Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine

le guerrier de porcelaine

Le roman le plus intime de Mathias Malzieu, lequel retrace l’enfance de son père, Mainou, à la fin de la de la deuxième guerre mondiale, en territoire occupé. Un livre d’une grande poésie, d’une indicible sensibilité, écrit à hauteur d’enfant.

Juin 1944, Montpellier. La grand-mère de Mathias Malzieu, mère de Mainou, décède en couches. Le bébé, une petite fille qui devait se prénommer Mireille, n’a pas non plus survécu. Tandis que son père est rappelé pour combattre, Mainou, alors âgé de neuf ans, est emmené chez sa grand-mère maternelle, au delà de la ligne de démarcation, caché dans une charrette de foin. C’est réfugié dans une ferme du Bas-Rhin, en territoire occupé, avec sa grand-mère, son oncle Emile et sa tante Louise, que Mainou va tenter de faire le deuil et de surmonter le vide de l’absence de père.

Il va aussi expérimenter la peur, quand les bombes sifflent, que les meubles tremblent, que le jardin se jonche de cratères d’obus et qu’il faut se réfugier en urgence à la cave. Heureusement, il y a l’oncle Emile et son amoureuse aux grenadines, Sonya, l’amie juive de sa maman planquée au grenier et ses poèmes, l’amour des siens et la belle relation qu’il entretient avec la cigogne qu’il a vue naître et qu’il a baptisée Marlène Dietrich. Mais aussi et surtout, il y a le formidable pouvoir de l’écriture, de l’imaginaire, qui lui permet de tenir, tandis que chaque jour il communique par écrit avec sa défunte mère, évoque avec elle en détail ses journées.

Cette maudite guerre prendra-t-elle fin un jour comme le lui a dit son oncle Emile? Pourra-t-il sortir librement dans la forêt, faire du vélo jusqu’au village sans crainte d’être arrêté? Et surtout, son père sortira-t-il indemne de ses combats et viendra-t-il le rechercher?

La guerre vue par un enfant

En cette rentrée littéraire 2022, c’est un livre plein de sensibilité, de tendresse, d’humour, que nous offre Mathias Malzieu aux éditions Albin Michel avec Le guerrier de porcelaine. L’auteur réussi à se glisser dans la tête d’un enfant de neuf ans avec une justesse sidérante. Et touchante. Il nous restitue admirablement bien la candeur, la douceur, l’émerveillement et les questionnements de l’enfance. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour le petit Mainou, sa cigogne Marlène Dietrich et son hérisson Jean Gabin. Impossible de refermer le livre et de l’oublier. Dans chaque livre, il y a dans l’écriture et dans le regard de Mathias Malzieu une poésie qui fleure bon l’enfance, avant que les années parfois n’érodent notre capacité à nous émerveiller de tout, à nous intéresser à tout, à nous réjouir du plus infime bonheur du quotidien. Il y a cette fraicheur et cette beauté réconfortantes qui sont une signature de l’auteur, qu’il est bon de retrouver de livre en livre, comme des étoles de mots dans lesquelles on aime s’envelopper l’hiver venu.

Informations pratiques

Mathias Malzieu : Le guerrier de porcelaine- éditions Albin Michel, janvier 2022 – 19,90€ -296 pages

Madeleine St John : Rupture et conséquences

rupture et conséquences

Un roman sur la rupture amoureuse, avec des dialogues so britsh et un humour délicieux.

L’amour et la perte

Quand Jonathan décide d’emménager avec Nicola, trentenaire, c’est la surprise pour son entourage. Jusqu’alors, ils n’avaient jamais imaginé qu’il pût se caser un jour. Quant à Nicola, si elle l’avait trouvé séduisant lors de leur premier rendez-vous, elle n’y eût pas donné suite s’il n’avait pas insisté. Elle l’avait en effet trouvé relativement ennuyeux.

Mais au fil des rendez-vous, tous deux se rendent à l’évidence : ils semblent faits l’un pour l’autre. Et d’emménager dans le quartier de Notting Hill, cocon de leur amour. Mais à la place de la love story façon « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » qu’ils avaient imaginée, ce fut : ils se séparèrent avant d’en avoir. Pour Nicola qui n’avait rien vu venir – ou à bien y réfléchir, avait refusé de voir- c’est la sidération. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de ses proches.

