer, liées par des crimes et des secrets enfouis. Un huis-clos haletant.

Mensonges et disparition

Abby, son mari Ray et leurs enfants vivent à l’année sur l’île de Belport, au large de l’Australie. Passionnée de taxidermie, Abby se fait la main sur les animaux morts que lui ramène son mari lors de ses activités de jardinage et d’entretien dans les propriétés avoisinantes. Elle a installé à cette fin un atelier dans son garage. Ces derniers temps, tandis qu’elle manie le scalpel, elle ne peut que s’interroger sur le comportement étrange de Ray. Pourquoi a-t-il tenté de se débarrasser de vêtements tachés de sang ? Pourquoi s’est-il caché pour pleurer dans la salle de bain ? Pourquoi lui ment-il sur les clients chez lesquels il s’est soi-disant rendu ?

Kate, elle, vit avec son époux John et leur petite Mia à Melbourne.  Ils viennent régulièrement en vacances sur l’île de Belport, dans la maison familiale dont a hérité John. Cette fois, Kate y remet les pieds pour tenter de retrouver la trace de son mari. Ce dernier a en effet soudainement disparu. Enlèvement ? Accident ? Départ volontaire ? Meurtre ? Quand elle a découvert qu’il avait quitté son poste de médecin en soins palliatifs quelque temps plus tôt, sans se confier à elle, elle se demande ce qu’il peut encore bien lui avoir caché.

Deux femmes, une même île et des rebondissements à foison

Un page-turner magistralement mené

Soyez prévenus : quand vous commencerez L’épouse et la veuve, de Christian White, attendez-vous à ne pas pouvoir le reposer avant d’avoir éclairci le mystère. Car l’auteur a le don de ménager le suspens de chapitre en chapitre, alternant les points de vue de Kate et d’Abby, multipliant les pistes pour mieux égarer le lecteur, semant les indices et les rebondissements pour maintenir la tension narrative à son comble. Bien malin celui ou celle qui découvrira avant la toute fin la clé de l’énigme.

Je me suis laissée complètement embarquer par l’intrigue et cueillir par la chute. J’ai beaucoup aimé la fluidité du style, l’extrême maitrise de la construction, mais aussi les thèmes évoqués : Jusqu’où est-on prêt à aller par amour pour ses enfants ? Mensonge, dissimulation, sacrifice, voire meurtre, jusqu’où iriez-vous pour protéger les vôtres ?

Un livre fascinant impossible à lâcher !

Informations pratiques

L’épouse et la veuve, Christian White – éditions Albin Michel, septembre 2021- 21,90€ – 330 pages