Après l’abattement, l’heure est à la riposte.

Rupture amoureuse

Avec Rupture amoureuse et conséquences, Madeleine St John, auteure du très remarqué Petites robes noires, nous plonge dans l’intimité d’un couple en pleine séparation. Avec finesse, elle analyse les différentes phases du deuil. La sidération, la tristesse, la colère et la paix sont autant d’étapes nécessaires par lesquelles Nicola passe, à la suite de l’annonce brutale de Jonathan. En soi, rien de très novateur dans le thème traité. Non, ce qui séduit chez cette romancière, c’est davantage son ton, le côté rafraichissant, envolé, pétillant des dialogues. Et cet humour délicieusement british pour cette anglaise d’adoption.

Un roman rafraichissant et pétillant comme un perrier citron en plein été.

Informations pratiques

Madeleine St John : Rupture et conséquences- Editions Albin Michel, septembre 2021- 283 pages- 19,90€

L’épouse et la veuve, Christian White

l'épouse et la veuve

Deux femmes que tout semble opposer, liées par des crimes et des secrets enfouis. Un huis-clos haletant.

Mensonges et disparition

Abby, son mari Ray et leurs enfants vivent à l’année sur l’île de Belport, au large de l’Australie. Passionnée de taxidermie, Abby se fait la main sur les animaux morts que lui ramène son mari lors de ses activités de jardinage et d’entretien dans les propriétés avoisinantes. Elle a installé à cette fin un atelier dans son garage. Ces derniers temps, tandis qu’elle manie le scalpel, elle ne peut que s’interroger sur le comportement étrange de Ray. Pourquoi a-t-il tenté de se débarrasser de vêtements tachés de sang ? Pourquoi s’est-il caché pour pleurer dans la salle de bain ? Pourquoi lui ment-il sur les clients chez lesquels il s’est soi-disant rendu ?

Kate, elle, vit avec son époux John et leur petite Mia à Melbourne.  Ils viennent régulièrement en vacances sur l’île de Belport, dans la maison familiale dont a hérité John. Cette fois, Kate y remet les pieds pour tenter de retrouver la trace de son mari. Ce dernier a en effet soudainement disparu. Enlèvement ? Accident ? Départ volontaire ? Meurtre ? Quand elle a découvert qu’il avait quitté son poste de médecin en soins palliatifs quelque temps plus tôt, sans se confier à elle, elle se demande ce qu’il peut encore bien lui avoir caché.

Deux femmes, une même île et des rebondissements à foison

Un page-turner magistralement mené

Soyez prévenus : quand vous commencerez L’épouse et la veuve, de Christian White, attendez-vous à ne pas pouvoir le reposer avant d’avoir éclairci le mystère. Car l’auteur a le don de ménager le suspens de chapitre en chapitre, alternant les points de vue de Kate et d’Abby, multipliant les pistes pour mieux égarer le lecteur, semant les indices et les rebondissements pour maintenir la tension narrative à son comble. Bien malin celui ou celle qui découvrira avant la toute fin la clé de l’énigme.

Je me suis laissée complètement embarquer par l’intrigue et cueillir par la chute. J’ai beaucoup aimé la fluidité du style, l’extrême maitrise de la construction, mais aussi les thèmes évoqués : Jusqu’où est-on prêt à aller par amour pour ses enfants ? Mensonge, dissimulation, sacrifice, voire meurtre, jusqu’où iriez-vous pour protéger les vôtres ?

Un livre fascinant impossible à lâcher !

Informations pratiques

L’épouse et la veuve, Christian White – éditions Albin Michel, septembre 2021- 21,90€ – 330 pages

Les 3 prochains livres sur le blog!

Demandez le programme! La semaine prochaine, comme chaque semaine, je vous parlerai de mes lectures en littérature adulte comme jeunesse.

Au programme en littérature adulte

  • Je vous parlerai d’un livre hors du commun, une autobiographie de Françoise Sagan, publiée aux éditions Stock : Derrière l’épaule. Françoise Sagan avoue n’avoir jamais relu aucun de ses romans. « Ce n’est pas la médiocre qualité de mes œuvres, qui m’amène à cet autodédain, mais la conscience que de nombreux livres m’attendent encore sur quelque étagère, des inconnus que je n’aurai sûrement pas le temps de lire avant ma mort. Alors relire un livre de moi (moi qui connais la fin en plus), quel temps perdu!« . Un exercice auquel elle accepte pourtant de se prêter dans Derrière l’épauleautobiographie rédigée six ans avant sa mort.
  • Autre voyage cette fois, non pas dans le temps mais en Australie avec le thriller de Christian White, paru aux éditions Albin Michel : L’épouse et la veuve. Deux femmes que tout semble opposer, liées par des crimes et des secrets enfouis. Un huis-clos haletant.

Au programme en littérature jeunesse

N’oublions pas nos chères têtes blondes pendant les vacances! Il sera question cette fois d’un voyage à travers les siècles, que dis-je , à travers les millénaires, à la rencontre des animaux disparus : Les animaux disparus, Virginie Jobé-Truffer (texte) et Benjamin Carré (illustrations), collection La grande imagerie, aux éditions Fleurus. La terre est une vieille dame. Pensez donc, elle est âgée de 4,5 millions d’années! Elle a donc vu passer et disparaitre de nombreuses espèces d’animauxVariations climatiques (glaciation, réchauffement ou refroidissement climatique), activité volcanique intense, collision entre la terre et une énorme météorite, ces bouleversements ont eu un impact conséquent sur la survie des espèces.

Dans l’attente de ces publications, je vous souhaite un excellent dimanche!

Géraldine Dalban-Moreynas : Elle voulait juste être heureuse

Un roman au style incisif sur les relations amoureuses dans notre société actuelle, mais aussi sur le courage d’entreprendre. Percutant. Pertinent.

Famille recomposée, femme décomposée

Tout commençait pour le mieux. Elle a eu beau se répéter qu’elle ne devait pas s’emballer, elle n’a pas pu résister à l’envie prégnante d’y croire. Et il ne lui donnait d’ailleurs que des raisons d’y croire. Trois mois après leur rencontre, les deux quadras décident d’emménager ensemble. Elle avec sa fille, lui avec ses fils. Une famille recomposée, comme il y en a tant de nos jours. Mais très vite la réalité la rattrape. Elle se débat avec les lessives, le ménage, les courses, les repas pour 5, n’a plus de temps libre pour elle, se perd, s’oublie. Mais en silence. Elle accepte son sort, ne veut pas écorner cette image de famille idéale.

Jusqu’à cette fameuse nuit où lui ne va pas juste écorner mais déchirer cette image parfaite : « Nous. Nous deux. C’est fini. » Lapidaire. Assassin.

Il lui faudra du temps pour digérer la rupture, pour accepter de ne pas comprendre ce qui l’a motivée. C’est à Marrakech qu’elle se ressource, loin de lui et du souvenir de leur vie ensemble. Lasse de son poste dans la communication, poste où certes elle gagne bien sa vie mais ne s’épanouit pas, elle décide de prendre un nouveau départ professionnel comme personnel. D’aller chercher le bonheur au lieu de l’espérer à sa porte.

La violence de la société

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Géraldine Dalban-Moreynas, On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), et attendais avec impatience le deuxième. C’est aux éditions Albin Michel, en ce mois d’octobre, que j’ai pu avec bonheur le découvrir. Et mon enthousiasme est demeuré intact à l’issue de cette lecture.

J’ai retrouvé ce style si caractéristique qui m’avait séduite précédemment. Une grande concision, un franc-parler, une tension narrative palpable, une forme d’urgence à vivre, à écrire. Dans ce roman, comme dans le premier, il est question d’amour. Mais pas seulement. La romancière et entrepreneuse dresse de notre société amoureuse actuelle un constat lucide et pertinent : tout s’achète, se vend, sur un clic, une application de smartphone. Y compris les conquêtes. « On se rencontre à l’apéritif, on se dit je t’aime au dessert, on rompt au digestif ». On ne se donne plus le temps de découvrir l’autre, de donner à son couple une chance en cas de coup dur ou de désaccord. On prend, on jette. Et les applications de rencontres, les réseaux sociaux participent grandement à cette évolution, à ce sentiment d’urgence dévastateur.

Amour mais aussi courage d’entreprendre. Ce roman est une invitation à oser concrétiser ses projets, ses rêves, juste parce que l’on veut être heureux. Heureux et pas seulement « non malheureux ». Pas seulement, « plutôt satisfait ». Le parcours de l’héroïne est jalonné d’obstacles, le chemin vers le succès de son entreprise de décoration n’est pas linéaire, impose des prises de risque, des contretemps, des déceptions, mais le bonheur et l’épanouissement personnel sont au bout. Alors, même si le voyage comporte des turbulences, l’envol en vaut la peine, non ? Un roman qui pourrait bien donner l’impulsion aux personnes qui ne se sentent pas à leur place mais hésitent encore à sauter le pas.

Informations pratiques

Je voulais juste être heureuse, Géraldine Dalban-Moreynas – éditions Albin Michel, octobre 2021 – 218 pages – 17 €

Géraldine Dalban-Moreynas : « Méfiez-vous du sentiment de ne pas être malheureux »

Après l’énorme succès de son premier roman « On ne meurt pas d’amour (chronique ICI), c’est aux éditions Albin Michel que Géraldine Dalban-Moreynas publie son deuxième livre en ce mois d’octobre : « Elle voulait juste être heureuse ». Rencontre avec la chaleureuse romancière dans le superbe cadre de l’Alcazar à Paris.

Comment est venue l’idée de ce deuxième livre « Elle voulait juste être heureuse » ?

Petit à petit, j’ai commencé à avoir beaucoup de monde à me suivre sur Instagram (compte Insta : Geraldinefromlabutte) et revenait souvent la remarque : « Vous, c’est facile, vous avez claqué des doigts, vous avez acheté un Riad à Marrakech, vous vous êtes mise à vendre des tapis et ça cartonne ». Je me suis dit que j’allais écrire pour démonter un peu ce mythe de petite fille née avec une cuillère en argent dans la bouche, pour laquelle tout a été facile, car ce n’est pas vrai. Et j’avais aussi beaucoup envie de répondre à ces gens qui m’écrivaient et qui me disaient ne pas oser quitter une situation qui ne leur convenait pas.

La notion de bonheur

J’avais envie de dire à travers ce livre : si à un moment donné, vous sentez que vous n’êtes pas à votre place, n’y restez pas. Méfiez-vous du sentiment de ne pas être malheureux. Si on demande aux gens : ça va ? Ils répondent que ça va, c’est une forme d’encéphalogramme plat. Mais si vous leur demandez s’ils sont heureux, ils ne sont pas capables de répondre, car s’ils s’interrogent vraiment, ils réalisent qu’ils ne le sont pas vraiment. Donc prenez le risque, même si c’est compliqué, raide parfois, pour atteindre cette place où vous pourrez vous dire « là je suis heureux ».

C’est aussi une histoire d’amour

J’avais aussi envie de raconter cette société où il est très difficile d’aimer, surtout passé 40 ans, car avant on est encore un peu naïf. Il y a une violence de la société amoureuse actuelle due aux applis de rencontres, aux réseaux sociaux, à cette société où on peut tout faire en cliquant sur son téléphone. Les sites de rencontre ont apporté une urgence tant dans la rencontre, dans le développement des sentiments que dans la rupture. Tout va hyper vite. On se rencontre beaucoup plus vite qu’avant, on se dit « je t’aime » au bout de 3 jours et on se désaime aussi rapidement.

Un livre qui peut accompagner les gens

Je vois dans les retours, que ce livre peut accompagner les gens, leur donner l’impulsion s’ils ont envie de changer mais n’osent pas sauter le pas en raison de la pression de leur entourage, de peurs diverses.

Au-delà de la mer, Paul Lynch

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ch

Deux hommes en plein océan, au cœur d’une terrible tempête. Face à face entre deux personnalités que tout oppose et face à face avec soi-même.

Au cœur de la tempête

Dans ce petit port d’Amérique du Sud, Arturo, le patron, a bien tenté de faire entendre raison à Bolivar. En vain. Malgré la tempête annoncée et le fait que pratiquement tous les autres bateaux soient restés à l’ancre, il veut partir en mer. Entêtement ? Inconscience ? Cupidité ? Et comme si son entêtement ne suffisait pas, son acolyte, un pêcheur expérimenté comme lui, n’est pas là. Pour l’accompagner, il devra se contenter d’un jeunot novice, prénommé Hector. Un ado qui laisse derrière lui sa petite amie et son lycée pour une sortie en mer censée lui rapporter un peu d’argent de poche.

Tous deux prennent la mer, l’un confiant, l’autre tremblant. Mais les premières heures semblent donner raison à la détermination de Bolivar. Ils peuvent pêcher tranquillement. Jusqu’à cette nuit où les éléments se déchainent brusquement. Un terrible ouragan fonce droit sur leur embarcation. Le bateau est balloté comme une coquille de noix, submergé par les paquets de mer qui déferlent sans cesse et malmènent l’équipage. Sans plus de moteur, de radio ni de nourriture, commence alors une longue dérive au milieu de l’océan Pacifique. L’occasion pour les deux marins d’un face-à-face forcé, l’un avec l’autre, mais aussi avec leur propre conscience. Qu’ont-ils fait de leur vie ? Ont-ils des regrets ? Des remords ? Qu’est-ce que le bonheur ? La culpabilité? Autant de questions métaphysiques auxquelles leur longue dérive leur laisse le loisir de penser.

Rédemption

J’avais découvert Paul Lynch en 2014 avec son magnifique roman Un ciel rouge le matin (chronique en cliquant sur le titre). Je le retrouve avec bonheur dans Au-delà de la mer, paru aux éditions Albin Michel en cette rentrée littéraire.

C’est un roman dans lequel Paul Lynch cherche à mettre ses personnages face à eux-mêmes. Alors qu’il y a de grandes chances pour qu’ils n’en sortent pas vivants, qu’ils n’ont plus rien à perdre et ont tout à gagner au contraire à se montrer tels qu’ils sont vraiment, ils reviennent sur leurs choix de vie, leurs motivations, le sens de la vie, la notion de liberté, de vérité. Ils laissent tomber les masques. L’occasion pour Bolivar, si cynique, si indifférent aux autres jusqu’alors, de faire rédemption. De se métamorphoser sous la menace de la mort.

Un roman méditatif sur la condition humaine, où homme et nature s’affrontent. Une nature malmenée par l’homme avec cette mer jonchée de détritus, qui prend ici sa revanche et lui réclame des comptes.  Un roman d’une grande intensité et d’une grande puissance évocatrice.

Paul Lynch

Informations pratiques

Au-delà de la mer, Paul Lynch- rentrée littéraire – Editions Albin Michel, août 2021 – 232 pages – 19,90€

La fabrique des souvenirs, Clélia Renucci

La fabrique des souvenirs Renucci

Un roman brillant, d’une grande érudition, où virtuel et réel se rejoignent pour nous offrir un voyage dans les souvenirs. Et avant tout, un beau roman d’amour de cette rentre littéraire.

Voyage dans le temps et la mémoire

Gabriel, jeune trentenaire qui travaille à la radio de l’Académie française, réalise une série d’émissions sur la mise en scène de Phèdre.  A cette fin, il acquiert aux enchères le souvenir d’une représentation de Phèdre jouée par Marie Bell dans les années 40. Alors qu’il se plonge dans ce souvenir, son attention est détournée de la scène par la vision hypnotique d’une spectatrice devant lui, ou plus exactement de sa nuque. Et le spectacle de cette nuque si délicate de le hanter toute la nuit, de devenir au fil des jours une obsession. Il veut en retrouver la propriétaire. Quitte à flirter avec la folie.

Autour de lui, c’est l’incompréhension. Son frère Edouard, metteur en scène de théâtre, peine à comprendre comment Gabriel peut s’être emmouraché d’une femme virtuelle, dont il ne croisera jamais la route.  Sara, qui essaye en vain de séduire Gabriel, comprend que ses tentatives seront d’autant plus vaines que désormais elle a une rivale, fût-elle fantomatique. Mais tous deux ne veulent pas laisser leur proche dépérir ainsi et se mobilisent pour l’aider à trouver d’autres souvenirs à acheter, dans lesquels puiser des indices sur l’identité de la jeune inconnue dans le public.

A l’image de Phèdre, pièce qui sert de fil rouge au roman, l’amour de Gabriel pour l’inconnue restera-t-il un amour impossible ?

Réel versus virtuel

Avec La fabrique des souvenirs, paru chez Albin Michel en cette rentrée littéraire, Clélia Renucci part d’une idée géniale. Celle de la possibilité d’acheter les souvenirs d’autres personnes et de se projeter à leur place pour revivre ce souvenir. Le nom MemoryProject. Il ne s’agit pas simplement d’accéder à la connaissance de ce souvenir, mais de sentir, voir, entendre, ressentir, tout ce que le propriétaire du souvenir avait éprouvé à ce moment précis. De véritables voyages dans le temps, qui permettent d’assister à des représentations de Théâtre données 80 ans plus tôt, de déjeuner à la table d’un grand artiste ou tout autre rêve qui est vôtre.

Au fil des pages et des voyages dans les mémoires, Gabriel et ses proches reconstituent le puzzle de la vie de l’inconnue, mettent un nom sur son visage, un instrument dans ses mains, situent sa présence à des moments clés. Gabriel évolue sur des montagnes russes, au gré de ses découvertes sur l’inconnue. Un roman d’amour mené avec brio, magnifiquement écrit, où virtuel et réel jouent de concert.

Informations pratiques

La fabrique des souvenirs, Clélia Renucci – rentrée littéraire – éditions Albin Michel, août 2021 – 310 pages – 19,90€

Citation du jour

Vivre connecté à soi, à son cœur, à son âme, permet de connaître son chemin de vie. Savoir ce qui nous correspond vraiment, pourquoi on est ici, en quoi on pet servir la vie au mieux de ses capacités. Quand on avance sur ce chemin, on est en accord avec soi-même et au plus près du vrai bonheur.

Cécile Pardi – Les chevaux du cœur (Albin Michel)

les chevaux du coeur

Les chevaux de cœur, Cécile Pardi

les chevaux du coeur

Un roman tendre, bienveillant, véritable hymne à l’amour des chevaux en particulier et des animaux en général. Un merveilleux voyage initiatique.

La thérapie par les animaux

Pendant des années, celle que l’on surnomme affectueusement Mama Reine, a accueilli des enfants placés par l’aide sociale à l’enfance, les a élevés, aimés, choyés. Puis le temps passant, on l’a estimée trop vieille pour continuer à être famille d’accueil. Elle s’est donc retrouvée seule, mise au rebut comme une vieille chaussette.

Parmi les enfants qu’elle a chéris, un trio composé de Julien, commercial au bord du burn-out, Jojo le hippie bouddhiste et Rose l’indécrottable optimiste. Des enfants devenus grands, dont l’amour pour leur Mama Reine est resté intact. Et ils vont avoir le loisir de le lui prouver, même si pour l’heure, leurs chemins les ont physiquement éloignés de la vieille femme.

Un jour, Lorena, ostéopathe pour chevaux vient s’installer dans le village. La jeune femme, dynamique, proche des animaux au point de communiquer avec eux, se lie aussitôt d’amitié avec Mama Reine. Elle lui propose d’accueillir dans son ancienne étable deux chevaux. Mama Reine ne connait rien aux chevaux, mais Lorena lui promet de s’en occuper elle-même. Alors pourquoi pas ?

Sunnyboy et Merveille entrent donc dans la vie de Mamma Reine. Plus qu’une présence, ces chevaux vont lui changer et lui sauver la vie.

Un roman inspirant

Aimez-vous les animaux ? Avez-vous une tendresse particulière pour les chevaux ? Alors Les chevaux du cœur vont vous combler. Avec beaucoup de sensibilité et d’humour aussi, Cécile Pardi nous présente les chevaux sous un angle inédit : comment l’animal peut entrer en communication avec l’humain et avoir pour lui des vertus thérapeutiques. Certes, elle y mêle un peu de magie, de télépathie, de merveilleux, mais le fond est vrai. Les chevaux peuvent nous aider à nous reconnecter à nos émotions, à nous recentrer, à nous révéler à nous-mêmes. D’où l’existence de thérapies assistées par le cheval, lequel joue le rôle de médiateur, de révélateur.

Cécile Pardi nous rappelle à l’occasion combien l’homme a trop souvent eu tendance à rabaisser les animaux, pour pouvoir les exploiter ou les manger. Et nous invite à changer si nécessaire de regard sur eux, à les respecter.

Pas de mièvrerie ici, mais un roman touchant, positif, inspirant. Un roman lumineux comme un soleil d’été.

Coup de cœur !

Informations pratiques

Les chevaux de cœur, Cécile Pardi- éditions Albin Michel, juin 2021 – 254 pages – 17,90€